sommaire
- "Dialogue avec un ami athée"
- "Du doute à la foi"
- "L'Énigme de la mort"

L'esprit
J’eus l’idée un soir de sonder le tréfonds de ma mémoire et de noter sur une feuille tous les numéros que je savais : numéros de mon passeport, de mon appartement et de ma carte d’identité… plaque d’immatriculation de ma voiture… numéros de téléphone des amis, des collègues, des agences, des journaux… tables de multiplication… additions, soustractions et divisions que je savais faire mentalement…ma date de naissance et celles de mes enfants… constantes en mathématiques et en sciences naturelles : constante pi, vitesse de la lumière, vitesse du son, somme des angles du triangle, degré d’ébullition de l’eau… taux de glucose dans le sang, nombre des globules rouges et blancs dans le corps, volume sanguin, rapidité du pouls et de la respiration, doses des remèdes et autres connaissances apprises en faculté de médecine…
En quelques instants, j’avais sous la main un bon nombre de feuilles avec des centaines de numéros. Il m’étaient venus à l’esprit les uns à la suite des autres, en un éclair, comme si j’étais un ordinateur.
Une merveille !
Comment puis-je emmagasiner une quantité aussi impressionnante de numéros, chacun étant composé de six ou sept chiffres ?
Où se cachent-ils dans les circonvolutions cérébrales ?
Et comment en vient-on à se les rappeler ainsi, à la vitesse d’un éclair ?
De quelle façon ces chiffres s’alignent-ils dans des nombres différents, chacun d’entre eux comportant une notice explicative pour en donner le sens et la clé ? Comment ces nombres s’amoncellent-ils par centaines dans la mémoire, sans se confondre ni s’effacer mutuellement ?
Outre les numéros, il y a les noms, les termes techniques, les mots, les formes, les visages qui meublent à foison notre tête. Il y a les sites naturels où nous sommes passés, les lieux que nous avons visités. Il y a les parfums, chacun d’eux étant lié à l’image d’une femme que nous avons connue ou à une scène dont nous nous souvenons, roman d’amour passionné nous relatant un scénario aux milliers de prises de vue…
Il y a les saveurs et les aromes. L’eau vous en vient à la bouche ou, au contraire, le dégoût vous en donne des haut-le-cœur. Chaque saveur déclenche un enregistrement qui vous narre l’histoire d’un banquet somptueux auquel vous étiez invité, ou bien elle vous remémore ce remède amer ingurgité au cours d’une longue et pénible maladie qui vous fit atrocement souffrir.
Même la douce caresse de la brise et l’odeur des coquillages au bord de la mer, la mémoire les retient. Par le souvenir, nous sentons encore les rafales du vent humide, comme si c’était maintenant.
Les voix, les murmures, les chuchotements, les cris, les clameurs, le tumulte, les lamentations, les sanglots…
Un morceau de musique…
Une chanson…
Une gifle reçue…
Le claquement d’un coup de bâton sur le dos…
Un râle de souffrance…
Tout cela, la mémoire le conserve et l’enregistre fidèlement, avec une extrême précision, sans oublier la notice explicative mentionnant la date, l’occasion, les noms des personnes présentes, les circonstances et le compte rendu de ce qui fut dit. Un miracle, qui a pour nom la mémoire !
Nous sommes accompagnés d’un véritable témoin qui inscrit en nous le moindre pas de fourmi.
Parfois, nous pensons avoir des trous de mémoire, mais nous découvrons qu’en fait, il n’en est rien. Ce que nous croyions avoir oublié nous réapparaît soudain, en un moment de relaxation, en rêve, après un verre ou dans le cabinet d’un psychiatre. Ou encore lors d’un lapsus ou d’une faute de prononciation.
Rien ne s’oublie. Rien ne se perd. Le passé est réellement consigné par écrit. Chaque instant, chaque battement du cœur…
D’où la grande question, ou plutôt l’énigme embarrassante : où se situent ces souvenirs ? Où sont ces archives secrètes ?
Savants et philosophes ont tenté de répondre à cette question.
Les philosophes matérialistes prétendent que la mémoire se situe dans le cerveau et qu’elle n’est rien de plus qu’un ensemble d’altérations électrochimiques survenant dans la matière cérébrale suite à une réaction nerveuse aux stimuli externes, comme une bande de magnétophone en cours d’enregistrement. Les bandes enregistrées sont stockées dans le cerveau ; elles se dévident automatiquement dès que l’on essaie de se souvenir et elles reproduisent ce qui s’est passé, avec fidélité et précision.
La mémoire devient alors une simple inscription, une gravure sur la matière cellulaire.
Elle est condamnée à se détériorer et à s’effriter, comme une sculpture. Elle prend fin dès que l’homme meurt et que sont usées ses cellules corporelles.
Opinion confortable et facile, certes, mais qui fit tomber ses adeptes dans une ornière dont ils ne purent se libérer.
Si la mémoire était purement et simplement un accident survenant dans la matière cellulaire, il serait inévitable qu’elle subisse les contrecoups de la moindre détérioration physiologique survenant dans les cellules du cerveau. Le lien de cause à effet serait inéluctable. Toute déficience dans un champ précis de la mémoire devrait s’accompagner d’une détérioration des cellules correspondantes. Or il n’en est rien d’après les observations que l’on peut faire des lésions et maladies cérébrales. Au contraire !
Le centre de la parole peut être atteint et la mémoire des mots, nullement endommagée. Il se produit alors uniquement une déficience dans l’élocution, dans le fonctionnement des nerfs moteurs chargés de la parole.
C’est le moteur qui subit des dommages par suite de la détérioration des cellules. Mais la mémoire et la représentation des mots dans l’esprit restent intactes
C’est une preuve que la fonction du cerveau n’est nullement la mémorisation.
Le cerveau est uniquement un central qui crée la communication. Il est un simple instrument, in intermédiaire physique grâce auquel le mot s’exprime de manière à devenir un son audible. C’est ce qu’opère le poste lorsqu’il transforme l’onde radio en vibration sonore. Lorsque la radio est en panne, cela ne signifie pas que l’onde cesse de se propager dans les airs. Seul le récepteur est paralysé, mais l’onde reste telle quelle et elle peut être captée par une autre radio en bon état de marche.
Tel est le cas de la mémoire. Elle est faite de représentations, de pensées et d’images autonomes qui sont abrités par l’esprit, et non pas dans le cerveau ou une autre partie du corps. Le cerveau n’est qu’une courroie de transmission de ces représentations pour qu’elles deviennent des mots prononcés et entendus sous forme sensible.
