Du doute à la foi

Jeudi 5 octobre 2006

L'Imposteur

Les religions nous parlent d’un être qui apparaîtra à la fin des temps. Par les prodiges et les miracles qu’il accomplira, il séduira les hommes du monde entier qui, croyant qu’il s’agit d’un dieu, se mettront à le suivre.

Il nous est dit de cet être qu’il est borgne et doté d’une puissance prodigieuse. D’un seul œil, il peut voir ce qui se passe aux confins de la terre. Il peut entendre ce qui se murmure au-delà des mers. Il peut faire pleuvoir à son gré, tout comme il peut faire croître les plantations et découvrir les trésors enfouis. Il guérit les malades, ressuscite les morts, fait mourir les vivants. Il vole à la vitesse du vent.

Tel est l’Imposteur, annonciateur de l’heure du Jugement dont nous parlent les Livres révélés.

En fait, d’après Leopold Weiss, un écrivain polonais qui, après s’être converti à l’Islam, vécut à La Mecque, il est déjà apparu.

Selon cet auteur, l’Imposteur, ce monstre répugnant aux allures de cyclope, représente le progrès, la puissance et le bien-être matériels, ces divinités de notre temps.

En ce siècle de l’atome, la civilisation est borgne et boiteuse. Elle regarde dans une seule direction : celle de la matière. Dans le même temps, elle perd son second œil – son âme – qui perçoit la dimension spirituelle de la vie. D’où les conséquences : une puissance sans amour, une science sans religion, une technologie sans morale.

Fort de sa science, le Monstre peut effectivement entendre jusqu’aux confins de la terre, grâce à la radio. Avec la télévision, il peut voir ce qui se passe au bout du monde. Actuellement, il peut faire pleuvoir artificiellement. Il cultive les déserts, guérit les malades et transplante les cœurs des morts sur les vivants. Il utilise des fusées pour faire le tour de la terre. Il propage la mort et la destruction avec ses bombes atomiques. Il découvre des mines d’or dans les entrailles des montagnes.

Les hommes ont été séduits par ce Monstre et se sont mis à l’adorer.

Devant l’impressionnant déploiement du progrès scientifique occidental, nous autres, Orientaux, avons perdu confiance en nous. Nous avons considéré avec mépris notre tradition et notre religion.

Sous le coup du sentiment que nous avions de nos déficiences et de notre sous-développement, nous avons considéré nos religions comme un ensemble de superstitions honteuses dont il fallait se débarrasser pour rejoindre le cortège du progrès et pénétrer ainsi dans l’enceinte d’un nouveau temple : celui de la science, où l’on vénère ce nouveau dieu qui a pour nom la puissance matérielle.

Éblouis au point d’en perdre la raison, nous nous sommes prosternés. Nous avons confondu objectif et moyens, considérant la puissance matérielle comme un but, oubliant qu’il s’agissait d’un simple moyen.

Le train, les télécommunications, l’électricité et l’énergie atomique ne sont que des moyens au service de l’homme. Ils lui permettent d’être libéré des servitudes matérielles pour se consacrer à la réflexion, à la contemplation, à l’enrichissement de son esprit par la vraie connaissance.

Mais contrairement à cela, nous nous sommes mis au service de ces moyens. Au prix de moult peines et fatigues, nous nous démenons pour acheter une voiture, une radio, une télévision. Lorsque nous les possédons, notre avidité ne fait que grandir. Nous voulons une voiture plus grande encore, un magnétophone stéréophonique, un bateau de plaisance, un yacht, une villa, une pelouse, une piscine, et puis… et puis… un avion privé si possible !

Progressivement, nous sommes submergés par l’avalanche des produits de consommation qui encombrent les vitrines. Notre fringale devient de plus en plus vorace chaque fois que nous nous évertuons à acheter du neuf. Nous voilà pris dans le cercle vicieux d’une avidité qui ne s’apaise que pour recommencer de plus belle. Nous voulons en permanence acquérir ce qui peut procurer la puissance matérielle ou le bien-être, en réponse aux offres quotidiennes de la technologie qui s’affichent dans les devantures des magasins.

De même que le simple citoyen amasse les biens de consommation, les nations accumulent, elles, les armements et les munitions pour s’entre-détruire dans des guerres meurtrières. Puis elles se remettent à entasser des armements plus dangereux et des bombes d’une puissance supérieure.

Le monde est devenu le théâtre d’une folie qui emporte les humains dans une même direction : celle de la puissance matérielle. L’Imposteur, ce monstre borgne, est le dieu de ce siècle.

Pas de dieu sinon la Matière ! C’est ainsi que l’on prie chaque jour.

La foi au vrai Dieu a disparu, en même temps que le sentiment de sécurité, de paix, de tranquillité.

La représentation philosophique du monde est celle d’une jungle où l’on s’entre-dévore à belles dents.

Lutte des classes, racisme, fanatisme religieux…monde effrayant fait de peur et de meurtres.

Il n’est plus personne dans les cieux pour guider ce monde et le protéger.

C’est à cette déchéance que nous a abaissés le culte de l’Imposteur ayant pour nom la puissance matérielle.

Et le résultat ?

C’est un homme triste, préoccupé, craintif, stressé. C’est ce jeune homme qui s’adonne à la drogue dans les rues de Londres ou de Paris. C’est le suicide et la folie dont nous voyons le plus haut pourcentage dans les pays regorgeant de richesses et de bien-être : Suède, Norvège, Amérique…

L’homme en proie à la terreur tente de récupérer son sentiment de sécurité en ayant recours à l’artifice des moyens technologiques. Il installe à sa porte un œil magique fonctionnant aux rayons infrarouges pour détecter la présence de voleurs. Il équipe son coffre-fort d’une alarme. Il se fait faire une électrocardiographie chaque mois pour déceler la thrombose avant qu’il ne soit trop tard.

Appareils d’air conditionné, services de sûreté, vitamines par dizaines d’espèces, calmants, stimulants, appareils de musculation, moyens de sécurité nécessitant à leur tour d’autres moyens pour être eux aussi sécurisés : voilà ce dont a besoin l’homme d’aujourd’hui. Et, en fin de compte, il n’y trouve aucune tranquillité. Sa peur et son angoisse ne font au contraire qu’augmenter, en même temps que son besoin de se procurer toujours plus de moyens matériels inutiles.

