Dialogue avec un ami athée

Mercredi 4 octobre 2006
À nous le bonheur d'ici-bas !

À vous les rêves !



Mon ami me dit sur un ton qui trahissait la joie du vainqueur :
- Le débat entre nous a été long, et nous ne sommes toujours pas d'accord. Quoi qu'il en soit, c'est nous qui sortons victorieux du combat, cela ne fait aucun doute. Nous gagnons le bonheur d'ici-bas. Vous vous en sortez, quant à vous, avec quelques rêves en tête. Tu as beau dire, c'est à nous que revient en ce monde la meilleure part. À nous les fêtes, l'alcool, les jolies femmes, la richesse et les plaisirs qu'aucune crainte du défendu ne vient troubler ! À vous le jeûne, la prière, la louange de Dieu et la crainte du Jugement ! Alors, qui de nous a gagné?
-Ce serait exact, lui rétorquai-je, si ce que vous avez gagné était réellement le bonheur. Mais en réfléchissant ensemble et posément à l'image que tu te fais de ce bonheur, nous n'y trouverions réellement que du malheur.

- Le malheur ! Comment cela ?

- Dans le prétendu bonheur dont tu parles, tu te rends en fait esclave d'instincts insatiables. Les combles-tu, ils se lassent et restent insatisfaits. Toi-même, tu t'abrutis et deviens apathique... Le sein d'une femme peut-il procurer un bonheur durable, alors que les coeurs sont inconstants, que la passion est instable et que les femmes sont déçues par les éloges qui leur sont adressés ? Tout ce que nous avons lu dans les romans d'amour se résume en un mot : le malheur ! Si les amoureux se marient, le malheur et la déception s'aggravent encore. Chacun recherche en l'autre la perfection dont il rêvait ; mais lorsque le désir disparaît et que le feu de la passion s'éteint, chacun remarque et amplifie le moindre défaut de l'autre.

Qu'est-ce que la fortune, sinon une autre forme d'esclavage ? Le riche est totalement accaparé par ses biens matériels pour les accroître, les entasser, les protéger. Alors que la richesse était auparavant à son service, c'est lui désormais qui en devient l'esclave.

Qu'est-ce que l'autorité et le prestige, sinon une pente dangereuse vers la vanité, l'orgueil et l'injustice ?
Le détenteur du pouvoir ne ressemble-t-il pas à celui qui prend un lion pour monture ? Aujourd'hui, tout va comme prévu ; mais demain, le fauve le dévorera.
Le vin, l'alcool, les drogues, le jeu, la querelle, le plaisir sexuel (à l'abri des regards et sans crainte du défendu)..., tout cela est-il le bonheur ? Ne s'agit-il pas plutôt de diverses manières de fuir les exigences de la raison et de la conscience ? Pris par ces plaisirs, l'homme ne néglige-t-il pas sa responsabilité et les appels de l'Esprit, en se fourvoyant dans le feu de la passion et la voracité des désirs ? S'élève-t-il, ou bien s'avilit-il à vivre comme un singe et à s'accoupler comme un vulgaire animal ?
Le Coran a eu raison de décrire ainsi les incroyants :« Ils jouissent un certain temps des biens de ce monde,
ils mangent comme mangent les bestiaux ;
leur lieu de séjour sera la feu. » (Coran : 47, 12)
Nous ne nions pas que les incroyants connaissent de réels plaisirs. Mais ces plaisirs ressemblent à ceux d'une bête qui trouve sa pâture... Est-ce cela le vrai bonheur ? Vivre dans la débauche et le désir continuel en se laissant aller à la gloutonnerie jusqu'à étouffer d'indigestion, une telle vie n'obéissant qu'à la passion n'a plus rien à voir avec le bonheur véritable.
Être vraiment heureux, cela ne signifie-t-il pas plutôt vivre l'âme parfaitement apaisée et l'esprit libéré de toutes les idoles ? Dans sa définition ultime, le bonheur ne réside-t-il pas dans un « état de paix entre l'homme et lui-même, entre l'homme et son prochain, entre l'homme et son Dieu » ? Or cette paix et cette quiétude intérieure ne se réalisent que par l'action. L'homme doit mettre sa force, ses biens et sa santé au service des autres. Il doit vivre guidé par le bien et la piété, dans ses intentions et ses actes. Il doit être en relation continuelle avec Dieu, dans la prière et l'humilité, pour que Dieu lui communique encore davantage sa Paix, son Aide, sa Lumière. Un tel bonheur n'est-il pas, en définitive, l'équivalent de la religion ? Le mystique revêtu de haillons n'avait-il pas dit : « Si les rois savaient quel bonheur est le nôtre, ils nous en voudraient et nous tueraient de leurs épées » ? Ceux qui ont connu un tel bonheur, celui de la relation avec Dieu et de la paix de l'âme, savent que le mystique avait raison.

- N'étais-tu pas comme nous, il y a quelques années de cela, quand tu t'adonnais à la boisson et que tu te divertissais, en quête de ce bonheur animal que nous recherchons nous-mêmes ? N'as-tu pas fait montre d'impiété - eh oui ! - dans ton livre Dieu et l'Homme, où tu te révèles plus athée que les athées ? Comment as-tu pu changer ainsi du tout au tout ?

- Dieu crée le changement ; mais Lui-même ne change pas...

- Tu affirmes, je le sais, qu'en toute chose le mérite revient à Dieu. Mais quel fut ton rôle ? Quels efforts te furent demandés ?