En cas de lésion du cerveau, l’élocution en porte les conséquences, mais nullement la mémoire. Cette dernière a le même sort que l’esprit. Elle n’est pas liée aux aléas auxquels est soumis le corps.
La correspondance entre les deux n’existe absolument pas, ce qui prouve que nous sommes sur deux plans distincts (le corps et l’esprit), et non au seul plan de la matière.
Il est certains cas d’amnésie où le malade oublie une période déterminée (c’est le thème favori des cinéastes égyptiens). Ladite période s’efface complètement de la conscience et disparaît de la mémoire.
Si l’on admettait la théorie matérialiste, on devrait alors découvrir dans le cerveau une lésion partielle correspondant au laps de temps oublié. Or l’on remarque qu’il s’agit, dans la majorité des cas, d’une lésion généralisée et non limitée à une seule partie du cerveau.
Une fois encore, nous constatons qu’il n’y a pas de corrélation entre la gravité de l’accident et l’ampleur du mal subi par l’organisme.
Dans les cas de grave lésion cérébrale faisant suite à une fracture, une inflammation ou une tumeur cancéreuse et lorsque commence l’amnésie totale, on constate que la perte de mémoire suit un ordre précis : tout d’abord les noms propres et, en dernier lieu, les mots référant aux actions.
Cet enchaînement ordonné de l’oubli, face à un mal qui agit de manière désordonnée et confuse sur le cerveau, est à nouveau révélateur d’un manque de corrélation. Voici en effet un trouble qui atteint la mémoire et qui n’a aucun lien avec la durée, l’étendue ou la progression de la maladie cérébrale.
La conception matérialiste de la mémoire se heurte à une impasse, car nous nous trouvons face à un phénomène qui ne se limite pas au corps et aux cellules du cerveau. Celles-ci mourront et se décomposeront. La mémoire, quant à elle, demeurera, claire et vive. Au cours de notre seconde vie spirituelle, dans l’Au-delà, elle nous rappellera, en détail et avec précision, tout ce que nous aurons fait.
Notre corps n’aura été qu’un intermédiaire matériel pour exécuter nos actions et manifester nos intentions ici-bas… un simple instrument, une monture à la disposition de l’esprit.
Le cerveau n’aura été qu’un central, un réseau de câbles. Sa fonction aura été de relier le monde de l’esprit à celui de la matière ou, selon l’expression de Bergson, de « donner la communication ».
Les nerfs sont les câbles qui transmettent le contenu secret de l’esprit et le transforment en courant pour que – en bout de ligne – les muscles de la langue le prononcent, sur le modèle de l’appareil qui capte l’onde radio. La parole est ainsi échangée comme le sont les choses matérielles.
Lorsque nos corps meurent, nous redevenons esprit, pour nous rappeler ce que nous avons fait, moment par moment, dans le monde d’ici-bas où chaque parole et chaque acte auront été enregistrés.
Certaines théories vont même encore plus loin. Elles pensent que l’acquisition du savoir est une opération de mémorisation de connaissances anciennes amassées et consignées dans l’esprit. On n’apprendrait donc pas à partir du tableau de la classe. On ne découvrirait pas ex nihilo que 2 x 2 = 4. On naîtrait en possession de cette vérité et l’on ne ferait que s’en souvenir…
Et ainsi des évidences premières en mathématiques, géométrie, logique, etc. Ce sont toutes des premiers principes avec lesquels nous naissons et qui sont enfouis en nous. Nous nous en souvenons, c’est tout ! À tout instant, au gré de notre existence terrestre, ils nous reviennent en mémoire.
C’est ce qui se produit également pour notre personnalité. Nous la possédons dès notre naissance. Elle est inscrite dans notre esprit, puis elle se voit offrir ici-bas les occasions, les circonstances et le moule matériel pour expliciter ce qu’elle contient en elle de bien ou de mal. Ce qu’elle fait est enregistré sur son compte.
Cet enregistrement est l’élément nouveau qui intervient ici-bas… le passage de l’intention à la mise en pratique.
C’est ce qu’expriment les religions lorsqu’elles affirment que le coupable aura à rendre compte de ses faits et gestes au terme de sa vie en ce bas monde. Sa conduite erronée lui incombe et lui fixe sa rétribution.
Dans son Omniscience, Dieu connaissait déjà le sort de ce pécheur. Mais sa Science n’a rien de contraignant. Il ne pousse personne au péché. Il ne force personne à faire le mal. Chacun d’entre nous se comporte en conformité avec sa nature intérieure, de sorte que ses actes soient l’expression de ce qu’il est. Il n’y a aucune prédétermination en cela, car cette nature intérieure est ce que nous appelons tantôt la conscience, tantôt le tréfonds de l’âme ou le cœur. Pour Dieu, c’est notre "secret".
« Lui, certes, connaît parfaitement
Ce qui est secret et qui est le mieux caché. » (Coran : 20,7)
Dans nos expressions populaires, nous disons à ce sujet, au moment de la mort : « Le secret est monté vers Dieu », c’est-à-dire : l’esprit est remonté vers son Créateur.
Ce fabuleux secret est le point de départ où s’exprime notre liberté et que Dieu a délié de toute contrainte pour que notre volonté libre, dans son objet et son intention, soit l’exacte traduction de ce qu’elle est réellement.
Affirmer le déterminisme, que ce soit celui de la lutte des classes ou le prédéterminisme historique, est donc une erreur car l’homme est libre et non un rouage pris dans l’engrenage d’une machine.
On ne peut ainsi prédire, dans la vie d’un individu, de quoi demain sera fait. Déterminisme et prédéterminisme ne peuvent être appliqués dans la vie d’une société comme dans le déroulement de l’histoire. On peut uniquement avancer des probabilités, des suppositions, en se basant sur des statistiques. Les probabilités peuvent s’avérer exactes ou fausses, en étant au-delà ou en deçà de la réalité.
La moyenne d’âge en Angleterre est de soixante ans. C’est une moyenne établie à partir de statistiques. Mais elle ne s’applique pas à tous les individus. Untel, Bernard Shaw par exemple, peut vivre plus de quatre-vingt-dix ans et dépasser la moyenne établie pour l’Angleterre. Il peut aussi mourir à vingt ans dans un accident, ou être emporté dans sa prime jeunesse par une épidémie… La moyenne peut elle-même être susceptible d’oscillations, en plus ou en moins, selon les années. Il n’est donc pas exact de parler de déterminisme ou de prédéterminisme. Il n’est pas permis d’assujettir tout ce qui a trait à l’être humain, qu’il s’agisse de la personne, de la société ou de l’histoire, à un moule théorique, à une moyenne approximative, à un calcul statistique ou à une hypothèse philosophique.
