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Bienvenue !
 

Marhaban !


Je propose ici, en traduction française, trois ouvrages de mon ami le Dr Moustafa Mahmoud (écrivain égyptien contemporain) :
- "Dialogue avec un ami athée"
- "Du doute à la foi"
- "L'Énigme de la mort"
Le troisième ouvrage est inédit en version française.
Quant aux deux premiers, ils ont fait l'objet, dans leur traduction française, d'une première édition à Beyrouth, il y a une trentaine d'années de cela. Malheureusement, sans que j'aie pu contrôler la relecture des épreuves et BAT (bons à tirer), de nombreuses coquilles sont apparues dans le texte.

Ces mêmes coquilles et erreurs ont été très souvent reprises dans des rééditions récentes réalisées à mon insu.

Je me suis évidemment efforcé de les rectifier ici.

Ce faisant, mon seul souci a été de proposer une traduction la plus fidèle et la plus honnête possible, par respect de la pensée de l'auteur.
Par amitié également.

Marc Chartier




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Jeudi 5 octobre 2006

LE SOMMEIL


Lorsque vous dormez

vous vous transformez en arbre.



Durant le sommeil, un interrupteur se ferme à l’intérieur du cerveau. L’obscurité se fait. Sombrant dans l’inconscience, on perd sa personnalité et on se transforme en arbre. On devient une plante rudimentaire, un organisme où seules les fonctions vitales – circulation du sang, respiration, sécrétion, digestion – continuent leur activité naturelle. Le corps est étendu, immobile, en tout semblable à une plante poussant en terre : la sève circule, les cellules s’accroissent et assimilent l’oxygène.

Moment étrange durant lequel le corps sombre dans l’abîme de la fatigue et de l’inaction. Il ne peut plus être l’expression de l’esprit et de ses sublimes idéaux. Il est en congé… Il retourne des millions d’années en arrière pour vivre de manière rudimentaire, tel un végétal. Une vie de repos ne demandant aucun effort.

Le secret de la mort est caché dans l’énigme du sommeil. Dormir, c’est être à mi-chemin de la mort. Durant le sommeil, en effet, la moitié supérieure de l’homme meurt. Sa personnalité meurt. Sa raison meurt. Il est réduit à une vie aussi élémentaire que celle de l’éponge ou de la mousse. Il respire et croît inconsciemment, comme si son esprit s’en était allé.

Il fait la moitié du chemin vers la mort qui le réduira en poussière, et il revient un million d’années en arrière.

La raison retourne à sa source cachée et la personnalité consciente, à sa source naturelle qui, telle la sève au cœur de l’arbre, agit en secret. L’homme retrouve, à l’état brut, les éléments naturels dont il a été façonné : son corps, fait de glaise, de matière… la partie inconsciente de son être.

De l’avis des poètes, les heures du jour sont superficielles, car les couleurs étincelantes qui brillent alors détournent l’attention. Par contre, les heures de la nuit sont d’une profonde intensité, car la nuit dissipe ce voile étincelant. Brisant les chaînes qui retiennent captive l’attention, elle permet à celle-ci de pénétrer au cœur des choses.

Je pense pour ma part que les moments de somnolence sont les plus intenses qui soient, parce qu’ils écartent un autre voile : celui de l’accoutumance.

La somnolence dissipe l’habitude que j’ai des choses, de telle sorte qu’elles m’apparaissent comme étranges et étonnantes. Parfois, alors que, dans un demi-sommeil, je regarde autour de moi dans ma chambre, j’en arrive à me demander : « Mais… où suis-je ? »

Je ne reconnais plus mon lit, mon armoire. Ce n’est plus « ma » chambre.

Moment intense que celui-ci. La raison sort du cadre de ses limites habituelles. Elle se libère de l’habitude, de ses jugements ordinaires. Elle reconsidère ce qui l’entoure pour émettre d’autres jugements, plus libres que les premiers. L’inspiration se fait plus vive.

C’est dans un moment identique que les prophètes recevaient leur inspiration. La Révélation leur parvenait alors qu’ils étaient dans un état intermédiaire entre la somnolence et l’inconscience.

Ce fut aussi le cas de Newton lorsqu’il découvrit la loi de la gravitation universelle. Regardant, d’un œil à demi endormi, une pomme tomber de l’arbre, il sentit qu’il y avait là un phénomène inusuel et que la pomme ne pouvait « tomber » de l’arbre. C’est la terre qui devait l’attirer.

Tous les inventeurs, compositeurs, poètes ou penseurs connurent la fécondité de l’esprit en un moment pareil, cet instant critique où disparaissent l’accoutumance et l’habitude pour faire place à l’émerveillement face à la vie. En un éclair, l’esprit se trouve en présence de certaines questions entièrement nouvelles qu’il ne se serait jamais posées s’il avait été pleinement éveillé et parfaitement connecté à la réalité.

La différence entre le prophète et le génie tient, dans un moment comme celui-ci, au champ de vision qui se découvre à l’un et à l’autre.

Le prophète ressemble à un récepteur de télévision équipé d’un million de canaux. Son champ de vision est immense. Il a une grande capacité réceptrice. Il peut capter des images de la planète Mars sur un écran panoramique, car il bénéficie de l’assistance de moyens divins.

Le génie ressemble, lui, à un petit appareil à transistors captant à grand-peine la station du Caire, parce qu’il n’a pour toute ressource que la faculté de concentration de son esprit. Or ce dernier peut voir juste, comme il peut aussi se tromper.

Mais prophète et génie nagent côte à côte dans l’océan des vérités.