Prisonnier de ce dédale où il s’est fourvoyé, l’homme en oublie que c’est au point de départ qu’il s’est trompé, lorsqu’il s’est imaginé un monde sans Dieu, un monde où il s’est trouvé jeté, sans aucune loi pour le protéger ni aucun Seigneur pour lui demander des comptes.

Il s’est trompé une seconde fois lorsqu’il s’est mis à adorer la puissance matérielle et qu’il en a fait la source de son bonheur et de sa sécurité ainsi que le but ultime de sa vie, à la place de Dieu. Il s’est imaginé que cette puissance lui procurerait la paix, le calme, la tranquillité perdue et qu’elle pouvait le préserver de la mort et de l’anéantissement. Et voici que cette puissance lui dérobe la paix de l’âme. Elle se retourne contre lui en se transformant finalement en instruments de guerre destructeurs et meurtriers.

Il s’est trompé une troisième fois lorsqu’il s’est imaginé que la chimie, les sciences naturelles et l’électronique étaient la source du savoir et que la religion n’était qu’un amas d’affabulations.

S’il avait réfléchi un tant soit peu, il se serait rendu compte que lesdites sciences ne procurent en réalité que des connaissances limitées, portant sur des vérités partielles et traitant uniquement de proportions, de dimensions, de quantités… alors que la religion, elle, est une science totale portant sur des vérités universelles. Elle est même la science suprême qui s’intéresse aux premiers fondements et aux fins dernières des êtres, une science ayant pour objet le but ultime de l’existence, le sens de la vie, la signification de la souffrance.

La chimie, les sciences naturelles et l’électronique sont des sciences mineures.

La religion est la science majeure qui englobe toutes les autres sciences.

Il n’existe aucune contradiction entre religion et sciences, car la religion, par sa nature même, est la science suprême.

La religion est nécessaire pour délimiter aux sciences leurs buts et leur champ de compétences. C’est elle qui leur assigne leur juste fonction dans le cadre d’une vie parfaitement équilibrée.

La religion fait place à la conscience morale. Cette conscience, à son tour, opte pour le rôle constructif de l’énergie atomique, refusant de s’en servir pour semer la dévastation et la mort parmi les innocents.

C’est la religion qui nous incite à utiliser l’électricité pour nous éclairer, non pour détruire. Ou encore à voir dans les sciences des moyens, non des buts. Et de même pour le progrès matériel et les machines que nous utilisons.

La matière a, comme nous, été créée ; elle n’est pas un dieu à vénérer. Elle ne peut procurer à l’homme la tranquillité, la paix ou le bonheur, car la dissolution, la corruption, l’altération et le changement font partie de sa nature. Elle participe en cela de la finitude de l’univers. On ne peut donc se fier à elle, car elle ne constitue en rien une protection véritable.

Le progrès matériel est nécessaire. Mais c’est un moyen, sans plus, comme les autres moyens dont se sert l’homme civilisé. Il n’est pas une fin en soi.

À ce titre, la religion ne le condamne pas, mais elle le situe à sa véritable place.

Elle ne refuse pas la science. Au contraire ! Elle demande qu’on s’y adonne, à la condition cependant de n’y voir qu’un moyen de connaissance parmi les nombreux autres moyens à la disposition de l’homme : sa nature, la "clair-voyance", l’intuition, l’inspiration, la révélation.

Il n’est pas bon de vouloir ignorer la science et de refuser d’utiliser les moyens matériels modernes. Mais il est tout aussi néfaste de vénérer ces moyens et de se laisser assujettir par eux. Nous tenons là l’une des raisons du sous-développement de notre pays.

De deux choses l’une en Orient : ou bien on refuse la science pour se contenter de la religion et du Coran ; ou bien on rejette la religion pour se tourner exclusivement vers la science et le progrès matériel.

Ces deux attitudes ont été, entre autres causes, à l’origine du déclin de la civilisation dans notre contrée, car elles ne comprennent rien à la signification véritable de la religion et de la science.

La religion – l’Islam notamment – considère la science comme un devoir. Notre Prophète Muhammad l’affirme : celui qui meurt sur la voie de la science est l’égal du martyr de la foi. Les savants sont les héritiers des prophètes… Il nous faut chercher la science, serait-ce même jusqu’en Chine !

Dans le Coran le premier mot révélé est : iqrâ’, c’est-à-dire "lis", "récite" !

L’Islam est une religion de la raison. Il s’adresse à ses adeptes en ayant recours à la méthode rationnelle.

La science et le progrès scientifique ont un grand rôle à jouer ici-bas. Mais ce sont des moyens, non des fins ; des instruments, non des idoles à adorer.

Chaque chose à sa place !

Les moyens matériels n’apportent à l’âme ni paix, ni tranquillité. Ils procurent uniquement le luxe, le confort et les commodités de la vie. Mais l’angoisse et la détresse spirituelle demeurent en dépit du réfrigérateur, de la télévision, de la radio, du magnétophone, de l’air conditionné, de la Chevrolet… Qui plus est ! Cette angoisse et cette détresse s’aggravent au fur et à mesure que l’homme est asservi à ces moyens.

Le cœur ne trouve de repos, l’esprit n’est habité par la paix et la confiance que moyennant la croyance en Dieu : un Dieu Juste et Parfait qui a créé l’univers en lui fixant des lois pour le préserver et en y décrétant chaque chose par sagesse. À la lumière de cette foi, nous savons que nous sommes aussi sur la voie du retour vers Dieu. Nos souffrances et nos peines ne seront pas en vain. La personne humaine est un absolu et non un rouage condamné à retourner en poussière.

Cette conviction religieuse est la seule à rendre à l’homme sa considération et sa dignité. Le frigo, la télé, le magnétophone ou autres ustensiles du même acabit en sont bien incapables, aussi coûteux soient-ils !

Grâce à cette conviction, l’homme retrouve la paix de l’âme. Il parvient à un état d’épanouissement spirituel et de parfaite sérénité intérieure. Il se sent plus fort que la mort, plus fort que l’oppression.

