DIEU
L’unité du tissu à partir duquel sont façonnées les créatures
est une preuve de l’unicité du Créateur.
Il y a vingt ans de cela, dans la salle d’autopsie à la faculté de médecine, nous étions par groupes de quatre étudiants, chaque groupe devant un morceau de cadavre.
Nous pensions alors que la réalité de l’homme n’avait rien d’une énigme. Le scalpel pouvait nous la révéler d’un seul coup. Le corps n’était qu’un bagage. Il suffisait de l’ouvrir pour tout savoir.
Deux longues années passèrent…
Je cherchais… Je cherchais toujours cette réalité humaine sous la chair et les os, dans les entrailles, les intestins, les artères et les cartilages. Mais en vain !
J’ouvris le cœur, les poumons. Je suivis le circuit des nerfs, d’un bout à l’autre. Remontant le trajet de la moelle épinière, je parvins au cerveau. Je sectionnai le cerveau en deux, puis chaque moitié encore en deux, etc. J’obtins finalement une masse blanche, flasque et visqueuse. Et notre professeur de dire : « Voici le secret de l’homme ! »
Vraiment ?!
Est-ce ici que réside la souffrance, que gît le plaisir, que sommeille la volonté ? Dans cette matière molle et gélatineuse ?
Je relevai la tête, inquiet et sceptique.
J’avais ouvert la valise et, à l’intérieur, j’avais trouvé… une autre valise ! Après deux années de dur labeur, j’en étais toujours au même point, devant l’inconnu.
La carapace dont est recouvert l’homme n’est pas faite uniquement de ses habits. Il y a aussi la peau, la chair, la graisse, les os… Mais l’homme lui-même est encore loin ! Très loin sous cette épaisseur de revêtements faits de chair et de sang.
J’ai parcouru trois mille pages dans les livres d’anatomie pour découvrir finalement que l’homme est un amoncellement de viscères sous une enveloppe de peau !
En fait, tout cela n’est pas exact, sauf le respect que je dois à Messieurs Canagham, Gray et Jameson ainsi qu’à tous les grands pontes de la médecine, spécialistes en anatomie.
Ils n’ont absolument rien décrit de l’homme, excepté ses habits.
À mon avis, ce sont des couturiers d’un nouveau genre, experts en modèles de viscères et d’entrailles.
Les cœurs conservés dans les bocaux du musée, à la faculté de médecine, remplissent des vitrines entières, avec tous les détails possibles : le cœur « décolleté », le cœur « japonais », etc.
Mais le véritable cœur humain, avec ses affections et le sang qui bouillonne en lui, le cœur vibrant de désir n’existe qu’au-dedans des vivants que nous sommes.
On ignore ce qu’est réellement la vie.
On sait uniquement qu’elle a progressé lentement à travers la matière, d’un mouvement conscient, libre et orienté vers un but.
La nature de ce mouvement n’est connue de personne. En tout cas, elle ne s’identifie absolument pas au cadavre que l’on dissèque.
Lorsqu’ils sont en action, les membres du corps ressemblent à des marionnettes. De loin, on dirait qu’ils sont vivants et qu’ils s’expriment librement. Mais en réalité, ce ne sont que des morceaux de bois mort, mus par des ficelles cachées.
Au-dedans de nous se trouvent des marionnettes.
En nous se trouve un musicien qui souffle dans la trompette de notre corps et qui joue avec les ficelles de nos membres, de telle sorte que notre corps puisse se mouvoir, marcher et parler.
Il en est ainsi des animaux, des plantes et des minéraux. L’univers entier est constitué d’une multitude de trompettes. En nous, dans notre cœur, un musicien joue en permanence.
Les brahmanes hindous ne croient pas à l’existence d’un esprit propre à chaque créature. D’après eux, l’âne, le chien, l’abeille… ne sont pas dotés d’un esprit distinct. Il n’existe, pour eux, qu’un seul musicien embouchant toutes les trompettes de l’univers, un seul esprit habitant cet univers, une seule idée concrétisée par l’ensemble des créatures, exactement comme le peintre, le compositeur, le sculpteur, l’écrivain et le poète concrétiseraient la même idée dans le flot de leurs créations artistiques.
On trouve dans le livre des Upanishad une antique prière hindoue qui expose cette conception en des vers d’une délicate poésie. Le dieu Brahma, qui réside au cœur du monde, s’exprime en un murmure :
Si le meurtrier pense que c’est lui qui tue,
Si celui qui est tué pense qu’il est la victime,
Tous les deux ne savent pas mes manières cachées.
Car je suis le cœur de la victime,
Et l’arme de l’assassin,
Et l’aile de celui qui vole.
Je suis, pour qui doute de mon existence,
Toute chose, le doute même.
Je suis l’Un.
Je suis toutes choses.