- J'ai regardé autour de moi. Tout d'abord, la mort et le néant me sont apparus comme une plaisanterie, une absurdité. Puis j'ai constaté que le monde entier était régi par des lois extrêmement exactes et rigoureuses, ne laissant aucune place à l'absurdité et à la plaisanterie. Si ma vie, comme d'aucuns le pensent pour eux-mêmes, était absurde, ne débouchant sur rien, quel sens auraient mes pleurs, mon remords, ce profond et ardent désir que je ressens de parvenir à la vérité et à la justice ? Pourquoi lutter pour ces valeurs jusqu'au sacrifice de ma vie ?

J'ai vu les étoiles se déplacer sur leur orbite, obéissant à une loi donnée. J'ai constaté que les insectes vivant en groupe communiquent entre eux... que les plantes voient, entendent et sentent... que les animaux ont une morale... J'ai observé cette merveille qu'est le cerveau humain. J'ai vu qu'il se compose de millions et de millions de cellules nerveuses fonctionnant toutes en même temps dans un ordre parfait et inimitable : si une lésion survient ici ou là, elle entraîne immédiatement la paralysie, la cécité, le mutisme, l'idiotie, la folie... Ces troubles, cependant, ne surviennent qu'exceptionnellement. À quoi ce mécanisme impressionnant doit-il son bon fonctionnement ? Qui l'a équipé de cet ensemble de fonctions parfaites ?

J'ai observé la beauté d'une feuille d'arbre, d'une plume de paon, d'une aile de papillon. J'ai écouté le chant mélodieux du rossignol, le gazouillis des moineaux. Partout où j'ai tourné mon regard, j'ai vu l'oeuvre d'un Peintre, d'un Dessinateur, d'une Main créatrice. La nature m'est apparue comme un tout absolument parfait, où il est impossible que le hasard ait la moindre place. Chaque chose en elle semble crier : « J'ai été conçue et façonnée par un Créateur Tout-Puissant. »

Puis j'ai lu le Coran. La mélodie et le rythme de sa langue surprirent mon oreille. Son contenu émerveilla mon esprit. Qu'il ait à répondre aux questions concernant la politique, l'éthique, le droit, le cosmos, la vie, l'âme ou la société, il apporte toujours le dernier mot, bien qu'il ait été révélé il y a plus de 1 300 ans. Il est en accord avec toutes les sciences les plus récentes, bien qu'il nous soit parvenu par l'intermédiaire d'un bédouin analphabète qui vivait dans un peuple arriéré et éloigné de la lumière des civilisations. J'ai lu la vie de cet homme, ce qu'il a fait... et je me suis dit : Oui ! C'est un Prophète ! Il est impossible qu'il en soit autrement. L'univers merveilleux ne peut avoir pour Auteur que ce Dieu Tout-Puissant dont parle le Coran et dont il décrit les Oeuvres.


Mon ami avait écouté attentivement. Il se mit à chercher la dernière faille :
- Qu'adviendrait-il si tu te trompais dans tes calculs et si, après une longue vie, tu finissais en poussière, réduit à néant ?
- Je n'aurais rien perdu, car j'aurais eu la vie la plus heureuse qui soit, une vie bien remplie et aux larges horizons. Par contre, c'est vous qui perdrez beaucoup si mes calculs sont justes et si mes prévisions s'avèrent exactes. Or elles le sont ! Oui, mon ami, vous serez terriblement surpris !

Tout en parlant, je le fixai droit dans les yeux. Pour la première fois, j'y notai une lueur de peur accompagnée d'un clignement saccadé des paupières.
Cet instant fut passager, car la peur naissante fut vite contrôlée. Il fut suffisamment long cependant pour me permettre de comprendre ce qui se passait : malgré sa belle assurance, son obstination et son arrogance, mon ami était maintenant au bord du doute. Il se voyait sur le point de tomber dans un précipice sans fond et il ne savait plus à quoi s'agripper.
Il me dit sur un ton qu'il voulut empreint de conviction :
- Tu verras que tu retourneras en poussière. C'est là tout ce qui nous attend, toi comme nous tous !
- En es-tu certain ?

Pour la deuxième fois, une lueur de frayeur apparut dans ses yeux. Il répondit, en appuyant sur le mot comme s'il craignait d'être trahi par celui-ci en le prononçant :
- OUI !
- Tu mens ! Ce que tu viens d'affirmer ne pourra jamais faire l'objet d'une certitude.

En revenant seul, cette nuit-là, après notre long entretien, je savais que j'avais mis à vif une plaie dans l'âme de mon ami. Sous sa philosophie chancelante, j'avais ouvert une faille qui irait s'élargissant au fil des jours et contre laquelle sa logique vacillante ne serait d'aucune utilité.
Je me disais en moi-même : « Qui sait ? Cette peur le sauvera peut-être... » Pour qui se ferme à la Vérité avec obstination, la peur est l'ultime voie d'accès à cette Vérité.
Je savais qu'il n'était pas en mon pouvoir de le mettre sur le Droit Chemin. Dieu a dit à son Prophète :
« Tu ne diriges pas celui que tu aimes,
mais Dieu dirige qui Il veut. » (Coran : 28, 56)

Je lui souhaitais cependant de parvenir à la Vérité, et je priais à cette intention. Il n'y a rien de pire, en effet, que le sort réservé à l'infidèle. Il n'est pas de faute plus grave que le refus de croire.
Par Marc Chartier
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Mercredi 4 octobre 2006
Signification de la religion


Mon ami me dit : - Écoute ! S'il y a pour vous, comme vous le prétendez, un paradis, je serai le premier à y entrer. Je suis, en effet, plus religieux que beaucoup de vos vieillards à barbe qui invoquent Dieu en égrenant leur chapelet.
- Plus religieux ? Que veux-tu dire ?