Avec cette certitude, il peut affronter et surmonter les pires dangers. Avec sa foi, il est dans une forteresse beaucoup plus sûre que toutes les carapaces de char, une forteresse qui résiste à tous les projectiles, qui défie même la mort.

Par cette foi, l’homme ressent qu’il se retrouve lui-même, tel qu’il est en vérité. En connaissant son Dieu Unique et Parfait, il parvient à la connaissance de lui-même et de sa dignité.

Quiconque a expérimenté ce sentiment exceptionnel sait qu’il s’agit d’un état d’illumination intérieure qui bannit toute dissimulation. Aucune pseudo-sérénité n’en découle, mais uniquement la vérité perçue au grand jour.

Nous savons ce qu’est cette certitude à partir de son contraire : l’état où se retrouvent tant d’hommes qui vénèrent l’Imposteur, le monstre de notre siècle atomique, au cerveau électronique ; ou encore la situation de cette multitude d’êtres humains qui s’entre-dévorent à belles dents, qui s’adonnent à la drogue, qui se réfugient dans la folie et le suicide, qui s’acheminent, marchant dans le sang, vers une troisième guerre mondiale.

Écoute ta droite nature ! Elle te révélera qui des deux a raison : cette multitude qui s’entre-déchire sous le coup de la rancune, de la haine, de l’avidité ; ou bien cette minorité qui a reçu le don de la paix intérieure et qui a perçu l’existence de Dieu.

La religion ne rejette ni la vie, ni la raison.

L’Islam, pour sa part, est basé sur le principe de l’amour de la vie. Il l’aime et en prend soin. Il incite au respect de la raison et à la poursuite de la science. Il propose une loi moderne unifiant l’esprit et le corps, dans une harmonie sans pareille : aucune tyrannie de l’esprit sur le corps, ni du corps sur l’esprit, mais l’accord des deux ne faisant qu’un.

L’Islam ne nous demande pas de renoncer à l’instinct sexuel. Il exige seulement que nous le maîtrisions et que nous l’utilisions dans le cadre d’une relation légitime.

Pour l’Islam, le critère de la piété n’est pas la vie solitaire et monacale ou le retrait du monde pour s’adonner à la contemplation, mais l’action. La prière doit aller de pair avec le travail des mains et l’activité corporelle en vue du bien et de l’utilité dans la société. L’humilité de l’âme ne suffit pas à la prière ; le corps doit aussi exprimer cette humilité par l’inclination et la prosternation.

La prière rituelle musulmane est le symbole de l’unité indivisible de l’esprit et du corps : l’esprit se tient dans l’humilité ; la langue proclame la louange de Dieu ; le corps se prosterne.

La procession autour de la Ka’ba, lors du pèlerinage à La Mecque, est un autre expression de la concentration des actions autour d’un même pôle. Elle est aussi le symbole de l’assignation d’un même but aux actions et aux pensées, à savoir le Créateur, le seul Existant en vérité, de qui provient toute chose et à qui tout retourne. Elle est l’expression corporelle, mentale et spirituelle de cette unité.

L’Islam procure ainsi à l’homme la paix intérieure. Il lui rend son unité spirituelle-corporelle, mettant fin à la lutte éternelle entre passion et raison, engendrant la passion raisonnée et éclairée où s’unissent les deux contraires. Sentiment et pensée, vie intérieure et comportement extérieur se retrouvent unis. C’en est fini de cet homme hypocrite en qui le cœur et la raison, la raison et les paroles, les paroles et les actes sont en contradiction. Remplaçant cet homme divisé et écartelé, apparaît un être nouveau en qui esprit et corps, paroles et actes, vie intérieure et comportement extérieur ne font plus qu’un.

Grâce à cette unification de sa personne, l’homme parvient à l’unification avec son Seigneur. C’est un état de proximité qui introduit l’être humain dans la sphère de la Lumière divine, au seuil même du monde céleste.

L’Islam est centré sur cette notion fondamentale : celle de l’unicité. C’est bien ce que confirme le Coran, en chacun de ses versets. Avec tout ce qu’il contient d’images, de récits, d’exemples, d’ordres et d’admonitions, il y revient sans cesse.

L’Islam offre à notre siècle matérialiste la seule porte de salut, l’unique solution, la seule issue possible, car il englobe tout son patrimoine spirituel, sans le contraindre à abandonner quoi que ce soit de son acquis scientifique ou de sa supériorité matérielle.

Tout ce que veut l’Islam, c’est que soient parfaitement réalisées l’harmonie et l’union entre matière et esprit pour que soit instaurée une nouvelle civilisation : celle de la puissance et de la miséricorde ; celle où la puissance matérielle ne soit pas un monstre que l’on vénère, mais uniquement un instrument et un moyen à la disposition d’un cœur miséricordieux.

C’est ainsi que sera anéanti l’Imposteur et que s’instaurera l’état de l’Homme Parfait.


À ceux qui demandent avec perplexité : « Pourquoi Dieu nous a-t-Il créés ? Pourquoi nous a-t-Il mis en ce monde ? Quelle est la sagesse sous-jacente aux tourments qui nous affligent ? », le Coran dans son entier répond : Dieu a créé l’homme ici-bas en le dotant d’une curiosité inscrite dans sa nature pour qu’il cherche à connaître ce que recèle ce monde de richesses ignorées, pour qu’il cherche également à se connaître lui-même. Se connaissant lui-même, l’homme connaît son Seigneur. Il perçoit la dignité suprême de ce Seigneur de Gloire. Il Lui exprime sa soumission et son amour. Ainsi devient-il apte à recevoir l’Amour et les Bienfaits divins.

C’est pour cela, pour ce but ultime, que Dieu nous a créés, pour nous manifester son Amour et sa Bonté. S’Il nous fait souffrir, c’est pour nous réveiller de notre torpeur et qu’ainsi, nous devenions aptes à recevoir son Amour et ses Bienfaits.

Dieu a créé par Amour.

Dieu a créé pour Aimer.

C’est par Amour qu’Il fait souffrir.


Loué et exalté dans les cieux soit Celui qui nous a créés par Amour et Miséricorde !