C’est un dieu qui ressemble à la blanche lumière : elle est une et simple. Et pourtant, elle recèle en elle les sept couleurs du spectre.
Il est l’embryon qui contient en germe toutes les qualités.
Les Hindous ont inclus l’ensemble des êtres dans un tout animé, selon eux, d’un esprit unique auquel ils ont donné le nom de Brahma.
Son rôle se limite à ceci : emboucher la trompette de chaque être, manipuler les ficelles qu’il tient pour que les marionnettes ne mettent en mouvement sur la scène.
Brahma ne possède ni trône, ni balance. Il ne juge pas et ne châtie pas. Il n’est pas une personne, mais uniquement la réalité de l’être.
Cela ne fait aucun doute, cette philosophie ancienne de l’Inde a refait son apparition dans des dizaines de doctrines en Europe. Rien d’elle n’a changé, sinon l’appellation.
Le Brahma des Hindous a été adopté, sous un autre nom, par ces différentes philosophies. L’Allemand Schopenhauer l’appelle la Volonté ; Nietzsche, la Puissance ; Marx, la Matière ; Bergson, l’Énergie vitale ; Hegel, l’Absolu… Tous ont répété ce que Bouddha avait dit plus de 5 000 ans auparavant :
Je vous présente une théologie sans dieu, une psychologie sans âme, un monde sans
Au-delà… Mon dieu n’est ni une personne, ni un roi, ni un créateur. Il est toutes
choses.
Au pauvre qui l’avait interrogé sur la nature de l’esprit, Bouddha répondit :
Mon enfant ! C’est le sommet de la réflexion. C’est un désert… Je ne suis qu’un
magicien !
L’idée centrale de la philosophie ancienne de l’Inde tient en quelques mots : Dieu est l’Un et toutes choses. Il n’existe ni Créateur, ni créatures, mais un Tout dont Dieu est l’Esprit.
Ces expressions trahissent une confusion manifeste et aberrante dans la manière de raisonner. L’étude scientifique et analytique de la vie conclut uniquement à l’unité du tissu à partir duquel sont façonnés les vivants. Elle démontre les liens étroits de proximité et de parenté entre toutes les créatures, même entre les vivants et les êtres inanimés, entre la composition des étoiles et celle des arbres ou des animaux.
Lorsqu’en examinant une collection de tableaux, tu remarques une unité de style et une ressemblance dans les matériaux choisis (couleurs, papier…), tu conclus tout naturellement que les tableaux en question doivent être l’œuvre d’un même artiste, qu’ils ont été peints par Untel et par lui seul…
Si tu affirmes, partant de cette constatation, que les tableaux n’ont pas de créateur, mais qu’ils « sont » l’artiste, tu raisonnes de façon absurde. Ta conclusion est sans fondement. Elle est due à une confusion entre l’unité entre les êtres et l’unicité de l’Être. Tu as assimilé les êtres particuliers et limités à l’Être absolu et illimité : Dieu.
Ta deuxième erreur a été de croire que le jugement définitif revient à tes sens. Tu as nié qu’il puisse y avoir un monde autre que le monde visible, pour la simple raison que tu ne vois pas ce dernier. D’où, selon toi, le mystère et l’Au-delà n’existent pas ; seuls existent les êtres visibles (les tableaux) dont Dieu (le peintre) est le cœur et la vérité. Et le problème est résolu !
Mais au prix d’une grossière simplification !
Il est tout aussi aberrant de croire à l’existence d’un unique esprit, l’esprit du tout, et donc de nier le fait qu’à la multiplicité des créatures répond une multiplicité des esprits. Cette fois-ci, l’erreur est comme un saut dans le vide, sans l’appui d’aucune preuve ou analyse. Elle résulte d’un jugement motivé par une simplification encore plus outrancière.
La réflexion débouche ainsi sur une conclusion inacceptable : Dieu est l’Un et toutes choses. De la nature, on ne considère que les lois et les composantes essentielles, rien d’autre.
Demandes-tu : « Mais qui a créé cette nature ? », on te répond qu’elle n’a ni début, ni fin. Elle est Dieu. Elle est éternelle, à la fois une et multiple.
Une réponse de ce genre se contente de jouer sur les mots pour échapper au dualisme qu’imposent l’existence du Créateur et celle des créatures, pour échapper en outre à la multiplicité fondamentale qu’entraîne la multiplicité des esprits.
La réponse apportée par les religions célestes est l’unique solution à cette problématique. C’est aussi la seule qui corresponde à ce qu’affirme et admet la réflexion scientifique.
Que ce soit par l’étude anatomique des êtres vivants ou par l’analyse chimique du sol de la terre et des planètes ou celle des composants de l’eau et de l’air, la science prouve que notre monde a été créé à partir des mêmes matériaux de base.