- Je ne fais de tort à personne. Je ne vole pas, je ne tue pas. Je ne me laisse pas corrompre. Je ne suis ni envieux, ni rancunier. Je ne veux de mal à aucune créature. Je ne désire que le bien et ne recherche que l'intérêt de tous. Je me réveille et me couche la conscience tranquille. La devise de ma vie est : Faire le bien autant que je peux ! N'est-ce pas cela la religion ? Ne dites-vous pas vous-mêmes que la religion est une manière de se comporter à l'égard d'autrui ?
- Tout ce que tu viens d'énumérer s'appelle, en d'autres termes, une conduite irréprochable. Elle est requise par la religion ; mais elle ne s'identifie pas à elle. Tu confonds les deux. La religion n'a qu'une seule signification : elle est connaissance de Dieu. Une connaissance de Dieu en vérité, de laquelle découle une certain façon de se comporter envers Lui. Une connaissance de ton Dieu comme étant un Dieu Grand et Sublime, un Dieu Proche qui répond, entend et voit lorsque tu l'invoques, humblement prosterné devant Lui comme l'esclave devant son maître. C'est cette relation entre toi et ton Dieu qui est la religion. Les rapports que tu as avec tes semblables sont exigés par la piété ; ils sont aussi, en réalité, un rapport avec ton Seigneur. C'est ce qu'affirme notre Prophète : « L'aumône tombe dans la Main de Dieu avant de tomber dans celle du mendiant. »
Celui qui aime Dieu doit aussi aimer ses créatures et être bon envers elles. Mais si tu n'as de relations qu'avec les êtres humains, s'ils sont les seuls que tu reconnaisses et considères, tu te limites au monde d'ici-bas. Tu nies donc l'existence de Dieu, quand bien même aurais-tu une conduite irréprochable à l'égard des hommes. Ton bon comportement signifie uniquement que tu fais preuve de perspicacité, d'intelligence, de tact, de sensibilité. Mais il n'y a rien de religieux en tout cela. Tu veux gagner les gens pour réussir dans la vie. Ta conduite irréprochable est un expédient pour gagner uniquement le monde d'ici-bas. C'est à ce signe que l'on reconnaît les incroyants de ton espèce.
     
- Crois-moi ! Je ressens parfois qu'il existe une Force supérieure...
- Une Force ?

- Oui, une Force mystérieuse qui domine l'univers. J'y crois pleinement.

- Et comment te la représentes-tu ? Sous la forme d'un Être qui entend, voit et est doué d'intelligence ? Un Être qui s'engage à prendre soin de ses créatures et à les guider sur la Voie Droite en leur manifestant sa Révélation, en leur envoyant ses Prophètes, en répondant à leurs appels et à leurs supplications ?

- Sincèrement, je ne crois pas à toutes ces balivernes et je conçois les choses autrement. De surcroît, tes propos me semblent bien mesquins eu égard à la Force grandiose dont je te parlais.

- Si j'en crois la description que tu en donnes, il s'agirait d'une force électromagnétique aveugle menant l'univers de manière absurde et méprisante.
- Peut-être...
- Mon pauvre ami ! Tu as de ton Dieu une bien piètre idée. Il t'a créé le regard, et tu L'imagines aveugle ! Il t'a créé raisonnable, et tu en fais un être absurde et stupide ! Par Dieu ! Tu es un mécréant et rien d'autre, même si tu passais ta vie entière dans une conduite irréprochable. Tes bonnes actions n'auront aucune utilité le Jour du Jugement dernier. Elles seront réduites à néant.

- N'est-ce pas injuste ?

- Au contraire ! C'est la justice même. Tu imaginais que tes actions émanaient de toi et qu'il n'y avait personne pour te conduire et te guider. C'est toi qui as été injuste envers ton Dieu en niant le mérite qui Lui revenait. Si le croyant et l'incroyant sont, en apparence, égaux dans leur manière louable de se comporter, il y a cependant une différence entre leurs bonnes actions respectives. Chacun d'eux peut, par exemple, faire construire un hôpital. L'incroyant dit : « C'est moi qui ai bâti ce grand hôpital pour le bien des gens. » Le croyant, quant à lui, reconnaît : « C'est grâce à mon Seigneur que j'ai accompli cette oeuvre. Je n'ai été qu'un intermédiaire. » Quelle différence ! L'un attribue le mérite à Celui à qui il revient. Il ne s'approprie à lui-même aucun honneur, sinon celui d'avoir été un simple instrument. Et même pour cela, il rend grâce à Dieu en disant: « Ô mon Seigneur ! Je te loue d'avoir fait de moi une cause de bien. » C'est toute la différence entre la présomption et la modestie, entre l'arrogance et la délicatesse. C'est pourquoi, dans le culte païen que vous rendez à votre Force électromagnétique aveugle, vous ne priez pas.

- Pourquoi prier ? Pour qui prier ? Je ne vois, en votre prière, aucune raison d'être. Et pourquoi toute cette gymnastique ? L'humilité ne suffit-elle pas ?

- La raison d'être de la prière est qu'elle anéantit cet orgueil dans lequel tu vis. Au moment de la prosternation, lorsque ton front touche terre et que tes lèvres prononcent ce que croit ton coeur : « Sois exalté, ô mon Seigneur Tout-Puissant ! », tu sais finalement quelle est ta véritable place : tu n'es rien face au Dieu Tout-Puissant. Tu n'es que poussière sur poussière et Lui est le Transcendant qui trône au-dessus des sept cieux...