L’erreur du déterminisme est due à une représentation erronée de l’homme en qui l’on ne voit qu’un corps sans âme, sans esprit, sans raison, l’âme et la raison étant considérées uniquement comme des fonctions supérieures du système nerveux.
Sous prétexte d’une soumission du corps aux lois physiologiques, le penseur matérialiste déduit que l’homme et l’humanité entière sont enchaînés par les lois de la matière. Il réduit l’être humain à un amoncellement de matière semblable à la lune condamnée, par les lois de l’astronomie, à tourner autour de la terre et du soleil.
Ce faisant, il oublie que l’homme vit à deux niveaux :
celui, tout d’abord, du temps extérieur, objectif, physique : c’est le temps horaire qui le lie à des rendez-vous et à des obligations sociales, qui le rend prisonnier des lois et des contraintes ;
celui ensuite du temps personnel, intérieur : c’est le temps de la conscience et du rêve. À ce niveau, il vit réellement libre ; il pense, il imagine, il invente, il crée, il se révolte contre la société entière et contre l’histoire. Bien plus, il peut traduire dans ses actes cette révolte intérieure en mettant sens dessus dessous la société et en refaisant l’histoire de fond en comble, comme cela s’est produit dans toutes les révolutions progressistes.
Ce dualisme est le propre de l’homme.
Une vie intérieure libre est la caractéristique de l’homme en comparaison avec les corps inorganiques. L’âme qu’il possède a des qualités différentes de l’essence des minéraux, car elle est une entité sans dimension spatiale. Elle est le Moi qui se caractérise par la présence, la durée, l’évidence, l’existence propre et la conscience. Elle s’impose à la réalité extérieure et la transforme. Elle domine le corps. Elle le commande et le guide, n’étant pas asservie à ses exigences. Elle lui prescrit le jeûne et la privation, de plein gré. Elle peut même le conduire à la mort par esprit d’abnégation et de sacrifice.
L’âme ne peut être considérée comme un produit dérivé, un appendice ou une excroissance du corps.
Les théories matérialistes ne nous expliquent donc rien du tout. Il nous faut par contre admettre que l’âme transcende le corps, qu’elle le régit et qu’elle est d’une nature distincte nonobstant le fait qu’elle utilise ce corps comme instrument et comme "monture" pour atteindre ses buts, à la manière de la raison qui utilise le cerveau comme simple central ou moyen de transmission.
Il nous faut aussi faire appel à cette intuition que nous avons, selon laquelle l’âme ne peut connaître le même sort que le corps en le suivant dans la mort et la corruption. De par sa nature même, elle se caractérise en effet par la présence, la durée, la conscience permanente. Elle ne se corrompt pas comme le corps ; elle ne tombe pas comme les cheveux ; elle ne disparaît pas quand l’homme meurt.
C’est de cette manière pleinement intuitive que nous croyons à la survie de l’âme après la mort.
Réfléchissons à l’hésitation qui est la nôtre avant de prendre une décision, au sentiment de responsabilité qui va de pair avec notre action, au regret ou à la satisfaction que nous éprouvons une fois l’action accomplie. Nous en concluons qu’une conscience innée nous surveille, que sans cesse revient en nous cette conviction qu’il y aura une reddition des comptes, certaines de nos actions étant bonnes et d’autres, mauvaises. Nous savons spontanément, de façon innée, que la justice et l’ordre sont la loi de l’existence et que la responsabilité individuelle en est le fondement.
Ce sentiment spontané et contraignant nous amène à penser que l’oppresseur qui a évité le châtiment ici-bas et le criminel qui a échappé au jugement de la loi humaine doivent immanquablement être jugés et châtiés, car le monde que nous habitons est une preuve manifeste d’ordre et de précision, du moindre atome au plus grand corps céleste. L’absurde n’existe que dans nos esprits et les aberrations de notre jugement.
L’idée et la nécessité de la justice et de l’ordre nous conduisent à la nécessité d’un Autre Monde où s’accompliront cette justice et cet ordre dans un ultime jugement.
Cette connaissance est pour nous innée, comme une vérité qui jaillit spontanément en nous. Il n’est alors pas étonnant que le penseur allemand Emmanuel Kant ait reconnu cette même vérité dans sa Critique de la Raison pratique.
Pas étonnant non plus qu’il soit parvenu à cette conclusion exacte sans avoir eu recours au Coran.
C’est sur cette connaissance innée et spontanée que reposent toutes les sciences.
L’homme doté d’une saine raison n’a pas besoin du Livre saint pour découvrir qu’il a un esprit, qu’une vie l’attend après la mort et qu’il y aura une reddition des comptes. La nature droite et saine éclaire, pour qui la possède, le chemin vers ces vérités.
Nous naissons en possession de cette science, de cette connaissance spontanée. Face à toutes les sciences acquises, elle se pose en témoin et a sur elles le dernier mot. Toute science acquise est en effet susceptible de se tromper. La science innée fait partie, quant à elle, de l’ordre qui régit l’univers ; elle est la vérité première à la lumière de laquelle nous percevons toutes les vérités subsidiaires. Elle est la norme et la mesure. Si la norme est erronée, tout est faussé et il n’y a plus alors qu’absurdité sur absurdité. Or ce n’est pas vrai !
Si nous suspectons le savoir inné, l’accusation s’applique également à toutes les sciences et connaissances, et celles-ci s’effondrent, car elles reposent sur des intuitions premières.
Nous voici donc devant l’un des fondements de la connaissance et l’une de ses sources, sur laquelle aucun doute n’est permis. Il en va d’elle comme de la vie elle-même. Nous sommes en présence du substrat sur lequel repose toute forme de connaissance.
De même que nous venons à la vie munis de muscles pour nous mouvoir et nous défendre, ainsi nous naissons pourvus d’intuitions premières pour avoir recours à elles dans notre appréciation du vrai et du faux, du bien et du mal.
Le plus haut degré de connaissance te vient de l’intérieur de toi-même. Tu peux, par exemple, savoir dans quelle position tu es (debout, assis, allongé) sans te regarder toi-même. Tu la connais lors même que tu as les yeux fermés, car c’est de l’intérieur que te parvient cette perception. Cette connaissance est une preuve bien supérieure à toute perception directe.
Lorsque tu affirmes : « Je suis heureux, malheureux… je souffre », ta parole est un argument majeur qu’aucune démonstration logique ne peut réfuter. Faire intervenir ici la logique serait faire preuve d’obstination et d’une indicible opiniâtreté, car personne ne connaît mieux ton état que toi-même.