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Par Marc Chartier
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Jeudi 5 octobre 2006

La grandiose harmonie

Cela s’est passé il y a quelques années de cela. Je n’oublierai jamais cette nuit-là. C’était au cours d’un voyage dans la brousse de l’Afrique tropicale. J’étais à bord d’un bateau qui remontait le Nil imposant et nous avions dépassé Malakal. Nous pénétrâmes alors dans une région infestée de moustiques où le Nil s’élargissait, formant des marécages à perte de vue.

Nous voguions, pris dans une atmosphère étouffante et très humide. À bord, tous eurent leur crise de malaria, y compris le capitaine. Pour ma part, je prenais régulièrement des comprimés de Camoquine, en mesure préventive.

Il me vint alors à l’esprit de monter sur le pont du bateau pour jouir des charmes de cette nuit passée sous les tropiques.

Je m’enduisis le visage et les bras d’une lotion anti-moustiques et grimpai sur le pont. Un spectacle féerique s’offrit soudain à ma vue.

J’aperçus des milliers d’arbres qui brillaient, puis s’éteignaient, comme des sapins de Noël qui s’illuminent par intermittence, à la grande joie des enfants, de milliers de petites ampoules électriques.

Stupéfait, je me frottai les yeux, puis me remis à regarder.

Ce que je voyais était bien une réalité et non un rêve.

Effectivement, les arbres s’illuminaient, comme s’ils étaient recouverts de milliers de lampes. Puis ils s’éteignaient.

Le capitaine du bateau m’informa que ce que j’avais vu cette nuit-là était bel et bien une réalité. Les arbres en question étaient recouverts de vers luisants qui brillaient tous ensemble pour attirer les moustiques et les manger. Puis ils s’éteignaient et se remettaient à briller.

Telle est la loi de la nature : chaque fois que des insectes se multiplient au point d’être trop nombreux, Dieu en crée d’autres pour les combattre et les détruire. Ainsi est sauvegardée l’équilibre au sein de la création. Aucune créature n’en extermine une autre en vain.

Cette nuit-là est restée gravée dans ma mémoire, de même que la conversation que j’eus alors.

Chaque jour m’apporte un supplément de preuves que l’univers est réellement le théâtre d’une grandiose harmonie universelle. Chaque créature y tient la place précise qui a été décrétée pour elle.

Si le globe terrestre avait une masse inférieure à celle qu’il a, la pesanteur y diminuerait. L’air se raréfierait et se perdrait dans le vide. L’eau se volatiliserait et la terre deviendrait semblable à la lune, une surface désolée, sans eau, ni air, ni atmosphère. La vie n’y serait plus possible.

S’il avait par contre une masse supérieure à celle de maintenant, la pesanteur augmenterait. Il nous serait beaucoup plus pénible de nous mouvoir et notre poids croîtrait considérablement. Notre corps deviendrait un fardeau impossible à soulever.

Si la terre tournait sur elle-même à une vitesse moindre, égale à celle de la lune par exemple, la longueur des jours et des nuits deviendrait quatorze fois plus grande. Toutes les deux semaines par conséquent, la température passerait d’une chaleur torride à un froid mortel, rendant impossible toute forme de vie.

Si l’orbite de la rotation terrestre passait plus près du soleil, comme c’est le cas pour Vénus, nous ne pourrions résister à la chaleur. Si elle s’en éloignait, comme c’est le cas pour Saturne et Jupiter, nous péririons de froid.

Nous savons par ailleurs que la terre effectue sa rotation en formant un angle de déclinaison de 33 degrés. De là naissent les saisons et c’est ce qui rend cultivables et habitables la plupart des régions terrestres.

Si l’écorce terrestre était plus épaisse, elle absorberait l’oxygène et nous n’aurions plus la quantité suffisante de ce gaz précieux pour respirer.

Si les mers étaient plus profondes, les eaux en surplus absorberaient le CO² nécessaire à la vie et à la respiration des plantes.

Si la couche atmosphérique était moins épaisse, les météores et les étoiles filantes fondraient sur nous au lieu de se désintégrer, comme c’est le cas, en traversant l’atmosphère.

Si la proportion d’oxygène dans l’atmosphère était plus importante qu’elle n’est, les risques d’incendie seraient accrus. L’incendie le plus bénin se transformerait en une terrible déflagration. Et si cette proportion diminuait, nous serions apathiques.

Si la glace n’avait pas une densité inférieure à celle de l’eau, elle ne flotterait pas en surface. Elle ne pourrait donc retenir la chaleur des fonds marins sans laquelle la vie, celle des poissons notamment, ne serait pas possible.

Sans la protection de l’ozone qui est épars dans l’atmosphère et qui ne laisse filtrer qu’une faible proportion de rayons ultraviolets, ces rayons seraient mortels pour nous.

Si nous en venons maintenant à l’anatomie du corps humain, nous y constatons une harmonie minutieuse qui n’a pas fini de nous émerveiller et de nous étonner.

Dans le sang, par exemple, chaque élément a une proportion et une quantité bien déterminées : sodium, potassium, calcium, sucre, cholestérol, urée…

Au cas où intervient la moindre déficience, si minime soit-elle, dans ces proportions, c’est la paralysie, puis la mort.

Le corps est armé de dispositifs qui agissent automatiquement pour sauvegarder cet équilibre, la vie durant.

Pour être préservées, l’alcalinité du sang et l’acidité de l’urine sont soumises à des doses bien précises.

La température normale du corps humain est de 33 degrés centigrades. Des réactions physiologiques et chimiques ont pour fonction de la maintenir régulière et stable à ce niveau.

Il en est de même pour la pression sanguine, la tension musculaire, les pulsations cardiaques, l’alternance de l’inspiration et de l’expiration, la régulation de la combustion chimique dans le foie, l’équilibre nerveux ente les systèmes sympathique et parasympathique, la régulation opérée par les hormones et les enzymes dans l’accélération ou le ralentissement des réactions chimiques vitales.

Ce chef-d’œuvre d’équilibre, de coordination et d’harmonie, tout médecin en a connaissance, ainsi que quiconque étudie la physiologie, l’anatomie et la chimie organique.