Quant à savoir pourquoi la prière est faite de mouvements, pourquoi l'humilité du coeur de nous suffit pas, je voudrais à mon tour te poser cette question : Pourquoi as-tu été créé avec un corps ? La charité en paroles ne te suffit pas non plus : tu dois tendre la main, donner de ton argent... Pourquoi ? Ton corps a été créé par Dieu pour exprimer les intentions de ton coeur. Ce qui est réellement dans ton coeur déborde sur ton corps. Si ton humilité est sincère, elle se répand sur ton corps. C'est alors que tu t'inclines et te prosternes. Si par contre elle est fausse, elle ne dépasse pas le seuil de tes lèvres.


- Crois-tu que tu iras au paradis ?

- Nous serons tous ramenés vers le feu de l'enfer. Dieu sauvera ensuite ceux qui L'auront craint. Sera-ce mon cas ou non ? Seul le sait Celui qui sonde les coeurs. Pour ma part, ma science n'est malheureusement que de l'encre sur du papier. Une action peut être pure, alors que l'intention ne l'est pas. Une intention peut être pure, alors que la sincérité ne l'est pas... Quelqu'un d'entre vous, par exemple, peut penser faire le bien pour Dieu seul, alors qu'il le fait en réalité par souci de sa réputation ici-bas ou par soif de notoriété.

Que de fois nous nous leurrons sur nous-mêmes ! Que de fois, sans que nous sachions comment, nous nous faisons illusion avec la bonne impression que nous avons de nous-mêmes ou le calme menteur qui nous habite ! Demandons à Dieu la pureté du coeur !


- L'homme peut-il être sincère ?

- Il ne le peut pas de lui-même. Dieu seul met la sincérité au fond des coeurs. C'est la raison pour laquelle le Coran parle davantage de « ceux qui ont été rendus sincères » (al-mukhlasûn) que de « ceux qui sont sincères » (al-mukhlisûn). Cependant, Dieu a promis qu'Il « dirigeait vers la Religion celui qui revient repentant vers Lui » (Coran : 42, 13). Il t'appartient donc de revenir vers Dieu. Et à Lui de faire le reste !
 
 
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Par Marc Chartier
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Mercredi 4 octobre 2006
Le miracle


Mon ami me dit : - Il y a quelque chose que je ne comprends pas... Vous dites de votre Dieu Miséricordieux qu'Il est Bon et Généreux, qu'Il nous aime, qu'Il pardonne et efface les péchés... Comment un tel Seigneur peut-Il ordonner à Abraham, ce Prophète qui était son ami intime, d'immoler son fils ? Ne reconnais-tu pas avec moi qu'il est difficile de croire à cela ?
- Le contexte et les événements du récit auquel tu fais allusion indiquent que Dieu n'avait pas l'intention de demander à Abraham d'immoler son fils. La preuve en est que le sacrifice n'a pas eu lieu. Dieu exigeait uniquement d'Abraham le sacrifice de l'amour et de l'attachement excessifs qu'il portait à son fils. Il n'est pas permis, en effet, que le coeur d'un Prophète soit attaché à autre chose qu'à Dieu, qu'il s'agisse du monde d'ici-bas, d'un enfant, de la célébrité ou du pouvoir. Il ne convient pas que le coeur d'un Prophète nourrisse de telles affections.

Comme on le sait, Ismaël naquit alors qu'Abraham était très avancé en âge. Le vieillard se prit donc d'une affection sans bornes pour ce fils. C'est la raison pour laquelle Dieu se devait de mettre à l'épreuve son Prophète.
Les événements du récit prouvent l'exactitude de cette interprétation, car à peine Abraham eut-il levé le couteau pour sacrifier son fils, conformément à la Volonté divine, que lui vint des cieux l'ordre d'épargner la victime.
- Et que penses-tu des miracles étonnants qui sont attribués à Abraham, du fait, par exemple, qu'il soit entré dans le feu sans se brûler ? Ou encore des prodiges accomplis ensuite par Moïse : son bâton transformé en serpent ou fendant en deux la mer ? Ou encore sa main devenant soudainement blanche lorsqu'il la retira de dessous son aisselle ? N'as-tu pas l'impression d'assister au cirque, à un numéro de prestidigitation ? Comment Dieu prouve-t-il sa Grandeur et sa Toute-Puissance par de telles prouesses qui relèvent du domaine de l'irrationnel, comme une dérogation à l'ordre des choses ? N'est-il pas plutôt évident que l'argument le plus fort de la Grandeur divine réside dans l'ordre, la raison, la précision et le merveilleux déroulement des lois qui régissent l'univers ?

- L'idée que tu te fais du miracle est fausse. Il s'agirait, selon toi, d'un tour de force, d'une dérogation aux lois, de quelque chose d'irrationnel. Or la vérité est tout autre.

Permets-moi de te donner un exemple qui te fera mieux comprendre. Supposons que, par un Décret divin, tu retournes de trois mille ans en arrière dans le passé et que tu pénètres chez le pharaon d'Égypte, tenant un transistor gros comme une boîte d'allumettes. Voyons ! Quelle serait la réaction du pharaon et de sa cour devant cet objet duquel sortent des paroles et des chansons ? Dans leur stupéfaction, ils se mettraient sans doute à crier au miracle : « C'est de la magie ! Cela dépasse l'entendement et contredit toutes les lois ! »

Nous savons maintenant qu'il n'en est rien, mais que ce qui se produit à l'intérieur du transistor est conforme aux lois de l'électronique. Ce phénomène est parfaitement rationnel.