C’est ainsi que le témoignage de la droite nature et les affirmations de la connaissance spontanée constituent le suprême argument. Lorsqu’elles nous affirment, confirmées en cela par la science, la réflexion et la méditation, l’existence de l’esprit, de l’âme, de la liberté, de la responsabilité individuelle et du jugement final, lorsqu’elles s’inspirent de se comporter en prenant appui sur l’ordre régnant dans l’univers, nous sommes en présence d’un argument offrant le plus haut degré de certitude.
C’est une certitude égale à la certitude oculaire, et même plus ! La droite nature est un organe, au même titre que l’œil, avec lequel nous naissons.
C’est une certitude supérieure à la certitude scientifique. La science ne fournit en effet qu’une exactitude statistique et les théories scientifiques sont déduites de moyennes numériques. Quant au jugement que porte l’intuition dans sa spontanéité, il est péremptoire et absolu. 2 x 2 = 4 est une vérité absolue et rigoureusement exacte, une vérité non susceptible d’abrogation, d’évolution ou de changement comme c’est le cas pour les théories scientifiques, car c’est une évidence première.
1 + 1 = 2… Aucun doute n’est permis sur cette affirmation. C’est une vérité dont nous gratifie la droite nature au fond de nous-mêmes, une vérité que nous inspire spontanément notre intuition. C’est une vérité première qui nous est donnée en même temps que notre certificat de naissance.
Si l’homme percevait cette vérité, il y trouverait le repos. Il s’épargnerait moult querelles, bavardages, discours philosophiques ou contestations sur les questions ayant trait aux relations entre corps et esprit, raison et cerveau, liberté et prédestination, responsabilité personnelle et Jugement Dernier. Il se contenterait d’écouter ce que lui murmurent la droite nature, les décrets de son cœur et les indications de sa "clair-voyance".
Un atome de sincérité avec soi-même vaut mieux que des tonnes de livres.
Écoutons la voix de notre âme et le chuchotement de notre "clair-voyance", avec une profonde sincérité, sans chercher à déformer la pureté de cette voix en l’entraînant dans les filets de la logique ou les chausse-trapes de quelque raisonnement.
Celui qui doute de ma parole, ceux qui sont avides de disputes, d’argumentations ou de combat à coups de logique, je les invite à reprendre ce chapitre depuis le début !
La Justice éternelle
Observez le chat lorsqu’il saute à la dérobée sur la table de ses maîtres pour y chaparder une tranche de poisson…
Observez-le ! Notez son regard à l’instant du larcin ! Jamais vous n’oublierez le sentiment de culpabilité qu’il trahit.
Avec sa seule intelligence animale, le chat ressent de façon obscure qu’il est fautif. Donnez-lui une tape pour le punir, il prendra un air dépité, la tête basse, comme s’il percevait vaguement qu’il n’avait reçu que ce qu’il méritait.
Ce pressentiment est inné, inhérent à la nature que la créature hérite de son Créateur. Tel est le sens moral premier dont nous trouvons trace jusque chez l’animal.
Le chien qui a fait ses besoins se met à flairer ce qu’il vient de faire et à gratter la terre par-dessus pour le cacher aux regards. Sa réaction instinctive prouve une perception de ce qui est honteux et un empressement à le dissimuler.
Un tel comportement est inné, non acquis par l’apprentissage. Tous les chiens l’adoptent dès leur naissance.
Il en est de même de la colère du chameau qui a été longtemps délaissé par son maître et qui est à bout de patience. Ou encore de l’orgueil du lion qui ne condescend pas à attaquer sa proie en traître, par l’arrière. C’est toujours par devant qu’il fond sur elle, de face. Il ne la tuera que pour se nourrir et ne cherchera à se nourrir, donc à tuer, que lorsqu’il est affamé.
Toutes ces mœurs sont viscérales, inscrites dans la nature même des animaux.
Fidélité du couple chez les pigeons…
Attachement au groupe chez les animaux se déplaçant en troupeaux…
Ces premières bases de la conscience morale, les animaux les portent dans le sang. Elles sont inhérentes à leur constitution naturelle et non le fruit de quelque apprentissage.
Nous-mêmes, avant d’agir, nous hésitons par suite d’un sentiment inné de notre responsabilité. Une fois l’action en cours, nous éprouvons l’obligation qui nous harcèle de poursuivre le bien. Finalement, lorsque nous avons commis une faute, le remords nous accable.
Ces sentiments innés, que partagent aussi bien l’intellectuel que le primitif ou l’enfant, sont la marque d’une intuition qu’a tout homme de l’existence d’une loi, d’un ordre, d’un jugement final, d’une justice qui est à la fois une obligation et un droit. Dès notre naissance, nous portons en nous cette intuition. Elle nous vient de notre nature même, du Créateur qui nous a façonnés.
Considérons maintenant le monde de la matière, de l’infiniment petit (l’atome) à l’infiniment grand (les galaxies). Nous constatons que tout s’y déroule conformément à des lois, avec ordre et précision.
Dans la sphère du noyau atomique, l’électron ne saute d’une orbite à l’autre qu’en émettant ou recevant une quantité d’énergie équivalente à la valeur de son déplacement, tel le passager ne pouvant voyager en train que s’il paie le montant de son billet.
La naissance et la mort des étoiles ont leurs lois et leurs causes.
Le mouvement des planètes est établi en fonction des lois de la gravitation universelle.
La transformation de la matière en énergie et l’irradiation solaire suivent certaines constantes précises.
La lumière se déplace à une vitesse donnée.
Chaque onde a une longueur, une amplitude et une vitesse déterminées.
Chaque métal produit un spectre et a des lignes d’absorption distinctives observables au spectroscope.
Sous l’effet de la chaleur et du froid, les métaux se dilatent et se contractent selon une certaine mesure. Chacun a une masse, une densité, un poids atomique, un poids moléculaire, des constantes et des propriétés caractéristiques.
Einstein a établi qu’il existe une relation entre la masse d’un corps et sa vitesse, entre le temps et le mouvement suivi à l’intérieur d’un ensemble en mouvement, entre le temps et l’espace.
La répartition des corps en solides, liquides et gaz tient à la vitesse de déplacement de leurs molécules. Sous l’effet de la chaleur, cette vitesse s’accélère : les solides fondent et se liquéfient ; les liquides s’évaporent et se transforment en gaz.
L’électricité est engendrée suivant certaines lois. Le courant électrique se propage, agit et influe différemment selon la tension et la puissance.
Chaque étoile obéit aux lois de la gravitation en fonction de son volume et de sa masse.
Les secousses telluriques, enfin, qui ressemblent à un chaos, suivent une progression bien précise, respectant un tracé qu’il est possible de relever et d’identifier sur toute la surface du globe terrestre.