Le sommeil est en fait un éveil des profondeurs de l’homme, de ses fonctions essentielles. La circulation sanguine, la respiration, la digestion, l’assimilation et la sécrétion fonctionnent normalement. La destruction cellulaire s’interrompt pour faire place à la création et à la croissance. Le phénomène de combustion survenant de jour s’apaise.

Certains désirs, plus profondément enracinés en l’homme que ceux apparaissant de jour, se manifestent.

Tous les instincts s’éveillent et entrent en action, influençant les rêves, mettant en scène leurs caprices sous forme de symboles obscurs que seul leur auteur est en mesure de déchiffrer.

Le sommeil entre ensuite dans une phase plus profonde, celle du sommeil pesant. Toute sensation, même les rêves cessent. Phase de ténèbres, d’anéantissement, dans un abîme extrêmement profond, dans un espace d’où la vie est absente. La conscience, le temps et l’espace s’estompent. Dix heures passent en un clin d’œil. Leur durée n’est nullement ressentie, comme si le fil de la vie s’était tout à coup rompu, à la manière de ce qui se produit lorsque nous arrêtons une bande d’enregistrement et que nous la faisons fonctionner à nouveau, à notre gré, pour laisser la parole suivre son cours.

Bien étrange est le déroulement du temps durant le sommeil.

C’est un temps autre, différent de celui des heures. Il se peut qu’un rêve renferme les événements d’une année entière, avec tous les détails (amour, mariage, divorce, crime, etc.). Et pourtant, il ne dure pas, montre en main, plus d’une seconde.

Parfois, c’est le contraire qui se produit. Quelqu’un peut dormir dix heures d’affilée, avec l’impression que l’aiguille de la montre n’a bougé que de quelques minutes.

Le temps se libère des liens de l’heure durant le sommeil. Il est soumis à une autre évaluation, celle de l’imagination qui allonge ou rétrécit la durée en fonction de l’abondance des événements et des désirs qui la peuplent.

Ce temps est le fruit de l’invention et de la création du dormeur. Il est purement subjectif.

Le dormeur est semblable à l’auteur d’un conte créant à sa guise le temps de son récit. Il vit dans l’irréel, n’ayant pour toute embarcation que celle de sa fantaisie, manifestant sans retenue ses désirs, dans une liberté absolue frôlant les limites de l’absurde.

La plupart de nos rêves ne sont qu’absurdités sur absurdités relevant de la pure chimère.

Et pourtant, nous les vivons comme nous l’entendons, alors que nous dormons.

Le sommeil est le genre de vie le plus économique, car la dose de glucose et d’oxygène dont l’organisme a besoin pour rester en vie est alors de loin inférieure à celle nécessaire en période d’éveil.

L’homme qui vit cent ans en faisant alterner temps de sommeil et temps d’éveil pourrait vivre trois fois plus s’il passait tout ce temps à dormir.

La matière du sommeil est bon marché. Durant ce temps, en effet, l’homme s’approche de sa condition originelle. Il retrouve le mécanisme chimique qui, dans les cellules de son corps, est lié au premier stade de la vie.

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par Marc Chartier publié dans : L'énigme de la mort
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Jeudi 5 octobre 2006

LA CHIMIE DE LA VIE



Un rien

sépare la vie de la mort.



Lorsque la vie fit son apparition sur la scène de notre planète, il y a des millions d’années de cela, la situation était très différente de ce qu’elle est aujourd’hui. La terre était chaude et l’air, saturé de vapeur. L’oxygène était raréfié, alors que l’hydrogène abondait, ainsi que l’ammoniac, le méthane et l’oxyde de carbone. Les éclairs, le tonnerre, le rayonnement ultraviolet, la radiation atomique et les hautes charges électriques étaient ininterrompus. Les eaux envahissaient de vastes étendues, formant des étangs peu profonds. Elles étaient troubles, recouvertes de mousse verte comme actuellement l’eau des mares. Elles étaient épaisses comme un potage et remplies de sels de phosphore, de calcium, de sodium, de potassium, de fer et de soufre.

C’est dans le cadre de cette activité chimique qu’est apparue la vie.

Il nous faut donc parler quelque peu de chimie. Le lecteur devra supporter avec nous les difficultés d’un voyage à travers les dédales de cette science s’il souhaite connaître le secret de son existence.

Les expériences menées en laboratoire l’ont démontré : la matière vivante est à peu près identique dans tous les êtres animés. Les différences de constitution entre la chair des ânes, celle des humains et celle des insectes sont infimes. Les seules substances entrant dans la composition du protoplasme sont les suivantes : les glucides (oses et osides), les lipides et les protéines.

Les expériences ont prouvé en outre que toutes ces substances contiennent, à des pourcentages différents, un même élément : l’hydrocarbure. Toutes les substances vivantes dérivent d’une substance hydrocarburée, du gaz méthane composé de carbone et d’hydrogène.

Quelle est donc la raison mystérieuse du fait que ce soit précisément le carbone, et lui seul, qui ait été choisi pour l’apparition de la vie ?

Le secret réside en ce que cet élément est instable et non rassasié. Il a une capacité illimitée : il peut intervenir dans un nombre illimité de composés, leur faisant subir, par l’apport de ses atomes, d’incessantes variations.