L'étonnement serait encore plus grand si tu pénétrais chez le roi de Babylone, tenant en mains un appareil de télévision qui transmettrait des images de Byzance. Si tu faisais écouter un disque au roi d'Assur, il se mettrait à applaudir devant cet objet en plastique qui émet des paroles.

L'histoire nous rapporte des faits semblables remontant au temps de la colonisation de l'Afrique. Lorsque le premier avion des colons se posa au milieu des Primitifs qui vivaient nus dans la forêt, que se passa-t-il ? Les Noirs se prosternèrent, la face contre terre. Ils battirent du tambour et offrirent des sacrifices, pensant qu'une divinité était descendue des cieux. L'événement, selon eux, contredisait toutes les lois. Nous savons maintenant, quant à nous, que l'avion, pour voler et atterrir, obéit à certaines lois physiques. Nous savons qu'il a été construit conformément à des règles techniques bien précises et que, par conséquent, le fait qu'il vole est un phénomène parfaitement rationnel. La loi de la pesanteur n'est pas contredite ; elle est surpassée par une autre loi : celle d'action-réaction. Il y a donc concurrence de lois, mais aucune d'elles n'est violée.

Pour monter dans le tronc du palmier, la sève ne contredit pas la loi de la pesanteur ; elle s'y oppose, par suite d'un ensemble de lois physiologiques : cohésion de la colonne d'eau, capillarité, pression osmotique. Ces lois font que la sève est poussée vers le haut.

Nous ne sortons donc jamais de la sphère de la raison et du rationnel. Il n'y là aucun tour de passe-passe. L'étonnement des Noirs primitifs était dû uniquement à leur ignorance des lois scientifiques. Il en est de même pour toi lorsque tu es étonné par ces prodiges : Moïse fendant la mer ou faisant sortir un serpent de son bâton ; Jésus ressuscitant les morts ; Abraham pénétrant dans le feu sans se brûler... Tu y vois de l'irrationnel contredisant les lois de la nature, alors qu'en fait, tous ces prodiges obéissent aux lois divines qui surpassent celles que nous connaissons. Ils représentent donc une autre sorte d'ordre et de rationnel, qui dépasse toutefois notre entendement. Par eux, Dieu ne détruit pas l'ordre ; Il nous manifeste un ordre supérieur, des lois supérieures, une Intelligence qui dépasse notre compréhension.

Les Bahâ'îs ont commis la même erreur que toi lorsqu'ils ont nié les miracles sous prétexte que les admettre aurait entraîné un mépris de la raison. Pour ce faire, ils ont eu recours à des subterfuges dans leur lecture du Coran. Ils en ont falsifié le sens premier : Moïse, par exemple, ne fend pas la mer avec son bâton ; le bâton n'est autre que la Loi révélée séparant la vérité de l'erreur... La main blanche de Moïse devient le symbole de la main qui fait le bien... Jésus ne ressuscite pas les corps, mais les âmes ; Il ouvre les esprits et non pas les yeux des aveugles... Chaque fois qu'ils se sont heurtés à un fait qu'ils ne comprenaient pas, les Bahâ'îs ont donc retiré au Coran sa signification littérale pour lui donner des interprétations allégoriques, métaphoriques et symboliques.

Cela est dû à leur méconnaissance de la nature du miracle. Ils en ont fait quelque chose d'irrationnel défiant toutes les lois et détruisant l'ordre existant. C'est exactement l'erreur que tu as commise toi-même.

Et pourtant, nous vivons réellement à une époque où l'on ne devrait plus s'étonner des miracles.

La science nous a conduits jusqu'à la surface de la Lune. Si elle nous a donné un tel pouvoir, il ne fait pas de doute que la Science communiquée par Dieu puisse nous donner un pouvoir plus grand encore. Écoute ce verset magnifique :

« Ô peuple des Djinns et des hommes !

Si vous pouvez passer à travers les espaces des cieux et de la terre, faites-le !

Mais vous ne les traverserez qu'à l'aide d'un pouvoir... »
(Coran : 55, 33)
Ce pouvoir est la science humaine. Et plus encore : la Science divine.
Par Marc Chartier
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Mercredi 4 octobre 2006

"Kaf- ha - ya - 'ayn - sad"

Je dis à mon ami athée :
- Tu as sans doute été surpris lorsque tu as remarqué pour la première fois les lettres isolées au début de certaines sourates du Coran : ha-mim, ta-sin-mim, alif, lam, mim, kaf-ha-ya-'ayn-sad, qaf, sad... Que t'es-tu dit en les voyant ?


Mon ami se contenta de prendre un air dégagé et indifférent, tout en marmonnant :
- Euh ?
- C'est-à-dire ...

- ?!..
- C'est-à-dire... n'importe quoi ! Votre prophète s'est bien moqué de vous !

- Dans ce cas, permets que nous examinions de près ce que tu prétends être un discours creux, une plaisanterie de notre Prophète.

Prenons une petite sourate très simple. La sourate Qaf par exemple... et faisons un test ! Si nous comptons le nombre de fois où nous rencontrons la lettre qaf dans cette sourate, nous trouvons : 57 .
Prenons ensuite une autre sourate : celle de La Délibération, qui est deux fois plus longue que la première. Le qaf fait partie des lettres qui introduisent cette sourate et, de nouveau, nous le trouvons 57 fois. Est-ce une simple coïncidence ? Faisons le total : 57 + 57 = 114, c'est-à-dire le nombre de sourates du Coran !
Te souviens-tu comment commence la sourate Qaf et comment elle se termine ? Nous lisons au début : « Qaf. Par le glorieux Coran (Qur'ân) ! » Et à la fin : « Avertis donc, par le Coran (Qur'ân), celui qui redoute ma menace. » Tout semble indiquer que la lettre qaf symbolise le Coran : 114 fois la lettre qaf ; 114 sourates dans le Coran.