L’univers en son entier représente donc un ensemble de lois précises, évidentes et infaillibles.
D’aucuns pourront protester : « Oui ! Mais que penses-tu de ce monde qui est le nôtre ? De ce monde de fraudes, de tricheries, de guerres, d’injustices, d’anarchie ? De ce monde d’iniquité où les hommes s’entretuent, poussés par la haine ? »
Je leur répondrai : c’est autre chose ! Car ce qui se passe chez nous, dans notre monde des humains, est dû au fait que Dieu nous a confié la terre en nous y établissant seigneurs et en nous pourvoyant de liberté. Il nous a fait l’offre du dépôt, et nous avons accepté.
Le don qui nous est fait de la liberté signifie que nous pouvons nous tromper ou être dans le vrai.
Ce que nous constatons autour de nous, dans notre misérable monde humain, est la conséquence d’une liberté mal utilisée.
Le chaos est notre œuvre à nous. Il est le fruit de notre liberté.
Mais le monde comme tel est un chef-d’œuvre de précision et d’ordre, un ordre auquel Dieu pourrait, s’Il le voulait, nous contraindre, tout comme Il y a soumis montagnes, mers, étoiles et espace. Mais Dieu a écarté de nous cette possibilité, pour accomplir toute justice, pour que chacun de nous puisse agir librement, comme il l’entend et selon ce que lui dicte sa conscience.
Telle est la justice voulue par Dieu pour que, dans l’Au-delà, chacun de nous hérite de la place et du rang qui lui échoient. La vérité apparaîtra alors et chacun recevra ce qui lui revient.
La vie ne connaît pas d’interruption.
Celle que nous vivons ici-bas n’est pas toute la vie, mais une période transitoire, faite d’iniquités et de désordres. Elle a pourtant sa sagesse et sa raison d’être. En toute justice, elle est un examen de passage donnant accès à la vie éternelle.
Notre vie terrestre est une parenthèse sise entre un avant et un après. Elle n’est pas toute la vérité ni ne donne le fin mot de l’histoire. Elle représente seulement un petit chapitre d’un roman qui est loin d’être achevé.
Écoutant la voix de sa nature, l’être humain, à commencer par le primitif, a perçu la réalité de l’Au-delà.
Les Prophètes l’ont affirmée, après information reçue du Mystère.
La raison, elle aussi, l’atteste. Nous y avons fait allusion plus haut : la science perçoit que l’homme est corps et esprit.
L’homme est conscient de la réalité de son esprit, grâce à l’intuition profonde et durable qu’il a d’une présence à lui-même, malgré l’avalanche des mutations temporelles environnantes. Par là, il est informé de l’être intérieur qu’il possède, un être insensible aux changements, qui transcende le temps, le néant, la mort.
Certains philosophes faisant autorité dans le monde de la pensée, comme Emmanuel Kant, Bergson ou Kierkegaard, ont affirmé la réalité de l’esprit et de l’Au-delà.
La République de Platon contient un chapitre merveilleux sur l’immortalité de l’âme.
Cette vérité s’est donc imposée aux intelligences, des plus éclairées aux plus humbles, telle une évidence première qu’il est difficile de nier.
Mais la preuve la plus convaincante de la vie dans l’Au-delà réside, selon moi, dans le sentiment profond, inscrit en notre être même, de l’existence d’un ordre, d’une loi et d’une justice indéfectibles.
Cette justice, nous l’exigeons de nous-mêmes et d’autrui, de façon innée et instinctive.
Nous brûlons de la voir se réaliser.
Nous luttons pour en établir les fondements.
Nous mourons sur le chemin qui y mène.
Mais, finalement, jamais nous ne la réalisons.
Nous en concluons avec certitude qu’elle se manifestera plus tard, de quelque façon, car il s’agit d’une vérité absolue qui n’a cessé de s’imposer à notre esprit et à notre conscience.
Que nous ne la voyions pas se réaliser ici-bas, c’est la preuve que notre vue est limitée et que notre pauvre monde terrestre n’est pas le tout de la vérité.
Sinon, pourquoi nous révolterions-nous devant les injustices ? Pourquoi exigerions-nous constamment des autres qu’ils soient justes ? Pourquoi une telle aspiration ? Pourquoi nous enflammer de colère contre quelque chose qui n’existerait pas ?
Pour reprendre l’affirmation du penseur indien Wahîd al-Dîn Khân, si la soif d’eau prouve l’existence de l’eau, la soif de justice doit, elle, prouver l’existence de la justice. Si la justice n’est pas de ce monde, c’est la preuve de l’existence de l’Au-delà, demeure de la justice véritable.
Ce que notre pauvre nature nous fait saisir intuitivement est une preuve péremptoire que la justice existe réellement. Peut-être ne la voyons-nous pas aujourd’hui, mais demain, nous la verrons. Émanant du fond de notre être, cette certitude est fondée puisqu’elle nous est dictée par une intuition enracinée dans notre nature, faisant partie de l’ordre naturel indéfectible. Elle est l’une des nombreuses lois qui régissent l’existence.
On pourra derechef protester : « Oublions donc un instant le monde des humains ! Pourquoi Dieu a-t-Il fait du porc, du chien et de l’insecte des animaux aussi vils ? En quoi sont-ils coupables ? Où est, en tout cela, la Justice divine ? S’il est vrai que Dieu ressuscitera tout être doué d’esprit, pourquoi ne ressuscitera-t-il pas le singe, le chien et le porc ? »
La question est, certes, pertinente. Elle relève néanmoins d’un esprit qui, ne connaissant d’un procès que la moitié des pièces, voire qu’une seule ligne du dossier d’enquête, s’empresserait d’en arriver au verdict et à ses attendus.
En réalité, tout animal a une âme.
Et pour toute âme, Dieu a choisi le moule matériel approprié.
Le porc a été créé porc… parce qu’il est porc. Tout simplement !
Pour l’âme du porc, Dieu a choisi le moule matériel correspondant dans lequel il l’a déposée. Nous ignorons tout de cette âme. Pourquoi et comment le porc naît-il ainsi ? Là non plus, nous n’en savons rien.
Qu’y a-t-il avant la naissance ?
Qu’y a-t-il après la mort ?
Un voile nous en sépare.
À l’instar du Coran, les mystiques affirment qu’avant la naissance, nous étions dans un monde (ils l’appellent "monde de la préexistence spirituelle") et qu’après la mort, nous serons dans un autre monde. Dans ce monde sans mort, la vie sera éternelle, nous faisant monter indéfiniment, dans un continuel dépassement et une perpétuelle ascension, vers Dieu.