Quant aux matières stables, celles qui sont appelés en chimie les matières nobles, comme l’or, le platine, l’hélium, l’argon ou le crypton, il est prouvé qu’elles sont restées inactives, tels d’obscurs seigneurs, dans l’apparition de la vie. Du début à la fin, elles sont restées identiques à elles-mêmes, sans la moindre possibilité d’évolution, leurs atomes étant saturés, fixés dans un état d’équilibre et de stabilité qui est celui de la mort. Aucun de ces éléments, par conséquent, n’est intervenu dans la constitution du corps vivant. La vie a choisi uniquement une substance donnée, un élément extrêmement instable, imparfait et insatisfait, qui se scinde et se lie très facilement aux corps environnants pour leur servir de stabilisateur. Ce corps est le carbone, détenteur d’une énergie chimique illimitée et siège de réactions sans nombre.

Le carbone contient les propriétés de la vie : l’activité, la mutation, la multiplication et la synthèse.

C’est en lui que réside le secret de la vie, parce qu’il est une substance affamée, non rassasiée. Son atome manque de quatre électrons pour parvenir à l’état de repos et d’équilibre. C’est pourquoi il entre sans cesse dans des liaisons et des réactions chimiques, à la recherche de cet équilibre. Il s’ensuit un enchaînement sans fin de réactions : gaz méthane, hydrocarbure, substances hydrocarburées (glucides et amidon par exemple), glycogène, lipides, protéines…

Tout cet enchaînement de substances organiques provient, par synthèse et dérivation, d’un même et unique élément : le carbone.

Stanley L. Miller a reproduit in vitro les conditions d’apparition de la vie. Ayant soumis un mélange d’hydrogène, d’ammoniac, de méthane et de vapeur d’eau à l’action de décharges électriques, il obtint comme résultat un ensemble étonnant de composés organiques comprenant des acides aminés, éléments de base des protéines.

Si la vie a arrêté son choix sur le carbone précisément comme matériau pour bâtir son édifice, ce n’est pas par hasard. Le carbone est en effet un élément actif aux possibilités chimiques illimitées. On a calculé qu’une molécule comprenant vingt atomes de carbone peut donner un million d’espèces de nouveaux composés.

Cet élément est, à l’image de la vie, ouvert sur des horizons infinis. En ajoutant ou retranchant des atomes au méthane, on obtient du chloroforme, de l’éthyle, de la naphtalène, du benzol, du phénol, etc. Des millions de substances sont possibles.

En outre, toute substance organique a ses composés.

Le sucre de canne, le fructose et le sucre d’orge sont des composés du simple sucre de raisin (glucose).

Les huiles d’olive, de coton et d’arachide, l’huile de poisson et la graisse de porc ou de bœuf sont composées de glycérides et d’acides gras.

Les ongles, la peau, les cheveux, les os, les cartilages, les muscles, les nerfs, le sang, le duvet, les plumes, la coquille des crustacés, le blanc d’œuf et les hormones sont autant de composés ou dérivés de la substance protéique.

Il y a dans le corps humain jusqu’à cent mille sortes de protéines.

Le secret de cette grande diversité tient à la nature de la matière vivante.

Les protéines, composées de 24 acides aminés, offrent autant de possibilités que les 26 lettres de l’alphabet qui peuvent donner des milliers de mots et des millions de phrases, chacune différant de l’autre. Leurs 24 « lettres » chimiques sont disponibles pour effectuer des échanges ou des changements.

La protéine constitue la substance organique la plus importante car chacune de ses molécules contient en moyenne plus de cinq mille atomes (d’où son poids élevé) et offre un nombre stupéfiant de possibilités.

Les atomes de la substance protéique n’offrent pas seulement de très nombreuses possibilités de combinaison chimique. Ils peuvent aussi se souder les uns aux autres sous des formes très diverses : de manière compacte, en agglomérats globulaires ou en spirales ; ou encore sous forme effilée, comme des câbles. Bien que leur composition soit identique, leur disposition entraîne, dans chaque cas, des variations de fonction sensibles au goût et au toucher.


Autre problème pour les chimistes : l’eau. Le secret de l’eau…

Pourquoi toute vie semble-t-elle macérer dans l’eau ?

Pourquoi l’eau représente-t-elle la grande majorité des tissus organiques ?

Pourquoi intervient-elle, comme condition, dans tout organisme vivant ?

Nous apprenons machinalement à l’école que l’eau est un liquide insipide, incolore, inodore. Erreur monumentale ! L’eau est le liquide le plus actif qui soit, sa composition étant, elle aussi, instable et non rassasiée.

L’analyse le prouve : dans la molécule d’eau, l’atome d’hydrogène est à l’état nu, sans électrons. Il tend donc fortement à emprunter ces électrons à tout élément avec lequel il entre en contact. D’où sa capacité à dissoudre les corps et à agir sur eux pour en dissocier les ions.

L’eau n’est pas une substance quelconque, insipide et inactive.

Elle n’est pas dans un état d’équilibre. C’est pourquoi elle étanche la soif.

Elle a une saveur vitale.

Par contre, l’eau saturée qu’est l’eau lourde ne désaltère pas. Vous pouvez en boire un bidon entier, cela ne vous empêchera pas de mourir de soif.

L’eau a encore une autre action : elle transforme la substance protéique en masses visqueuses et gélatineuses, par la cohésion de ses électrons, sans pour autant la coaguler ou la solidifier. Elle façonne ainsi la matière première de la vie, une matière très sensible aux variations du milieu ambiant. Cette propriété est en effet, avec l’instabilité, le changement et la mutation, une caractéristique essentielle de la vie.


Au terme de cet inventaire, nous constatons que la matière de la vie est elle-même animée et qu’elle possède les propriétés de la vie.

Nous constatons en outre que l’apparition de la vie, à partir des composés de carbone et d’eau, ne fut pas accidentelle. Si la vie n’était pas issue du carbone, il faudrait qu’elle en émane, car la probabilité est trop grande pour qu’il s’agisse d’un pur hasard.