Mon ami répliqua, tout aussi indifférent qu'auparavant :
- Un pur hasard !

- Poursuivons alors notre test, repris-je calmement, et soumettons les sourates coraniques à l'examen d'un cerveau électronique. Demandons-lui qu'il nous établisse des statistiques sur les pourcentages d'emploi de la lettre qaf, comparativement aux autres lettres, dans toutes les sourates du Coran.


Mon ami prit un air détendu. Il était pleinement éveillé cette fois-ci. Il me demanda :
- A-t-on effectué le calcul ?
- En effet ! lui répondis-je posément.

- Alors ? Quel est le résultat ?

- Le cerveau électronique a fourni la réponse suivante : la moyenne et le pourcentage les plus élevés se trouvent dans la sourate Qaf. C'est celle-ci en effet qui, de toutes les sourates coraniques, emploie le plus souvent la lettre qaf comparativement aux autres lettres. Est-ce un pur hasard ?

- C'est étrange en effet...

- Prenons un autre exemple.

La sourate Le Tonnerre commence par les lettres alif, lam, mim et ra qui, selon les statistiques du cerveau électronique, sont utilisées comme suit dans la sourate : alif, 625 fois ; lam, 479 fois ; mim, 260 fois ; ra, 137 fois.
L'ordre décroissant de cette énumération correspond exactement à l'ordre dans lequel apparaissent les lettres au début de la sourate : alif – lam – mim – ra. Lorsqu'il établit les pourcentages selon lesquels ces lettres sont employées dans toutes les sourates du Coran, le cerveau électronique nous réserve une autre surprise. Il s'avère que le plus fort pourcentage et la plus haute moyenne reviennent à la sourate Le Tonnerre. Dans tout le Coran, c'est celle qui, proportionnellement, utilise le plus souvent les lettres en question.
Il en est de même pour alif, lam et mim dans la sourate La Vache. Alif apparaît 4 592 fois ; lam, 3 204 fois ; mim, 2 195 fois. L'ordre décroissant correspond, ici encore, à l'ordre dans lequel ces lettres sont citées. Le cerveau électronique ajoute que ce sont trois lettres qui, comparativement aux autres, reviennent le plus fréquemment dans la sourate.
Il en est encore de même pour alif, lam et mim dans les sourates La Famille de 'Imrân (alif : 2578 fois ; lam : 1 885 fois ; mim : 1 251 fois), L'Araignée (alif : 784 fois ; lam : 554 fois ; mim : 344 fois) et Les Romains (alif : 547 fois ; lam : 396 fois ; mim : 318 fois). Dans ces sourates, nous retrouvons chaque fois le même ordre décroissant et un pourcentage d'apparition des lettres supérieur à celui de toutes les autres lettres.
Certaines sourates mekkoises et médinoises commencent, elles aussi, par les lettres alif, lam et mim. Les sourates mekkoises qui rentrent dans cette catégorie utilisent lesdites lettres dans des proportions plus élevées que celles rencontrées dans toutes les autres sourates mekkoises. La même remarque est à faire pour les sourates médinoises.
La sourate Al-'Araf commence par alif, lam, mim et sad. Ce sont ces lettres, nous révèle le cerveau électronique, qui sont utilisées avec les plus hauts pourcentages à l'intérieur de la sourate. Ces pourcentages dépassent en outre ceux de toutes les sourates mekkoises du Coran.
Les lettres ta et ha apparaissent, dans la sourate Ta-Ha dans des proportions supérieures à celles de toutes les sourates mekkoises. Une remarque analogue est à faire pour les lettres kaf, ha, ya, 'ayn et sad de la sourate Marie. Ou encore pour les lettres ha et mim de toutes les sourates, prises globalement, qui commencent par ces deux lettres.
Deux sourates sont introduites par la lettre sad : les sourates Sad et al-'Araf (alif, lam, mim, sad) qui, il faut le remarquer, ont été révélées l'une à la suite de l'autre. Prises ensemble, elles utilisent les lettres en question dans des proportions supérieures à celles de toutes les autres sourates.
Si l'on assemble les sourates commençant par les lettres alif, lam et ra, à savoir Abraham, Jonas, Houd, Joseph et al-Hijr (quatre d'entre elles se suivant dans la chronologie de la Révélation), les statistiques prouvent que les lettres alif, lam et ra sont employées, dans ces sourates, dans des proportions supérieures à celles de toutes les sourates mekkoises.
Dans la sourate Ya-Sin, la preuve statistique existe encore, mais elle est inversée, l'ordre des lettres étant lui-même inversé. Le ya vient en tête, contrairement à l'ordre alphabétique. Nous constatons donc que les lettres ya et sin sont employées, dans cette sourate, dans des proportions inférieures à celles de toutes les sourates coraniques, qu'elles soient médinoises ou mekkoises.

Mon ami n'avait pas dit le moindre mot. Je voulus le rassurer :
Tout ce que je viens de te dire n'est pas de moi. Je le tiens d'une étude faite en Amérique par un savant égyptien, le docteur Rashâd Khalifa, dans son livre Miracles of the Quran (Islamic productions international, INC St. Louis MO).