La raison affirme la continuité entre ces deux mondes.
La justice est une vérité éternelle que Dieu a gravée dans notre nature, au plus intime de l’être humain ou même animal. J’y ai fait allusion plus haut.
Vérité absolue, cette justice nous révélera que l’enveloppe de matière dans laquelle vivent tous les animaux leur est dûment appropriée. Nous sommes certains de cette vérité, bien que ne sachant rien de précis sur les spécificités de la vie animale. Le porc a été créé tel par Dieu parce qu’à l’âme spécifique du porc, il fallait un revêtement matériel adéquat.
Quant à la résurrection des animaux, le Coran l’affirme : « Il n’y a pas de bêtes sur la terre, il n’y a pas d’oiseaux volant de leurs ailes qui ne forment, comme vous, des communautés. Nous n’avons rien négligé dans le Livre. Ils seront ensuite rassemblés vers leur Seigneur. » (Coran : 6, 38)
Le Coran nous révèle que ces communautés d’âmes seront rassemblées comme nous le serons nous-mêmes. Mais qu’adviendra-t-il d’elles par la suite ? Où seront-elles ? Quel sera leur sort ? C’est un mystère qui nous demeure voilé et devant lequel la curiosité reste sur sa faim.
Ce serait viser l’impossible que de tendre à acquérir cette connaissance, avec le regard limité qu’est le nôtre.
Si par contre nous reconnaissons, par notre perception intérieure et le fruit de nos méditations, que la justice est éternelle et immanente, car déposée par Dieu dans la nature des êtres, alors nous saurons beaucoup. Cela nous suffit même.
Dans le premier chapitre du présent ouvrage, nous avons affirmé de Dieu qu’Il était une Intelligence totale et universelle, un Dieu Tout-Puissant, Créateur, Source d’inspiration et Providence pour ses créatures. Nous comprenons à présent comment Il a doté ces créatures d’une nature qui les oriente vers le Droit Chemin, par un effet de sa Providence et de sa Justice. Pour les guider, Il leur a envoyé sa Lumière par l’entremise des Prophètes et des Livres sacrés. Sinon, comment pourrait-Il être le Seigneur qui veille sur ses créatures et pourvoit à leurs besoins ?
La véracité des Livres révélés est ici évidente : en matière de Science, de connaissance du Mystère, de Sagesse, de Loi et de Vérité, ils nous gratifient de ce que l’homme ne peut acquérir par lui-même, au prix de ses efforts personnels.
Dieu est le Créateur juste qui inspire à ses créatures le chemin à suivre. Telle est la quintessence de toutes les religions, un principe premier auquel la raison parvient sans effort, puisqu’il est le fruit d’une connaissance innée.
Il faut être expert en subterfuges pour prétendre le contraire. Il faut être extrêmement ingénieux, subtil et obstiné. Il faut faire appel à de vaines querelles qui, en fin de compte, sont vouées à l’échec parce qu’elles sont dénuées de tout fondement et qu’elles suivent la voie de l’orgueil et de l’opiniâtreté, faisant fi d’une analyse objective et impartiale et fermées aux appels de la droite nature.
C’est ici qu’aboutit le long périple de ma réflexion qui m’a conduit de ce que j’écrivais dans Dieu et l’Homme à l’aumône qu’humblement j’ai demandée aux enseignements du Coran, de la Thora et de l’Évangile.
À mon sens, il n’a rien de religieux celui qui, par fanatisme et parti pris, considère "son" Prophète comme le seul et unique prophète. Se représenter Dieu ainsi, c’est faire montre d’un esprit mesquin et rétrograde. C’est réduire Dieu à un shaykh de tribu, au nom d’un chauvinisme qui n’a rien à voir avec la piété.
La seule représentation vraie de Dieu est de Le considérer comme le Dieu universellement généreux, mandant ses Prophètes à tous les êtres humains.
« Il n’existe pas de communauté où ne soit passé un Avertisseur. » (Coran : 35, 24)
« Oui, Nous avons envoyé un Prophète à chaque communauté. » (ibid. : 16, 36)
« Ton Seigneur n’a détruit aucune cité avant d’avoir envoyé un Prophète à la Mère des cités. »ibid. : 28, 59) (
« Nous avons donné l’inspiration aux Prophètes dont Nous t’avons déjà raconté l’histoire et à ceux dont Nous ne t’avons pas raconté l’histoire. » (ibid. : 4, 164)
Nous concluons de ce dernier verset que Bouddha, par exemple, a pu être un prophète en son temps même s’il n’en est fait aucune mention dans le Coran.
De même pour Akhenaton, compte tenu du fait que ses enseignements ont pu être falsifiés.
Dieu veut par là éveiller en nous une foi ouverte à tous les Messages, à tous les Prophètes, à tous les Livres révélés, sans parti pris ni partialité aucune.
C’est pourquoi Il nous impose l’Islam, car c’est l’unique religion à reconnaître la totalité des Envoyés, des Prophètes et des Livres révélés. Seul l’Islam parachève la Sagesse et la Loi des Messages antérieurs en les reliant à leur source et leur origine : le Dieu Unique et Miséricordieux qui a inspiré et mandaté tous les Guides de l’humanité, depuis Adam jusqu’à Muhammad, Sceau des Prophètes.
Gandhi est l’exemple le plus parlant de cette conscience religieuse ouverte. Hindou, il n’en utilisait pas moins, dans sa prière, certains passages du Coran, de la Thora et de l’Évangile, ainsi que les enseignements de Bouddha. Avec humilité et amour, il exprimait ainsi sa foi en tous les Prophètes et tous les Livres inspirés par l’Unique Créateur.
Ce faisant, Gandhi a mis en pratique ce qu’il affirmait. Toute sa vie, il l’a consacrée à la cause de l’amour et de la paix.
Nonobstant les divergences de formulation entre les différentes religions, "la" religion est une du point de vue de la foi, car Unique est le Seigneur.
Les croyants de toutes les religions appartiennent en fait à une même religion, car l’homme religieux n’accapare pas, pour lui seul ou pour un groupe déterminé, le Dieu Créateur et la Droite Guidance.
Dieu est la Lumière des cieux et de la terre. Il prend soin de tous ceux qui Le cherchent. Il est le Dieu Bon et Miséricordieux, source de la Droite Guidance et de la Révélation pour tous les temps et toutes les époques. C’est ce qu’Il a décrété dans sa Justice éternelle. C’est la seule idée de Dieu qui soit digne de Lui. Sans cette foi ouverte, l’homme religieux n’en est plus un.