« Dieu a créé toute chose

en fixant de manière immuable son destin. » (Coran : 25, 2)

Nous n’en finirions pas de donner des exemples empruntés à la botanique, à la zoologie, à la médecine ou à l’astronomie.

Des livres entiers seraient à citer et chaque page apporterait une confirmation de la minutieuse harmonie et de la merveilleuse précision qui règnent au sein du monde créé.

Ne voir en cet ordre harmonieux que le fruit du hasard serait faire preuve ni plus ni moins de simplisme, comme si l’on prétendait, par exemple, qu’une explosion dans une imprimerie pouvait disposer les caractères typographiques de telle façon qu’il en résulte la composition d’un dictionnaire rigoureusement exact.

Le chimiste qui a déclaré : « Donnez-moi les conditions atmosphériques, l’eau, le limon et les circonstances d’où est issue pour la première fois la vie, et je vous fabriquerai un homme ! », ce chimiste a reconnu par là même qu’il ne disposait pas des éléments et des circonstances nécessaires. Il avouait ainsi son incapacité à imiter l’œuvre du Créateur qui fut l’auteur à la fois de la créature et des circonstances de son apparition.

Si nous procurions audit chimiste tout ce dont il a besoin, et à supposer par impossible qu’il réussisse à créer un être humain, il ne dirait pas : « Cet homme est le résultat du hasard », mais bien : « C’est moi qui l’ai créé ! »

On a prétendu qu’un singe, installé devant une machine à écrire pendant un temps illimité pour y composer une infinité de possibilités, en arriverait bien un jour, par hasard, à reproduire un vers de Shakespeare ou une phrase qui ait un sens. Mais une telle hypothèse est irrecevable.

Supposons, par impossible, qu’après des millions d’échanges et de combinaisons entre les éléments existant dans la nature, une certaine quantité d’acides nucléiques ADN, se renouvelant spontanément, ait pu se former par un pur hasard dans les eaux marécageuses, comment expliquer alors que cette quantité d’acides organiques ait évolué pour aboutir à la vie que nous connaissons ?

Il faudrait à nouveau invoquer le hasard pour expliquer la formation du protoplasme.

Et ce serait encore par pur hasard que la cellule se serait formée et ensuite scindée en deux catégories : la cellule végétale et la cellule animale.

Degré par degré, nous remonterions l’arbre de la vie grâce à cette solution miracle.

Chaque fois que nous serions dans l’impasse pour expliquer quelque chose, nous dirions : « Cela s’est produit par hasard ! »

Mais est-ce raisonnable ?

Est-ce par hasard que le poussin, au moment de l’éclosion, brise la coquille de l’œuf dès qu’y apparaît le moindre trou ?

Est-ce par hasard que les lèvres des plaies se referment et se cicatrisent d’elles-mêmes, sans l’intervention d’un chirurgien ?

Est-ce par hasard que l’héliotrope se tourne vers le soleil qui est, pour lui, source de vie ?

Est-ce par hasard que les arbres désertiques fabriquent des ailes aux graines qu’ils produisent pour permettre à celles-ci de franchir les déserts en quête de meilleures conditions de germination et d’irrigation ?

Est-ce par hasard que les plantes ont découvert leur bombe verte - la chlorophylle- et qu’elles s’en servent pour créer l’énergie dont elles ont besoin pour vivre ?

Est-ce par hasard que les moustiques, sans l’aide d’Archimède, munissent leurs œufs de pochettes d’air pour leur permettre de flotter sur l’eau ?

Et les abeilles qui vivent en société organisée et appliquent les règles de l’architecture et les subtilités de la chimie pour transformer leur nectar en miel et en cire ?

Et les termites qui ont découvert les premiers principes de l’air conditionné pour leurs nids et qui appliquent, dans leur société, un rigoureux système de classes ?

Et les insectes aux couleurs voyantes qui ont découvert les principes et l’art du maquillage pour se déguiser et se camoufler ?

Tout cela est-il le fruit du hasard ?

L’admettrions-nous dans un cas, au point de départ, comment la raison pourrait-elle accepter une chaîne sans fin d’effets purement accidentels d’un obscur hasard ?

Ce serait faire montre d’une naïveté que l’on rencontre uniquement dans de vulgaires films comiques.

La pensée matérialiste s’est elle-même retrouvée dans une impasse face à une telle représentation simpliste. Elle a commencé à se libérer du terme "hasard" pour lancer une autre hypothèse. Elle a prétendu que la vie, déconcertante dans ses différentes formes et ramifications, serait partie d’un état de nécessité, semblable à celle qui vous pousse à manger quand vous ressentez la faim. Puis la nécessité serait devenue plus complexe avec la complexité des circonstances, des milieux ambiants et des besoins. De là seraient apparues toutes les formes de vie.

Cela revient à jouer sur les mots.

Les matérialistes ont remplacé le hasard par une nécessité qui, selon eux, devient spontanément de plus en plus complexe, tout comme une mélodie évoluerait spontanément en symphonie. Mais comment ?

Comment une simple nouvelle évoluerait-elle en un récit solidement charpenté sans l’intelligence d’un écrivain ?

Et qui est au point de départ de la nécessité ?

Comment le nécessaire proviendrait-il du non-nécessaire ?

La mauvaise volonté et la raison présomptueuse sont poussées dans leurs derniers retranchements si elles persistent à se fermer à la voix de la nature, laquelle ne cesse de s’imposer, affirmant l’existence d’un Créateur présidant à la création. Dieu est la main directrice, le maestro qui conduit ce merveilleux concerto.

Manifestation d’un équilibre grandiose et d’une majestueuse harmonie, chef-d’œuvre de cohésion et de régularité dans l’infinité des minutieux détails dont il se compose, l’univers entier crie l’existence du Créateur de telles merveilles : un Dieu Tout-Puissant et infiniment Parfait qui est proche de ses créatures comme l’est le sang qui coule dans leurs veines. Il prend soin d’elles, tel un Père plein de tendresse. Il répond à leurs besoins, écoute leurs plaintes et est attentif à leur sort. Il est celui que les religions décrivent à l’aide des Beaux-Noms, et nul autre. Ce Dieu-là n’a rien à voir avec la loi inexorable qu’avance les sciences de la matière. Il n’est pas le Dieu solitaire d’Aristote, ni le Dieu platonicien trônant dans le monde des Idées, ni cet Être matériel et universel qu’ont imaginé Spinoza ou les adeptes de l’unicité de l’être.