  •  

Je présentai le livre à mon ami. Il se mit à le feuilleter en silence. Puis j'ajoutai :
- On ne peut donc pas parler de pur hasard. Nous sommes ici en présence de statistiques bien précises, les lettres ayant été placées selon un critère déterminé.

« Dieu est celui qui fait descendre, en toute Vérité,

le Livre et la Balance. » (Coran : 42, 17)

Que dire de cette « Balance », sinon qu'elle est précise au point de pouvoir peser le moindre cheveu, la moindre lettre ?

Il est alors impossible, me semble-t-il de penser que le Prophète puisse être l'auteur du Coran. On ne voit pas comment il aurait pu se dire à lui-même, avant de commencer : « Je vais composer la sourate Le Tonnerre en utilisant tant de fois les lettres alif, lam, mim et ra, de telle sorte que leurs proportions, dans cette sourate, soient supérieures à celles de toutes les autres sourates. »

Où trouver celui qui aurait pu faire le calcul de ces proportions, alors que seul un cerveau électronique en est capable ? Si le Prophète s'en était chargé lui-même, il lui aurait fallu plusieurs années pour mettre en statistiques les lettres d'une seule sourate, à coups d'additions et de soustractions comme on savait le faire alors. N'oublions pas, soit dit en passant, qu'il ignorait tout des sciences de son époque !

Nous nous heurtons à un écueil.

Si nous tenons compte du fait que le Coran a été révélé par bribes sur une durée de vingt-trois années, nous comprenons qu'il était impossible, une fois encore, d'établir à l'avance des statistiques et des proportions pour l'ensemble des lettres du Coran. Seul le pouvait Celui qui connaît toute chose avant qu'elle n'arrive et qui sait calculer plus rapidement et avec plus de précision que n'importe quel cerveau électronique : Dieu, qui englobe tout dans sa Science. Les lettres isolées au début des sourates ne sont que des symboles de cette Science. Dieu les a dispersées de-ci de-là dans son Livre pour que nous les découvrions nous-mêmes au fil du temps.

« Nous leur montrerons bientôt nos Signes

dans l'univers et en eux-mêmes,

jusqu'à ce qu'ils voient clairement

que ceci est la vérité. » (Coran : 41, 53)

Je ne prétends pas que ce soit là tout le secret des lettres mystérieuses dont il a été ici question. Ce n'est, au contraire, qu'une simple début et personne ne sait au juste vers quels horizons il nous mènera.

Les significations que l'on vient de découvrir à ces lettres nient en tout cas catégoriquement le moindre soupçon d'attribution à un auteur humain.

Elles nous révèlent que chacune de ces lettres obéit à un critère précis, compte tenu d'une signification profonde. Qui, alors, peut avoir l'aplomb de prétendre qu'il se trouve devant un constat signifiant... n'importe quoi ? Ne vois-tu pas, cher ami, qu'il ne peut en être ainsi ?


Mon ami ne répondit pas. Il continua à feuilleter et refeuilleter le livre, sans piper le moindre mot.

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Par Marc Chartier
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Mercredi 4 octobre 2006


À propos de la formule :

« Il n'y a pas de dieu sauf Dieu »
Mon ami me dit :
- N'admets-tu pas que vous abusez de la formule : « Il n'y a pas de dieu sauf Dieu » ? Elle est pour vous comme un sésame ouvrant toutes les portes. Vous l'employez aussi bien pour un décès que pour une naissance. Vous la mettez partout : sur les sceaux, sur les médailles portées autour du cou, sur la monnaie, sur les murs... À vous entendre, celui d'entre vous qui la prononce met son corps à l'abri du feu. S'il la récite mille fois par jour, il entre au paradis, comme s'il s'agissait d'un talisman, d'une amulette pour chasser les démons ou d'un bocal pour emprisonner les mauvais esprits... Il y a encore ces lettres par lesquelles commencent de nombreuses sourates du Coran et que vous utilisez sans en connaître la signification : alif, lam, mim, kaf-ha-ya-'ayn-sad, ta-sin-mim, ha-mim, alif-lam-ra...
Me suffit-il de dire : « Il n'y a pas de dieu sauf Dieu » pour échapper au châtiment éternel ? Dans ce cas, c'est simple ! Je vous prends à témoin, toi et ceux qui sont ici présents : « Il n'y a pas de dieu sauf Dieu ! » Voilà ! Est-ce que ça suffit ?

- Tu n'as rien dit du tout ! La formule « Il n'y a pas de dieu sauf Dieu » n'a de réelle signification que pour ceux qui la mettent en pratique, non pour ceux qui se contentent de la murmurer du bout des lèvres. C'est un engagement pour la vie, non de simples mots. Réfléchissons un peu à sa signification.

Lorsque nous disons « Il n'y a pas de dieu sauf Dieu », nous voulons dire que seul Dieu doit être adoré. Entre « Il n'y a pas » et « sauf », entre la négation et l'affirmation à partir desquelles est construite la formule, est inclus tout le dogme que nous confessons.