Quant aux religions se scindant en diverses sectes qui se pourfendent mutuellement au nom de leur foi, elles brandissent l’étendard de la religion de façon mensongère. Elles se réclament en fait de la race, de la nationalité ou de leur appartenance à un groupe, comme le faisaient avant l’Islam les tribus médinoises des Aws ou des Khazraj, ou encore les héros des épopées du poète Antara Ibn Shaddâd. Leur lutte, censée défendre la cause de Dieu, n’a en fait d’autre motivation que d’orgueilleuses prétentions où périssent ensemble vainqueur et vaincu. C’est la plus grande offense faite à Dieu, car chacun délaisse le culte qui Lui est dû pour se prosterner devant sa propre statue, devant l’image qu’il se fait de lui-même.
Le vrai culte commence par la connaissance de Dieu et de sa suprématie.
La connaissance de Dieu commence par celle de l’âme et de son humble condition.
Telle est la Voie à suivre, le Droit Chemin, la Voie ascendante des pèlerins de la Vérité.
Pourquoi la souffrance ?
La question de la rétribution a toujours suscité une objection de la part des intellectuels. Comment Dieu, affirment-ils, peut-Il nous éprouver par la souffrance alors qu’Il est Amour ? En fait, ils oublient qu’un père, avec toute l’affection qu’il porte à son fils, peut quand même le punir en le privant d’argent de poche, en le châtiant corporellement ou en usant à son égard de la manière forte. Le souci qu’il a de son éducation croît à la mesure de l’amour qu’il lui porte. S’il s’en désintéressait, on blâmerait son amour paternel et l’on dirait : voici un père négligent qui ne prend pas suffisamment soin de ses enfants !
Et qu’en est-il de Dieu, lui, l’Éducateur suprême ?
En réalité, « Dieu est Amour » est une expression trompeuse. Nombreux sont ceux qui la comprennent mal ou qui lui donnent une portée absolue. Ils s’imaginent que Dieu est Amour, absolument parlant. Or c’est une erreur.
Dieu aime-t-Il l’injustice par exemple ?
Impossible !
Il n’est pas possible que Dieu aime l’injustice ou ceux qui la commettent et qu’à ses yeux, l’oppresseur soit l’égal de l’opprimé. Une telle représentation de la Puissance divine est un non-sens.
Dieu ne peut qu’être éminemment supérieur à tous les oppresseurs. Il est le Tout-Puissant face aux puissants de ce monde. Il est le Dieu Très-Haut et Fort dont la Gloire confond les orgueilleux et rabaisse les prétentieux. Il est le Juste Juge assignant à chaque être humain sa place et son rang.
Suivant les lois précises que nous observons dans notre monde terrestre ou dans l’espace, nous attribuons à Dieu la qualité de Justice et notre déduction n’a rien que de très logique.
Toutes ces évidences sont pour nous des preuves tangibles que Dieu est Juste, qu’Il organise et dirige le monde avec Sagesse.
C’est à ceux qui nient l’ordre et la justice, et non à ceux qui y croient, de fournir des preuves.
Quant à ceux qui nient catégoriquement l’épreuve de la souffrance et refusent d’admettre que l’homme soit dominé par une force et des lois qui le dépassent, nous les invitons à regarder ce qui se passe ici-bas, dans leur monde terrestre, sans même qu’il soit besoin de supposer l’existence d’un Au-delà.
Il n’est personne qui ne sache d’expérience ce qu’est un mal de dents qui vous transperce le cerveau, comme une scie vous fendrait la tête.
Les coliques néphrétiques, les névralgies, les arthralgies, la tuberculose osseuse, ce sont là d’autres enfers endurés par ceux qui en ont été victimes.
Une visite au pavillon des grands brûlés à l’hôpital Qasr al-Aynî du Caire convaincrait quiconque de la grande différence existant entre un homme brûlé et défiguré qui hurle de douleur, prisonnier de ses bandages, et celui qui sirote un thé sur les bords du Nil, prenant du bon temps en compagnie d’une belle qui lui fait les yeux doux.
La souffrance est une réalité tangible.
L’homme est dominé par une force qui le dépasse. Il n’a aucun moyen de la capter.
Que le croyant appelle cette force "Dieu", ou que l’athée la dénomme "Nature", "lois naturelles" ou "loi suprême", cela revient au même. Simple question de mots ! Mais nous sommes contraints d’admettre qu’une force domine l’être humain et le cours des événements. D’admettre que cette force châtie, et parfois violemment.
Certaines personnes à l’âme sensible déplorent que Dieu soit représenté comme un Tout-Puissant qui châtie. À ces personnes-là, nous nous devons de rappeler ce que faisaient les Califes turcs lorsqu’ils condamnaient leurs ennemis au supplice du pilori. Le bourreau chargé de l’exécution du jugement mettait la victime sur le ventre ; puis il lui plantait une lance à pointe de fer dans le bas-ventre. Lentement, par à-coups, il lui transperçait le corps de part en part, jusqu’à faire ressortir la lance par le cou. La victime devait rester en vie le plus longtemps possible pour ressentir tout son compte de souffrances.
Plus atroce encore était le supplice enduré par les prisonniers dont on crevait les yeux avec des fers chauffés au rouge.
Faut-il alors que Dieu offre le thé aux coupables de telles cruautés pour leur prouver qu’Il est Amour ?
Puisqu’il n’y a pas d’autre moyen de leur faire comprendre qu’il y a un Dieu Juste, l’enfer qu’ils méritent est le sommet de l’Amour.
Pour ceux qui ont refusé de se laisser instruire par l’ensemble des Livres révélés et des Prophètes, pour ceux qui ont même accusé de mensonge les principes premiers et les vérités les plus élémentaires de la raison humaine, l’enfer est Miséricorde : il leur permet d’apprendre et de comprendre ce qu’il ont refusé d’admettre ici-bas.
Est-il juste qu’Hitler, au cours d’une guerre mondiale, tue vingt millions d’êtres humains, massacrant les prisonniers des camps de concentration, les condamnant par milliers à la chambre à gaz et au four crématoire, pour finalement se suicider, la défaite survenue, afin de ne pas avoir à affronter les conséquences de ses crimes ?
Que le monde ne soit qu’un tas d’absurdités, et alors seule l’absurdité pourrait sauver ce criminel de sa faute !
Mais rien autour de nous, dans ce monde de précision et de beauté, n’est indice d’absurdité. Tout, des plus grandes étoiles aux plus minuscules atomes, parle d’ordre, de précision, d’exactitude.
Dieu ne peut être réellement Amour, Il ne peut être Juste que si un tel criminel connaît les profondeurs de l’abîme où l’ont plongé ses actes.