C’est une nécessité !

D’où notre nouvelle question : cette matière… Qu’est-elle réellement ?

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par Marc Chartier publié dans : L'énigme de la mort
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Jeudi 5 octobre 2006

LA POUSSIÈRE


 

Un atome de poussière n’est pas insignifiant.

Il y a en lui une activité, une pulsation.



La matière est-elle réellement inerte ?

Est-elle un amas immobile, figé, mort, sans activité aucune ?

Non !

C’est même un non-sens de qualifier certains corps de « solides » car, en réalité, ils ne le sont pas, même s’ils n’atteignent pas l’état liquide. Ils recèlent une activité interne et se composent d’ensembles impressionnants d’atomes et de molécules se mouvant dans le vide.

La molécule est un tout constitué d’atomes.

L’atome est à son tour un tout merveilleux constitué d’un noyau de particules autour duquel gravitent des électrons infiniment petits et répartis sur différentes orbites.

Les atomes, comme les molécules, sont reliés entre eux selon des lois d’attraction-répulsion en vertu desquelles ils sont attirés les uns vers les autres sans pour autant s’entrechoquer ou se fondre en un amalgame où ils perdraient leurs caractéristiques propres.

Il en est des atomes comme de l’immense système solaire où satellites et planètes sont reliés entre eux par la force de gravitation. Celle-ci toutefois n’atteint pas un degré tel que planètes et satellites se rapprocheraient pour ne plus former finalement qu’un amas confus. L’attraction est modérée par une force de répulsion conservant aux corps célestes leurs propriétés respectives.

Ces corps sont pris dans un mouvement de rotation, comme les électrons en tout être vivant, ainsi qu’en tout corps inanimé, liquide ou gazeux.

La seule différence entre les solides, les liquides et les gaz tient à la vitesse de rotation des atomes. Comparativement aux solides, cette vitesse est supérieure dans les liquides. Elle est encore bien plus grande dans les gaz où les atomes se dispersent en toutes directions pour devenir ce que l’on appelle communément de l’ »air ».

Sous son aspect extérieur, la poussière ne fait aucunement penser à un ordre quelconque. Elle semble être un indéfinissable fatras de matière. Mais les apparences sont trompeuses, car le moindre grain de poussière renferme une structure, une forme, un agencement minutieux, un mouvement imprimé à ses atomes.

Et ainsi de tout ce contient l’univers. En toute chose existe une pulsation.

À ce point, bien ténue apparaît la différence entre les vivants et les êtres inanimés. Elle s’amenuise au fur et à mesure que nous scrutons en profondeur la nature de la matière.

Il est insuffisant de dire qu’une activité existe dans la matière. Cette activité est en outre orientée vers un but.

Les atomes de carbone non rassasiés se meuvent pour parvenir à un état de saturation et d’équilibre. C’est la raison pour laquelle ils se lient à d’autres corps, donnant naissance à des composés et à des réactions chimiques.

Cela revient à dire que la composition de la matière traduit une structure, une activité, une finalité.

Il faut ajouter que les éléments constitutifs de la matière possèdent parfois une spécificité et des caractéristiques propres qu’ils conservent en permanence. Le sulfate de cuivre, par exemple, forme automatiquement un ensemble de cristaux ayant un aspect bien défini. Immergée dans des solutions, cette substance se multiplie et se propage en conservant toujours la même forme cristalline. Lorsqu’un cristal est séparé en deux, les deux parties croissent en conservant des particularités identiques.

Le fer, le nickel, la silice, les roches (de quelque nature qu’elles soient), la plupart des substances organiques et inorganiques forment des cristaux spécifiques permettant de les reconnaître, de même que l’on identifie les personnes grâce à leurs empreintes digitales.

Examinés au microscope, ces cristaux révèlent une harmonie géométrique qui retient longuement l’attention.

Cela signifie que la matière inanimée possède une activité par laquelle elle tend vers l’équilibre, l’ordre, la beauté, la singularité, la cristallisation.

De telles propriétés détruisent la barrière séparant la vie de la mort. Elles dévoilent les aptitudes à la vie que renferme la matière solide et inerte.

Cette matière n’est pas agitée par d’inutiles remous. Elle est organisée selon une configuration précise.

Entre la vie et la mort, il n’y a donc qu’une différence de degré, dans la liaison, la composition et la disposition des éléments selon des formes particulières.

Dans les êtres vivants, les éléments sont organisés avec un maximum de complexité et de spécificité. Mais c’est au sein même de la matière que sont présentes les virtualités de cette vie grandiose dans ses différentes ramifications.

Certes, une différence sépare les êtres vivants des êtres inanimés, mais le lien entre matière vivante et matière inerte est ininterrompu. Le monde est un. Il n’a qu’une seule origine et sa nature est unique. L’esprit le pénètre de toutes parts. De l’intérieur, la raison informe ce tout pour donner naissance à des ensembles, des types et des modèles qui dénotent un ordre, une loi, une harmonie. Aussi distincts que soient les types de vivants et ceux des êtres inanimés, une étude approfondie les ramène tous à leur commune origine, au tronc commun dont ils dérivent, révélant par là leur universelle ressemblance et l’unité de leur substance.

Un lien de parenté unit l’univers entier.

Le soleil, la lune, le serpent, le microbe et nous-mêmes sommes cousins germains.

Lorsque Darwin, dans sa théorie de l’évolution, découvrit la loi de l’origine des espèces, on se moqua de lui. Comment l’homme et l’animal pouvaient-ils bien être cousins ?