Dans l’échelle des êtres vivants (microbes, arbres, singes, etc.), les sciences de l’évolution reconnaissent pour leur part une unité de style, une ressemblance et une harmonie dans les constantes et les lois mises en œuvre.
Compte tenu de ces prémisses, on conclura tout naturellement que le Créateur du monde, de l’univers et de la vie ne peut être qu’unique. Il n’a pas d’associé dans son œuvre de création. Il a été absolument seul à créer le monde. Mais jamais nous n’affirmerons que ce créateur « est » le monde, la nature ou les créatures.
Une fois encore, les sciences exactes affirment que ce qui tombe sous les sens n’est pas tout. Le monde qui nous environne est débordant de réalités qu’on ne peut ni voir, ni palper, ni entendre. Malgré cela, leur existence est tout aussi certaine que la nôtre. C’est le cas notamment des rayons infrarouges ou ultraviolets, des ondes radio ou radar, des rayons X… Ces réalités existaient avant l’invention de la radio par Marconi, ou avant la création de l’appareil à rayons X… Il y a des millions d’années que le soleil nous bombarde de ses rayons infrarouges et ultraviolets. Sans nous en rendre compte, nous étions cernés de tous côtés par ce rayonnement solaire.
Il est naturel, par conséquent, d’affirmer l’existence du mystère, des anges et des réalités invisibles. Par contre, il n’est pas normal de nier ce que nous ne voyons pas sous prétexte que nous ne le voyons pas, vu les limites de notre science et de nos sens.
Il est naturel aussi d’affirmer que le Créateur a donné à ses créatures un esprit.
En constatant la précision, l’exactitude, la ponctualité qui, du mouvement de l’atome à la rotation des astres, règnent dans la marche de l’univers, on peut être amené à dire que, dans un univers aussi précis, aucun criminel ne peut échapper au châtiment. Y échapperait-il ici-bas, un autre Jugement l’attend.
Sur la base de l’ensemble des prémisses scientifiques qui s’offrent à nous, il est naturel et logique de raisonner ainsi. Si la science ne nous donne pas la moindre preuve d’un désordre au sein des lois de la nature, le Créateur de cette nature merveilleuse doit être un Dieu Juste.
D’aucuns n’admettent pas la résurrection. Ils croient qu’[un chirurgien tel que] le docteur Barnard est capable de rendre la vie au cœur d’un homme mort en le transplantant dans le corps d’un vivant, et ils refusent à Celui qui a créé Barnard et l’univers entier le pouvoir d’accomplir le même miracle ! Ceux qui pensent ainsi font preuve d’arrogance et d’étroitesse d’esprit.
Si les vérités ici rappelées nous furent transmises par l’intermédiaire d’un bédouin analphabète, en un Coran qui a changé la face du monde et qui concordait avec les découvertes de la science près de 1 400 ans avant qu’elles ne soient faites, c’est la preuve que le Coran a dû être révélé et inspiré par le Dieu Omniscient.
Certains te diront avec naïveté : « Parce qu’il est miséricordieux, Dieu fera entrer tous les hommes au paradis. Est-il concevable qu’il s’abaisse à notre niveau pour juger ce que nous aurons dit ou fait, alors que, face à sa Grandeur, nous ressemblons à des fourmis, à des grains de sable, à de la poussière ? Allons donc ! Dieu est trop grand pour nous punir. »
Ceux qui se représentent Dieu de cette manière se basent, pensent-ils, sur leur foi en Lui. Mais ce faisant, ils oublient qu’ils Lui demandent d’être injuste. Ils voudraient qu’Il ne fasse aucune différence entre le blanc et le noir, qu’il juge à égalité l’oppresseur et l’opprimé, le criminel et la victime. La confusion ne pourrait être pire !
S’ils étudiaient un peu la chimie et les sciences naturelles, ils sauraient qu’en vertu des lois créées par Dieu, des différences existent entre les atomes. Oui, même entre les atomes ! Ils apprendraient que toute chose se meut avec une rigoureuse exactitude, depuis l’électron jusqu’aux immenses corps célestes, respectant une logique scientifique extrêmement précise. Ils sauraient que les atomes, en s’unissant, agissent les uns sur les autres selon leurs différents poids atomiques, aussi infimes soient-ils.
Attentive aux merveilles de l’univers qui se déroulent et évoluent avec autant de précision et de rigueur, la raison s’écrie : Personne ne pourra tromper le Tout-Puissant ! Aucun criminel, aucun meurtrier qui aura échappé aux lois de la terre…
La Justice nous attend tous.
C’est ce que disent le microscope, le télescope, le thermomètre et le baromètre.
C’est ce qu’affirment aussi les Livres révélés, les seuls livres donnant à l’énigme de la mort une réponse défiant à tout jamais l’ensemble des sciences.
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