Il est l’Unique, qui n’a pas son semblable.

Il dépasse tout ce que nous pouvons penser ou imaginer. Il transcende le temps et l’espace.

Manifeste dans ses Œuvres, Il demeure caché dans son Essence. Aucun regard ne l’atteint, mais Lui-même voit tous les regards. C’est même par Lui que nous voyons, éclairés par sa Lumière et l’énergie qu’Il a déposée en nous.

L’esprit scientifique n’admet pas semblable langage mystique. Il veut voir Dieu pour confesser son existence.

Si nous admettons que Dieu n’est pas limité et donc qu’Il ne peut tomber sous le regard, si nous affirmons de Lui qu’Il est l’Infini, le Mystère, la science nous rétorque que c’est précisément pour cette raison qu’elle ne Le reconnaît pas, que la foi au mystère n’est pas de son ressort et que son domaine de compétences commence au sensible pour finir au sensible, sans plus.

Nous répondons alors à la science qu’elle ment ! Car la science elle-même est maintenant pour moitié liée au mystère. Elle observe et enregistre ses observations. Elle constate, par exemple, qu’escalader une montagne est plus pénible qu’en descendre, que porter une pierre sur le dos est plus difficile que soulever un caillou, qu’un oiseau mort s’abat sur le sol comme une pomme tombe de l’arbre, que la lune, suspendue dans le ciel, est animée d’un mouvement de rotation.

Aucune relation n’apparaît entre les précédentes observations.

Et pourtant, à la lumière de la loi de la gravitation universelle découverte par Newton, l’unité devient évidente entre elles. La chute de la pomme, la difficulté d’escalader une montagne ou de soulever une pierre, la stabilité de la lune sur son orbite, tous ces phénomènes sont autant de manifestations de la loi de gravitation.

Cette théorie, certes, nous explique les faits. Il n’en reste pas moins vrai que la gravitation est un mystère dont personne ne connaît la nature exacte. Personne n’a vu les colonnes qui soutiennent les cieux et les astres qu’ils contiennent.

Newton en personne, qui était pourtant l’inventeur de la théorie, déclarait dans une lettre adressée à son ami Bentley : « C’est incompréhensible ! Comment peut-on trouver un corps insensible et sans vie qui influe sur un autre corps au moyen de l’attraction, bien qu’il n’existe entre eux aucune relation ? »

Voici donc une théorie que nous transmettons, en laquelle nous croyons et que nous considérons comme scientifique. Et il se trouve qu’elle n’est que mystère.

Et l’électron ?

Et les ondes radio ?

Et l’atome ?

Et le neutron ?

Nous n’en avons jamais rien vu. Et cependant, nous croyons qu’ils existent, uniquement parce que nous constatons leurs effets. À partir de ces effets, nous élaborons des sciences hautement spécialisées et, pour les étudier, nous construisons des laboratoires. Et pourtant, ces réalités constituent pour nous, pour nos sens, un mystère total.

La science n’est parvenue à connaître la substance d’aucune chose. Absolument aucune.

Nous ne connaissons que des noms, en ignorant ce qu’ils recouvrent. Nous échangeons des termes techniques sans savoir ce qu’ils représentent en fait.

Lorsque Dieu a instruit Adam, Il ne lui a appris que des noms, sans lui en révéler le contenu.

« Il a appris à Adam le nom de tous les êtres. » (Coran : 2, 31)

Telles sont les limites de la science.

Quiconque aspire à la science cherche à découvrir des rapports, des mesures… Mais il ne peut absolument pas saisir l’essence, la substance ou la nature des objets de sa recherche. Il se familiarise avec ces objets, mais toujours selon leurs apparences et tels qu’il les perçoit de l’extérieur.

Bien qu’il soit, grâce aux théories, au contact immédiat de la substance secrète des choses, il doit se contenter de pures hypothèses, de représentations de questions qui restent, pour les instruments qu’il utilise, purement mystérieuses et conjecturales.

Le mystère a sa place dans la science de notre époque, une science qui erre dans le labyrinthe des hypothèses.

Après avoir été inondée de mystères, la science ne peut plus maintenant se révolter contre eux.

Il est donc mieux pour nous de croire en Celui qui connaît le mystère, le Créateur Bon et Généreux, Lui dont nous voyons la trace pour peu que nous sachions ouvrir les yeux, écouter la moindre pulsation de notre cœur ou faire place à la contemplation.

C’est pour nous plus honorable que de nous perdre dans les hypothèses.

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Par Marc Chartier
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Jeudi 5 octobre 2006
Ce que m'a appris la solitude

Dites-vous la vérité ?

À cette question, tous répondent par l’affirmative, car tout un chacun s’imagine être véridique. Il se peut qu’un tel avoue un mensonge ou deux ; il s’imagine alors avoir atteint le summum de l’exactitude et de la franchise en ayant affirmé une vérité impossible à contrôler.

Permettez cependant que nous revenions ensemble sur cette prétention largement répandue. Nous découvrirons que la véracité est chose extrêmement rare, voire qu’il n’y a quasiment personne qui dise effectivement la vérité.

En fait, nous nous faisons presque tous illusion sur nous-mêmes lorsque nous pensons faire partie de ceux qui disent la vérité.

Bien plus ! Nous commençons à mentir dès notre réveil, avant même que nous n’ayons exprimé le moindre mot.

Parfois, notre simple façon de nous peigner est un mensonge. Celui qui adopte une coiffure à la hippie pour paraître plus jeune qu’il n’est en réalité est un menteur, au même titre que la vieille qui se teint les cheveux pour la même raison.

La perruque sur le crâne du chauve, le dentier dans la bouche de l’édenté, le maillot de sport qui cache un marcel, le corset et la ceinture de flanelle autour d’un ventre bedonnant, le soutien-gorge sur une poitrine épuisée par l’allaitement, tout cela n’est que mensonge.