Mais le savant prouva par l’étude anatomique qu’il ne s’agissait pas d’une plaisanterie. Il démontra comment les animaux, les plantes et tous les vivants sont unis, de par leur anatomie et leur comportement fonctionnel, par un même lien de famille.

Darwin était loin de penser que, lorsqu’il serait mort et enterré, d’autres arguments, plus probants encore que les siens, viendraient corroborer sa théorie sur l’origine des espèces.

C’est pourtant ce qui se produisit. En chimie, il fut établi que tous les vivants ont des tissus organiques de constitution identique, à base de carbone.

Il fut aussi prouvé que les vivants offrent une ressemblance de détail plus importante encore : tous se composent de molécules lévogyres.

Pénétrant finalement au cœur de l’atome, l’analyse a révélé des ressemblances plus profondes à l’échelle de l’univers entier, qu’il s’agisse des vivants ou des êtres inanimés. L’univers représente un tout organisé qui palpite et est orienté vers un but, un tout régi par une loi, où règnent la beauté et un rythme merveilleux.

De cette façon, le lien de parenté que Darwin a découvert entre les vivants s’étend pour englober aussi les morts. Qui plus est, il englobe l’univers entier dans un tout unique relié par une unité intrinsèque.

Entre Shakespeare créant ses poèmes, l’huître fabriquant sa perle et la matière inerte créant des cristaux aux formes géométriques, il n’y a qu’une différence de degré.

L’univers est une pyramide au sommet de laquelle trône l’homme, couronnement final de ce merveilleux édifice où chaque pierre représente une étape supplémentaire.

Mais ce couronnement est momentané, car l’être ne cesse de faire preuve d’ingéniosité. Dans son évolution ascendante, il se manifestera en un Être supérieur à l’homme, un Être dans lequel l’ordre et l’esprit seront encore plus manifestes.

Où que je tourne mon regard dans l’univers, du plus petit atome à l’astre le plus grand, du plus minuscule microbe à la créature la plus élevée, de la poussière à l’or, aux diamants et aux perles, je rencontre l’ordre et la beauté.

Dieu transparaît dans l’univers entier.

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par Marc Chartier publié dans : L'énigme de la mort
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Jeudi 5 octobre 2006

LA TÊTE DE LA FOURMI


Même la rose

possède une intelligence



Écoutez ! Ce n’est pas une plaisanterie.

Il y a une intelligence dans la rose.

Dans l’épi de blé.

Dans le chêne, quand bien même l’intelligence en question serait aussi peu délicate qu’est massif le tronc de cet arbre.

Le mouvement de l’héliotrope qui se tord pour se tourner vers le soleil ne diffère pas beaucoup de celui de l’abeille voletant vers les prés pour butiner son nectar, ni de celui, conscient, de l’homme qui, défiant le danger, s’élance dans les airs pour une noble mission.

Il existe entre les trois un lien vital, un enchaînement continu. La seule différence est une différence de degré.

Aussi élémentaire soit-il, le mouvement de l’héliotrope est le fruit d’une intelligence.

Mais qu’est-ce que l’intelligence ?

C’est la faculté de se comporter en s’adaptant au milieu.

En quelques mots très simples, c’est la faculté d’adopter, à tout instant, l’attitude la mieux appropriée à la vie.

C’est ce que fait la fleur lorsqu’elle tourne ses feuilles vers la lumière : son mouvement dénote une intelligence.

L’intelligence n’est donc pas une nouveauté pour l’homme. Elle existe chez tous les êtres vivants. L’unique différence est que l’être humain dispose de moyens plus abondants pour adapter son comportement et poursuivre les buts qu’il se fixe. Comme il est une créature complexe, il possède des organes variés dont chacun a une fonction spécifique bien définie : deux mains, dix doigts, une langue pour parler, deux yeux pour voir, deux oreilles d’une grande acuité auditive, un épiderme très sensible, un nez pour sentir…autant d’organes à la disposition de la raison.

L’homme est un animal féodal possédant dix mille hectares d’aptitudes et des immeubles entiers de nerfs et de sens très affinés.

Mais il se fait injustice à lui-même, tout comme il est injuste à l’égard des autres créatures, lorsqu’il se considère comme l’unique être doué de raison. C’est là une prétention féodale qui tient de la fable et n’a aucun fondement dans la réalité.

La raison est enfouie au cœur du monde vivant tout entier.

Dès le premier soupçon de vie dans la misérable amibe unicellulaire, l’activité de ce protozoaire trahit déjà la précaution, la fourberie, la malice et la mauvaise intention qui se cachent dans l’être humain. Rien de nouveau en l’homme. Seulement un aboutissement…


Et l’âme ?

Qu’est-elle ?

Que sont les instincts ?

Ce sont, au point de départ, des impulsions portant l’animal à préserver sa vie et à rechercher sa pâture : la faim, la soif et l’instinct sexuel qui le poussent à manger, boire, s’accoupler et se reproduire.

Là précisément se trouve l’origine des multiples pulsions humaines : avidité, peur, appréhension, colère, haine, amour… Elles aussi sont des avertisseurs des besoins corporels urgents et indispensables.

Freud a eu tort de s’arrêter à ces appétits et ces instincts pour y voir la clé de la personnalité humaine, la clé du secret et de l’énigme de la vie.

En fait, ni les instincts, ni la logique rationnelle ne sont à même de fournir la clé du mystère de la vie.

On ne peut expliquer la vie comme une réaction instinctive au besoin de manger ou à l’appétit sexuel, ni comme un comportement rationnel pour s’adapter aux circonstances. Tout ceci caractérise la nature vivante, mais n’en élucide pas le mystère.