L’homme sensé, à l’esprit sagace et méditatif, n’a point besoin de philosopher pour percevoir la réalité du châtiment. Il la perçoit en lui-même, à l’intérieur de sa conscience. Ou bien dans le regard des malfaiteurs et des criminels. Ou encore dans les larmes des opprimés et les souffrances de ceux que l’on outrage, dans l’humiliation des prisonniers et l’arrogance des vainqueurs, dans le râle des mourants…
Lorsque le remords le saisit, le criminel perçoit l’existence du châtiment et du jugement. Le remords est la voix de la nature au moment de la faute. Il est une amorce de la comparution finale au Dernier Jour, un échantillon du Jugement Dernier.
Le remords est un signal d’alarme qui clignote dans l’âme, rappelant que les actes seront pesés selon le critère du bien et du mal. Ceux qui font le bien sont sur le Droit Chemin et leur cœur est en paix. Ceux qui commettent le mal croupissent dans le gouffre du remords, le cœur endolori.
Les épreuves endurées ici-bas sont toujours une sorte de leçon, soit pour les individus, soit pour les nations… Ce fut le cas lors de la défaite du Sinaï en 1967, au même titre que l’échec pour l’étudiant, ou que les souffrances de la maladie et les ennuis de santé pour qui vit dans la prodigalité, l’opulence et le plaisir.
L’âme se purifie au creuset de la souffrance.
Nous ne connaissons aucun Prophète, réformateur, artiste ou génie qui n’ait goûté l’amertume de la souffrance dans la maladie, la pauvreté ou la persécution.
Vue sous cet angle, la souffrance est Amour. Elle est la dette à payer pour parvenir à un degré supérieur.
Si parfois la sagesse sous-jacente à la souffrance nous échappe, c’est parce que nous ne savons pas tout. Notre connaissance est limitée et nous ne possédons pas le fin mot de l’histoire. Nous devons nous contenter de l’étape qui a pour nom le monde d’ici-bas. Quant à ce qui précède et ce qui suit cette parenthèse, c’est pour nous un mystère qui demeure voilé. Il nous faut donc nous en tenir à un silence respectueux, nous abstenant de porter tout jugement.
Quelle forme prendra le châtiment lors du Jugement Dernier ? Impossible de le savoir précisément, car l’Au-delà n’est pour nous que mystère. Les affirmations des Livres saints sur ce sujet s’en tiennent sans doute à des symboles, par mode d’allusion. Au jeune garçon qui nous demande ce qu’est le plaisir sexuel, nous répondons : c’est quelque chose qui ressemble au sucre ou au miel. Nous ne trouvons rien d’autre qui réponde à son expérience. Pour lui, le plaisir sexuel est un mystère : on ne peut lui décrire qu’avec les mots qu’il comprend, car il s’agit d’une expérience qu’il n’a jamais faite.
Il en va de même pour le paradis et l’enfer : nous n’en avons aucune expérience. C’est un mystère qu’on ne peut décrire avec nos mots d’ici-bas. On ne peut en parler qu’en termes approximatifs : le feu, par exemple, ou les jardins aux fleuves irriguant une végétation luxuriante. Mais qu’en sera-t-il exactement ? Cela dépasse de loin toutes nos descriptions approximatives de ce qui reste invisible et inimaginable pour l’être humain.
On peut affirmer, sans crainte d’erreur, que l’enfer est la demeure inférieure, avec son lot de tourments sensibles et spirituels, et que le paradis est la demeure supérieure, avec ce qu’il réserve de bonheur sensible et spirituel.
Pour les mystiques, l’enfer est la demeure de l’éloignement et de la séparation de Dieu, alors que le paradis est celle de la proximité de Dieu, source d’une indicible félicité.
« Qui aura été aveugle en ce monde,
le sera dans l’Autre,
voué à des ténèbres plus profondes. »
L’aveuglement est ici l’absence de "clair-voyance".
La distance séparant l’enfer du paradis ressemble donc davantage à la différence entre un aveugle et un voyant, entre celui qui marche sur le Droit Chemin et celui qui emprunte le sentier de l’erreur. Dans l’Au-delà, la différence sera extrême :
« Considère comment Nous avons préféré
certains d’entre eux aux autres.
Il y aura des degrés élevés dans la Vie future
et une supériorité encore plus grande. » (Coran : 17, 21)
Qui héritera de la demeure inférieure connaîtra l’état de celui qui est consumé par le feu, ou pire encore !
Telle est la loi de la préséance qui régit l’existence, de l’ici-bas à l’Au-delà, du monde terrestre au monde céleste, du monde visible au monde invisible.
À chacun son degré, son rang et la place qu’il mérite. Il n’est pas deux êtres qui soient égaux.
On ne peut passer d’un rang à l’autre que moyennant la somme correspondante d’efforts, de travail, d’expériences et d’épreuves subies. Qui aura occupé le dernier rang ici-bas, par suite d’un manque total de "clair-voyance", sera encore relégué au dernier rang dans l’Au-delà.
En ce sens, le châtiment est justice.
Et de même la récompense.
Les deux sont la conséquence d’une impérieuse nécessité.
Que l’acier soit le métal le plus résistant et qu’il serve à la fabrication des moteurs…
Que le caoutchouc soit élastique et qu’il serve à fabriquer des pneus…
Que la paille soit flexible et qu’elle serve à la fabrication des balais…
Que le bon coton serve à fabriquer des coussins, et le mauvais à nettoyer les éviers…
Ce sont là des évidences inscrites dans la nature et affirmées par la saine logique, sans nul besoin d’avoir recours à des essais philosophiques ou à un agencement de causes et de circonstances.
C’est pourquoi les affirmations contenues dans les religions sont conformes à la saine nature. Elles ne sont sujettes ni à controverse ni à démenti, car elles expriment des vérités absolues acceptées par la droite raison et non viciées par les circonlocutions de la philosophie ou de la dialectique…. la raison qui, ayant sauvegardé sa virginité et sa pureté, est exempte de toute trace d’obstination ou de vanité.
Les mystiques affirment ainsi que l’existence de Dieu n’a pas à être prouvée. Dieu est la Preuve Suprême où tous les êtres trouvent leur justification.
Il est l’Immuable par qui nous connaissons les êtres changeants.
Il est l’Essence en laquelle nous connaissons la variété des phénomènes.
Il est la Preuve par laquelle nous saisissons la sagesse du monde éphémère.
La raison qui exige une preuve de l’existence de Dieu a perdu toute capacité de discernement.
C’est la lumière qui nous révèle les choses visibles, non le contraire. Si no
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