Le maquillage par lequel on tente de dissimuler les rides du visage est un autre mensonge silencieux.

La poudre, le rouge à lèvres, le fard et les faux cils sont autant d’autres mensonges exprimés par le langage silencieux des faits, avant que quiconque n’ait ouvert la bouche pour parler.

La tresse d’écolière portée par la femme de trente ans est un mensonge.

Le chewing-gum que mâche l’adulte est un mensonge encore plus honteux.

Tout cela, alors que l’on n’a pas soufflé le moindre mot ni desserré les dents !

Et si quelqu’un ouvre la bouche pour dire bonjour, il le fait par habitude, machinalement, autant à l’adresse de ceux auxquels il veut du bien qu’à celle de ceux auxquels il veut du mal. Il ment ! Il invoque la paix sur une personne à l’égard de laquelle il nourrit des sentiments hostiles ; par conséquent, il ment.

S’il prend le téléphone, il se met à demander ce qu’il ne veut pas, tout simplement parce que c’est la coutume… Il ment ! Il se peut qu’il refuse au-dedans de lui-même ce qu’il demande par honte ou affectation. Il ment encore une fois !

Il en est de même du garçon et de la fille qui, deux heures durant, parlent de tout sauf ce de ce qu’ils brûlent d’envie de s’avouer ouvertement l’un à l’autre…

Ou encore de la fille du bar qui entreprend de vous parler d’amour alors que c’est le cadet de ses soucis et qu’elle n’est attirée que par votre portefeuille. Et combien de bouteilles de champagne n’avez-vous pas sablées en son honneur !

La publicité qui vous vante l’arome d’une cigarette et ses avantages pour la santé… un mensonge !

La réclame qui vous dit que le cachet d’aspirine guérit de la grippe… un mensonge, déjà d’un simple point de vue pharmacologique !

Tout ce qui se manigance dans le monde du commerce débute par le mensonge.

La photo du joueur de tennis qui tient en main une bouteille de whisky, celle du lion qui cajole une bouteille de quinquina et celle du champion de course à pied qui fume une cigarette : autant de sortes de mensonges attrayants que vous voyez tapisser les murs et les couvertures de magazines ou apparaître dans les annonces publicitaires au cinéma ou à la télévision, comme si le mensonge faisait impunément partie des mœurs commerciales.

Dans le monde de la politique et des politiciens, dans l’enceinte de l’Organisation des Nations unies et dans la bouche des diplomates, nous constatons que le mensonge est de règle. Le fin du fin dans l’art de la diplomatie consiste même en ceci : comment peut-on donner au mensonge l’apparence de la vérité ? Comment dire ce que l’on ne veut pas dire et cacher ce que l’on veut dire ? Comment aimer ce que l’on hait et haïr ce que l’on aime ?

Cela me rappelle l’anecdote que l’on a racontée de Churchill lorsqu’il vit une tombe sur laquelle était inscrit : « Ci-gît l’homme sincère et le grand politicien… » Il dit en souriant : "C’est bien la première fois que je vois deux hommes enterrés dans le même tombeau !"

Il était impossible pour Churchill que l’homme sincère et le grand politicien fussent un seul et même homme car, pour lui, la première des aptitudes à la grandeur politique était le mensonge.

La condition sine qua non de la politique est que la vérité soit celée au profit de l’intérêt, que le sentiment soit retenu au profit de la rouerie, de l’astuce, de la débrouillardise et de la machination.

Le diplomate qui exprime franchement son sentiment est un diplomate stupide, pour ne pas dire qu’il n’est pas diplomate pour un sou !

Dans le domaine de la religion et du culte, le mensonge caché émerge subrepticement de derrière les rites et les cérémonies.

Le mois de Ramadan, qui est celui du jeûne rituel, se transforme en mois consacré à la nourriture. Les hors-d’œuvre, les douceurs, les conserves au vinaigre… font leur apparition. C’est le mois de la kunâfa, des confitures d’abricots, de beignets au miel, des amandes et des noisettes. La consommation de la viande augmente et les statistiques prouvent qu’elle vient à manquer. Ramadan est devenu le mois où l’on fait bombance.

Sur cent personnes qui prient, plus de quatre-vingt-dix se tiennent devant Dieu, distraites et préoccupées par leur seul bien-être matériel. Dans le culte qu’elles rendent à Dieu, elles ne font en réalité que se prosterner devant leurs intérêts et leurs projets.

Les papes du Moyen-Âge ont vécu dans le luxe des rois et des sultans. Ils ont nagé dans l’or et la soie, jaloux de leur autorité et de leur prestige. Ils ont possédé fiefs et palais au nom de la religion, au nom de l’Évangile qui déclare : « Le riche n’entrera dans le Royaume de Dieu que si le chameau passe par le chas d’une aiguille. »

S’imaginant être propriétaires du paradis, ils sont devenus négociants en indulgences.

En amour également, nous constatons que la tromperie est le comportement le plus communément admis. Chacun se trompe lui-même et trompe l’autre, tantôt de manière consciente, tantôt inconsciemment. On parle d’amour alors qu’en fait, on cherche une bonne excuse, honorable et acceptable, pour parvenir à partager le même lit. L’amant s’imagine que l’amour l’a rendu fou alors qu’en réalité et quoi qu’il en dise, il ne pense qu’à lui-même.

Dans les sociétés civilisées, l’amour est pratiqué comme une sorte de passe-temps, comme une façon de montrer que l’on est expert en la matière. Ou bien on y voit une manière comme une autre d’afficher ses conquêtes.

La parole d’amour est parfois un mensonge mielleux derrière lequel se cache un désir pervers de posséder, accaparer et dominer. Elle peut être aussi un plan minutieusement ourdi, un piège pour accéder à quelque héritage. Dans les cas les plus fréquents, elle est un moyen pour parvenir à un plaisir passager, une façon comme une autre de se mettre du baume au cœur, toute honte bue et sans éprouver le moindre remords.