La vie n’est pas tributaire des bas instincts qui l’aiguillonneraient de l’arrière. Tendue vers l’avant, elle jaillit, guidée d’en haut par sa nature et par l’élan imprimé dans les cellules, les nerfs et le cœur de tout vivant.

Ignorant le passé, elle s’élance vers l’avenir, suivant l’orientation de la saine nature qui gît en elle.

Elle ne subit pas le joug d’un destin inéluctable qui la pousserait de l’arrière. Éclairée et clairvoyante, elle se suffit à elle-même, constamment, dans le choix du but à atteindre.

Elle renferme en elle ce qui l’incite à s’élever sans cesse davantage. Avec la plénitude de santé qu’elle possède, elle tend vers un niveau supérieur à celui de la routine monotone.

L’amour du beau, du bien et du vrai est, en définitive, l’un des stimuli profondément enracinés au creux de la matière vivante. La différence n’est pas grande entre la capacité de Shakespeare à distiller sa poésie, celle qu’a l’huître de sécréter sa perle et celle qu’ont les cellules du papillon à orner ses ailes avec splendeur.

Le papillon n’avait pas un besoin urgent et vital d’un tel surplus de beauté. Même non agrémentées de dessins, ses ailes étaient capables d’accomplir leur fonction de manière satisfaisante et habile. Pourquoi donc cet embellissement supplémentaire ?

Si nous affirmons qu’il a pour but d’exciter l’instinct sexuel et que la femelle se fait belle pour séduire son mâle, la question reste posée. Pourquoi le mâle choisit-il la femelle la plus belle ? La beauté continue donc de s’imposer comme un but à atteindre.

Le secret dont il est ici question est exactement le même que celui qui poussa Shakespeare à s’adonner à la poésie : non pas le souci du pain à gagner, mais l’appel du beau, le désir de créer inhérent à la nature du poète, à celle du papillon et à celle de tout être vivant.

Ce mystérieux souci d’esthétique est en germe dès l’apparition de la première cellule.

En recherchant, dès sa naissance, une température donnée ainsi que l’atmosphère et la nourriture favorables à sa vie et à sa multiplication, la cellule renfermait déjà des buts lointains. Après avoir acquis le plein contrôle de sa vie dans le cerveau pensant de l’homme, elle n’a pas tardé à dévoiler clairement ses objectifs éloignés : la beauté, la vérité, le bien, la justice, la paix.

Les idéaux sont enfouis sous l’épiderme.

Les valeurs sublimes, dans les tissus du protoplasme.

Expliquer l’homme uniquement par son corps, son âme ou sa raison, indépendamment des appels de l’esprit et du sentiment, c’est en donner une vision bien incomplète. C’est le réduire à n’être plus qu’un compteur ou une calculatrice. C’est priver l’existence humaine de son parfum, de sa saveur et de sa chaleur.

L’héliotrope – même lui ! – se tourne vers le soleil.

Même les pousses du figuier banian naissent en formant de magnifiques assortiments, comme si elles étaient sculptées par une main artiste sachant allier la variété à la beauté.

Même l’abeille donne à son nid une merveilleuse figure géométrique.

La nature vivante n’est pas réductible à l’instinct sexuel. Elle est extrêmement variée. Elle est capable de raisonner, d’observer, de rêver.

Les idéaux, les desseins, les rêves et les hautes aspirations ne sont pas la propriété exclusive de l’homme. Ils sont inhérents à la nature vivante comme telle.

Seule notre vanité d’animaux féodaux, nantis de la plus grande abondance de systèmes biologiques et de la sensibilité la plus riche, nous entraîne dans l’illusion sur nous-mêmes.

Submergés par cette richesse débordante, nous avons entrepris d’inonder de nos aptitudes le milieu qui nous entourait. Nous l’avons structuré et réglementé à notre manière à nous. Nous y avons créé des organisations et des schèmes nouveaux. Nous avons construit des maisons, des tours, des villes, des usines. Nous avons produit une infinité de poèmes, de chants et de mélodies. Nous avons inventé des lois, des règlements, des constitutions, des systèmes… Finalement, noyés dans ce flot de richesses, nous avons oublié que toute cette abondance était un legs dont nous étions redevables à notre arbre généalogique. Avant d’enrichir notre tête, elle se trouvait dans la tête de la fourmi, dans l’écorce de l’arbre, au cœur de l’éponge, dans la sève amère du cactus.

Le miracle de la vie n’est donc pas le privilège d’une créature donnée. Il est lié au tissu vivant comme tel, qu’il s’agisse des végétaux, des animaux, des êtres humains ou des cellules évoluant lentement dans un marécage, sans voir ni entendre. Il est lié au protoplasme, cette gélatine visqueuse comme une crème parsemée de grains de sésame et de pistache.

Chacun est à même de le constater au microscope : le protoplasme est vivant. Il renferme des noyaux solides autour desquels gravitent sans arrêt les grains de sésame et de pistache. Parfois, des parois protectrices existent ; parfois non, et l’on a affaire alors à une masse visqueuse, flasque et gluante, s’étirant comme une tache d’huile épaisse à la surface de l’eau…

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par Marc Chartier publié dans : L'énigme de la mort
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Jeudi 5 octobre 2006

« X »


Je suis X 3

Tu es le logarithme de X 19



Au cours de notre réflexion, nous avons découvert en l’homme un être complexe. Non pas une chose simple et limitée, comme une chaise, une table ou un encrier, mais une réalité croissante et évolutive qui prend à chaque instant une décision, en son for intérieur, grâce à sa volonté propre.