Par la négation, nous refusons à toute chose la divinité. Nous la refusons aux séductions qui nous envoûtent ici-bas : l'argent, le prestige, le pouvoir, les plaisirs, le luxe, le charme des femmes, le clinquant des honneurs. À tout cela, nous disons : « Non! Nous ne t'adorons pas. Tu n'es pas Dieu ! »

Puis nous disons « non » à nous-mêmes, à notre âme qui obéit à toutes ces convoitises. Par elles, l'homme s'adore en effet lui-même. Il adore ses habitudes, ses idées, ses passions, ses choix, son tempérament, son intelligence, ses talents, sa réputation. Il s'imagine avoir plein pouvoir sur toute chose. Il croit être maître du destin des hommes et de la société. Il s'érige en dieu, sans le savoir. À ce Moi aussi, nous disons : « Non ! Nous ne t'adorons pas. Tu n'es pas Dieu! »

Au directeur, au chef, au responsable politique, nous disons : « Non! Tu n'es pas Dieu ! »

Dieu seul, pour nous, est Celui qui agit. Tout le reste n'est que moyens et causes secondaires : le directeur, le ministre, le président, l'argent, le prestige, l'autorité, l'esprit avec son intelligence et ses dons... À tout cela, nous disons : « Non ! Tu n'es pas Dieu ! »

Après la négation, vient l'exception. Il n'y a pas de dieu « sauf » un seul dont nous affirmons la Toute-Puissance : le Dieu Unique. Tout le dogme que nous confessons est là, inclus entre la négation et l'exception affirmative.

Celui qui se préoccupe d'amasser les biens matériels, d'accumuler les richesses, de flatter l'autorité, de s'attirer les bonnes grâces des chefs, de courir les plaisirs, de suivre ses passions, de défendre avec entêtement ses opinions et d'imposer avec fanatisme son point de vue... celui-là n'a pas dit « non » à toutes ces idoles. Sans le savoir, il se prosterne devant elles. Lorsqu'il dit : « Il n'y a pas de dieu sauf Dieu », il ment. Il prononce avec sa langue ce que ses mains et ses pieds s'empressent de démentir.

La formule « Il n'y a pas de dieu sauf Dieu » signifie aussi que Dieu seul observe et tient compte de tout. Il est le seul digne d'être craint. Celui qui a peur de la maladie, des microbes, du bâton du policier et des forces de l'ordre, celui-là n'a pas dit « non » à toutes ces divinités imaginaires. Il se prosterne toujours devant elles et il a associé à son Créateur ces faux dieux. Il est donc un menteur lorsqu'il dit : « Il n'y a pas de dieu sauf Dieu ».

Cette formule est en outre un pacte, une loi, une manière de vivre. Il faut mettre en pratique ce qu'elle signifie.

Pour qui se comporte ainsi, elle est effectivement un sésame auquel nulle porte ne résiste. Elle lui assure le salut ici-bas et dans l'Au-delà. Elle est une voie d'accès au paradis.

Mais si elle est prononcée uniquement du bout des lèvres, sans l'assentiment du coeur ni une réelle mise en pratique, elle est absolument inutile.

Cette formule a finalement une portée philosophique. Selon le docteur Zakî Naguîb Mahmoud, la profession de foi « Il n'y a pas de dieu sauf Dieu » inclut la reconnaissance de trois vérités : l'existence du « sujet », celle de l' « objet » et celle des témoins. Elle est donc une reconnaissance explicite que le Moi humain, Dieu et les autres ont une existence réelle.

Par là, l'Islam refuse à la fois la philosophie idéaliste et la philosophie matérialiste. Il refuse la droite et la gauche pour choisir une position intermédiaire.

Il refuse l'Idéalisme philosophique parce que celui-ci ne reconnaît pas l'existence des autres ni celle du monde matériel comme réalité extérieure et indépendante de la raison. Selon l'Idéalisme, tout s'écoule comme un rêve, comme les pensées qui viennent à l'esprit. Ta personne, la radio, la rue, la société, le journal, la guerre, tout cela n'est qu'un ensemble de réalités, de visions et de rêves n'ayant d'existence que dans mon esprit. Le monde extérieur n'a aucune existence réelle.

Cette position idéaliste extrême est refusée par l'Islam. Elle est contraire notamment à la profession de foi musulmane qui, nous l'avons déjà dit, est une reconnaissance explicite de l'existence réelle et certaine du « sujet », de l' « objet » et des témoins, c'est-à-dire du Moi humain, de Dieu et des autres.

L'Islam refuse également la philosophie matérialiste car, tout en reconnaissant l'existence du monde matériel, elle nie l'au-delà. Elle nie l'existence du mystère et de Dieu.

L'Islam propose une philosophie et une pensée réalistes. Il reconnaît l'existence du monde matériel, en y ajoutant toutefois toute la richesse qu'apporte l'existence de Dieu et du mystère. Grâce à une synthèse de leurs pensées respectives, il réunit la droite et la gauche en une philosophie universelle qui ne cesse d'être un défi pour les penseurs les plus appliqués, devançant les théories qu'ils ont pu élaborer sur des bases non certaines.

La profession de foi musulmane représente donc à la fois une manière de vivre et une attitude philosophique. Lorsque tu te contentes de la réciter, tout en adhérant à la position philosophique matérialiste, tu commets un double mensonge. Tu professes tout d'abord ce que nie ta philosophie. Ensuite, tu ne fais pas le moindre effort pour conformer ta vie à cette profession de foi.

Pour en venir finalement à la question des lettres mystérieuses dont tu parlais, peux-tu me dire pourquoi nous utilisons des lettres semblables dans les sciences ? Pour qui ignore tout du calcul, de l'algèbre et des mathématiques, X, Y, les tables des logarithmes ou une formule comme E = MC² ne sont que des énigmes et des formules magiques, alors que ces signes revêtent des significations très importantes pour les savants.

Ainsi en est-il des lettres mystérieuses contenues dans le Coran, lorsque la signification nous en est découverte.
Mon ami prit son air moqueur :
- Tu en connais donc la signification ?
Je m'attendais à la question :

- C'est un sujet passionnant, répondis-je aussitôt. Il nous faudra y revenir plus longuement, car il te réserve bien des surprises !
Par Marc Chartier
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