L’homme peut vivre à divers niveaux.

Il peut avoir une vie diminuée, extrêmement rudimentaire, quasi végétative. C’est ce qui se produit durant le sommeil. L’homme est alors réduit à un ensemble de fonctions agissant automatiquement, spontanément, inconsciemment.

Il peut mener une vie machinale, faite de bavardages et de médiocrité. Il se laisse conduire alors par ses idées toutes faites et des habitudes héritées d’autrui. Il est guidé par des coutumes vétustes et périmées. Ses actes sont réglés à la minute près sur des horaires que lui fixent les autres.

Il peut encore avoir une vie profonde : tourné vers lui-même, il suit l’orientation de ses pensées et de ses désirs. Il vit dans son temps à lui et suit le rythme que lui dictent sa volonté et son état affectif. C’est à ce niveau que sa vie est authentique et que ses actions sont le reflet direct de sa personnalité.

Il peut enfin atteindre le tréfonds de son être au moment de l’amour, de la contemplation, de la création ou de l’expérience mystique. Il éprouve alors un sentiment de durée et d’éternité. Il savoure cet instant étrange où le temps et la personne ne comptent plus. Instant de plénitude devant lequel s’évanouissent tous les autres. Chaque jour a une fin et les années sont reléguées dans le passé, mais cet instant dure comme un souvenir tenace auquel l’homme reste profondément attaché.

Ce sentiment prouve que l’homme est ouvert, de l’intérieur, sur une existence d’un autre ordre, différente de l’existence extérieure, figée, limitée, temporelle et machinale qui est liée au déterminisme et aux lois. Elle jaillit librement, dégagée du temps et de l’espace, n’ayant d’autre cause qu’elle-même. En elle prennent leur source la volonté, la personnalité, le comportement et l’action. Le monde extérieur semble en être une part, comme l’un de ses fruits.

Cette autre existence a la profondeur d’une source cachée où l’homme prend ses racines et où les fibres de son être naissent et s’abreuvent. C’est par elle qu’il est sensible à la vérité et qu’il ressent une continuité dans le tourbillon de la réalité oscillante et changeante. Elle est pour lui une terre ferme au milieu des apparences fragmentaires qui, sans cesse, surviennent, puis disparaissent. Grâce à elle, il continue de croire en l’existence d’un havre de sécurité, de repos et de paix.

La vie temporelle n’apparaît comme réelle que parce qu’elle découle de cette existence éternelle et qu’elle y achemine.

L’âme aspire sans trêve à cette existence intérieure. Elle y cherche un refuge contre l’angoisse et le stress que provoquent les changements constants de la réalité matérielle.

Existence du Moi absolu… Existence éternelle et véritable qui est celle de l’esprit.

Je ne relie pas cet esprit à la personnalité, car l’existence dont je parle ici n’est pas « personnelle ». Elle est trop profonde pour l’être, trop profonde pour être personnalisée et limitée.

La réalité personnalisée et mouvante est sujette aux divisions du temps et de l’espace. Elle est limitée aux phénomènes.

L’existence intérieure est, quant à elle, de l’ordre de la substance. Elle ne souffre ni division, ni multiplication. Elle est le substrat réel et la source des phénomènes. C’est d’elle que naît la personnalité, mais elle ne lui est en rien identique.

La réalité est une et simple. Certes, elle apparaît à nos yeux comme diverse et variée. Mais sous cette apparente et irréelle multiplicité, à sa source même, se cache une unité fondamentale. Nous en voulons pour preuve le lien et la dépendance réciproque qui unifient l’entière réalité.

Au cours de notre enquête, nous avons découvert que toutes les créatures ne sont que des assemblages, des compositions diverses d’une même matière (le protoplasme) et d’unités extrêmement petites (les cellules) agglutinées les unes aux autres. Ce sont toutes des assemblages et compositions de « X », ce « X » correspondant approximativement à la « matière » selon Marx ou à la hulè aristotélicienne. C’est en somme la matière première à partir de laquelle est édifié le monde terrestre.

Même les différentes sortes de matière inerte sont, elles aussi, des compositions diverses de particules élémentaires (électrons et protons) chargées négativement et positivement, cette énergie se manifestant sous forme de chaleur, de lumière, d’électricité, de champ magnétique, de mouvement ou de vie.

Tous les éléments – plomb, sodium, fer, cuivre, soufre, etc. – ne sont que des composés différents de ces électrons et protons et il est possible de changer un élément en un autre en changeant sa composition atomique.

La seule différence entre les créatures réside dans la forme et l’apparence. Elle est susceptible d’être réduite finalement à un principe unique, simple et commun.

L’univers est constitué fondamentalement d’une réalité simple et unique, à partir d’une même substance. Le tronc est unique, mais de lui partent toutes les ramifications de l’arbre. Chaque branche est vraie dans la mesure où elle trahit ses origines et porte, dans ses cellules et ses fleurs, la marque de son hérédité.

Les planètes, les étoiles, les astéroïdes et les comètes ne sont que des différents agencements de matière, issus de nuages d’atomes et de poussière flottant dans l’espace.

L’être a un nombre illimité d’effets et d’aspects à partir d’un principe unique, simple et éternel. Ce principe renferme une richesse infinie qui s’exprime en des formes illimitées en nombre. La multiplicité des êtres créés est la manifestation de cette richesse.

La multiplicité est un phénomène relevant du monde spatio-temporel qui est, par sa nature même, limité et divisible en dimensions et en instants. Tout, dans ce monde terrestre, peut être divisé, diversifié, multiplié.

Si la matière première est une et simple, les personnes, elles, sont multiples, chacune étant une disposition singulière de cette matière première. Mais la personne est vouée finalement à l’anéantissement, comme tout être fini, comme tout être situé dans le temps et l’espace.

Figures et constructions, tout disparaît comme s’écroule un immeuble bâti avec de la brique, de la chaux et du ciment. Le plan cependant subsiste, ce projet initial à partir duquel fut édifié l’immeuble. C’est ce qui correspond à la « forme » aristotélicienne ou à l’ »esprit » pour nous. C’est ce que l’on dénomme en philosophie le « Moi absolu ».

Le plan ou projet initial est inventé par le Créateur. Il émane de son Esprit, et c’est la raison pour laquelle il est immortel.

Distinct du corps et de la personne même, c’est le Moi absolu (l’esprit) qui, en nous, murmure avec stupéfaction face à la mort : « Ce n’est pas vrai ! » Il n’y attache aucune importance, car elle n’est pour lui d’aucun intérêt.

Lorsque nous avons peur de la mort, c’est à cause de ce Moi absolu, à cause du lien de tendresse qui nous relie à la réalité et à nous-mêmes. Mais il n’y a pas lieu de s’effrayer, car l’absolu dont nous parlons habite une contrée éternelle où il n’y a ni mort, ni mutation, ni changement.

Ce qui meurt en nous, c’est ce qui change et disparaît chaque jour : notre corps, notre âme, notre personnalité. Cette mort est l’effet de la vie, faisant place à la mutation, au changement.

Mais l’esprit, le Moi absolu, est éternellement vivant.

Nous sommes ouverts de l’intérieur sur cet Un absolu qui n’est pas circonscrit aux limites de la personne, de l’espace ou du temps.

Pour ce Moi absolu, mort, anéantissement, mutation et changement n’ont aucun sens.

C’est un trésor inépuisable, une richesse absolue d’où émanent nos actes, notre personne et notre vie. Au moment de notre mort, le Moi subsiste dans le monde de l’esprit dont il est issu.

Parce que nous sommes ouverts de l’intérieur sur l’absolu, l’illusion nous prend de penser que nous non plus ne mourrons pas. Nous faisons cette confusion tout naturellement, étant donné la double dimension – corps-esprit – de notre vie et de notre nature.

Dotés d’une vie autonome, nous croyons posséder une existence réelle indépendamment du cœur éternel dont nous sommes les pulsations.

C’est l’immortalité de l’esprit dont nous provenons et auquel nous appartenons en vertu de notre origine qui est la cause de notre illusion. En fait, nous sommes mortels. Nous sommes dans un état de mort continuelle, même lorsque nous sommes en vie.

Lien existentiel reliant nos instants et regroupant nos mouvements éparpillés dans l’espace, cette unité homogène qui nous pénètre et rassemble notre existence éparse n’appartient pas au monde spatio-temporel. Elle n’appartient pas au monde individualisé et particularisé. Elle ne dépend pas de nous alors que nous dépendons d’elle.

Il ne s’agit pas d’une unité spécifiée, mais plutôt d’une continuité absolue qui englobe toutes les situations où nous nous trouvons durant notre vie. Elle les englobe dans ce qui ressemble au Moi absolu, ce Moi qui est l’esprit de chacun d’entre nous et une étincelle de l’Esprit divin, source créatrice de laquelle tout provient et à laquelle tout retourne.

Chacun de nous est une unité participant de l’Un suprême.

C’est pourquoi nous constatons que toutes les formes d’être sont reliées entre elles par un lien étroit de proximité. Un lien du sang les rassemble toutes dans une commune matière première initiale.

L’échange qui se produit à tout instant entre les diverses catégories d’êtres révèle leur lien familial.

Les plantes prennent à la terre les phosphates et les nitrates ; à l’air, les composés de carbone et de vapeur d’eau. Puis elles transforment ces substances minérales mortes en tissus vivants et verts semblables aux leurs.

L’animal assimile ces tissus végétaux. Il les transforme en chair, sang, os et muscles. Finalement, il meurt, se décompose et se transforme en poussière et en sels minéraux qui réintègrent la terre-mère.

Ce cycle met en évidence la matière première commune à partir de laquelle sont créées toutes les différentes formes d’existence.

Concernant le degré d’animalité, une différence extrêmement grande sépare le tigre sauvage et féroce de l’homme délicat, affable et intelligent. Et pourtant, le regard qu’ils échangent dans la cage du cirque – regard du dompteur aux fauves qui sont assis à ses pieds – est révélateur de cet élément commun qui les réunit dans un lien secret d’amour réciproque.

Malgré toute la férocité de l’un et la délicatesse de l’autre, le tigre et l’homme se rencontrent dans un moment d’affection mutuelle, comme s’ils se connaissaient depuis toujours dans la mesure où leur Créateur est unique et qu’unique est la matière de la création.

En chaque regard nous apparaît la gloire du Créateur, plus proche de nous que ne l’est notre veine jugulaire.

L’unité, la ressemblance fondamentale et la relation intime sont cachées derrière la multiplicité, la divergence et le morcellement apparent.

L’être en son entier est un hymne célébrant l’Esprit divin éternel. Par les millions de mots qui le composent, cet hymne en exprime la signification et la richesse infinies.

Par la mort – c’est là son sens –, le Créateur nous dit :

  • J’ai encore davantage. J’ai d’autres possibilités, inépuisables… Regardez ! Voici quelque chose de tout autre… une nouvelle surprise : la naissance d’un nouvel enfant !

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