Elle est notre subterfuge permanent pour vaincre notre sentiment de culpabilité. La femme se dévêt du dernier de ses effets et elle se rassure elle-même en se disant qu’elle est victime de l’amour, que l’amour est un sentiment pur, voulu et décrété par Dieu, qu’elle n’est pas la première à être aimée ni la dernière à se donner.

Nulle part ailleurs que dans l’amour, on ne trouve un tel tissu moelleux de mensonges. En toute parole, dans chaque attouchement gît un mensonge. L’instinct sexuel lui-même est menteur. Avec quelle rapidité ne s’enflamme-t-il pas, pour s’éteindre tout aussi rapidement ! Avec quelle rapidité la gêne et le dégoût ne vous saisissent-ils pas, et vous demandez à changer de nourriture !

La vérité en amour est rare, plus rare que le diamant dans le désert. Elle est le lot des personnes droites, non de la commune masse humaine.

Chants et romans d’amour agissent de concert et complotent eux aussi pour tendre des pièges de mensonges embellis et séduisants. Ce sont des accroches ensorceleuses, faites d’illusions, de rêves en rose, d’images tape-à-l’œil et trompeuses : un baiser, une étreinte, le lit partagé, le plaisir de la souffrance, la morsure de la privation, les larmes sur l’oreiller, la pâmoison de bonheur, la reprise de conscience au moment de la séparation…brume sur brume… parfums et images alléchantes dessinées par la plume d’artistes qui sont de fieffés menteurs !

Le mensonge dans l’art est une habitude ancienne qu’ont introduite les poètes depuis les temps les plus reculés. Les panégyriques et les satires sont, dans notre poésie arabe, la marque de cette habitude néfaste.

L’art est le fruit de la passion, de l’imagination et de l’humeur du moment.

Que de mensonges pour sûr !

Nous mentons même à table, car nous mangeons alors même que nous sommes rassasiés.

Où donc est la vérité ?

Quand survient-il ce bref instant durant lequel nous aspirons au vrai, et au vrai seul ?

Rarement !

Dans le laboratoire du savant qui pose les yeux sur un microscope, en quête d’une vérité.

La raison est alors éveillée, animée d’un désir vrai et sincère, conduite dans sa recherche par une parfaite impartialité. Elle réfléchit en toute objectivité, guidée par des chiffres exacts, des mesures et des lois.

La science est la vision objective des choses, indépendante de la passion et de l’humeur de caractère. Son unique outil est la recherche minutieuse et le regard scrutateur.

L’autre moment de vérité est celui où l’on est seul avec soi-même, lorsque commence ce langage secret, ce dialogue intime où l’on écoute sa voix intérieure, sans crainte qu’aucune autre oreille ne se soit mise furtivement à l’écoute.

On parvient alors au plus secret de son être pour le révéler, le reconnaître et le soustraire aux profondeurs en l’amenant à la surface de la claire conscience, dans un élan sincère de compréhension.

C’est là l’un des moments les plus précieux.

La vie s’arrête à cet instant-là pour en manifester la sagesse.

Le cours du temps s’interrompt pour se muer en un sentiment durable de présence : nous nous trouvons face à la vérité, sans mensonge, ni tricherie, ni fraude, comme à l’heure de la mort et du râle de l’agonie.

Nous découvrons alors que nous avons vécu notre vie entière pour cet instant, que nous avons souffert et peiné pour parvenir à cette précieuse connaissance de nous-mêmes.

Il se peut que cet instant survienne une fois dans la vie et la vie entière en dépend par la suite.

Mais s’il se fait attendre, s’il n’arrive qu’au moment de la mort, la vie est perdue, privée de sens et de sagesse. Elle est dévorée par les mensonges et l’éveil de la conscience se produit lorsqu’il est trop tard.

C’est pourquoi le recueillement a toujours été nécessaire et sacré pour l’homme vivant à une époque qui s’est égarée dans les régions désolées du mensonge et de la falsification. Il est pour lui une bouée de sauvetage, une approche de la délivrance.

L’homme est seul et meurt seul ; il parvient seul à la vérité. Il n’est pas exagéré de décrire le monde d’ici-bas en ces termes : vanité des vanités, tout est vanité et poignée de vent.

Tout ce que nous voyons autour de nous en ce bas monde est caractérisé par la vanité et la fausseté.

Nous nous entretuons par vanité, pour satisfaire un orgueil menteur.

Notre monde est une comédie avant que d’être une tragédie.

Et pourtant, nous brûlons du désir de parvenir au vrai et nous mourons, heureux, sur le chemin qui y mène.

Le pressentiment du vrai nous comble pleinement, même si nous sommes incapables d’y accéder.

Nous sentons qu’il nous remplit le cœur, même si nous ne le voyons pas autour de nous.

Ce sentiment qui nous oppresse est la preuve de l’existence du vrai.

Même si nous ne le voyons pas et n’y accédons pas, le vrai est en nous. Il nous stimule. Il est cet idéal absolu qui ne quitte pas un seul instant notre conscience. Notre regard intérieur est ouvert sur lui, constamment.

La méditation sereine nous achemine vers lui, de même que la science et le regard introspectif.

Notre regard intérieur nous conduit vers lui.

Dans le Coran, Dieu est le Vrai : c’est l’un de ses Beaux-Noms.

Tous les indicateurs intérieurs dont il vient d’être question sont pointés vers Lui.

Il surpasse le monde terrestre. Il le transcende.

Nous Le voyons par notre "clair-voyance", non avec l’œil de notre corps.

Notre esprit, par toute la force de son penchant et de son élan, en est la preuve.

Il est on ne peut plus étrange que d’aucuns nous demandent une preuve de l’existence de Dieu, de l’existence du Vrai, alors qu’ils tendent vers Lui de tout leur être et de tout leur cœur.

Comment peut-Il être objet de doute Celui vers qui sont orientés tous les cœurs, terme de leur affection et but auquel tend tout regard "clair-voyant" ?

Comment douter de son existence, alors qu’Il est maître de tous nos sentiments ?

Comment douter du Vrai et demander à ce qui n’est que vanité d’en fournir la preuve ?

Comment déchoir, sous l’effet d’une logique frauduleuse, à un tel degré de contradiction et faire de ce qui est le cœur même de l’Être et la Vérité des vérités l’objet d’une question ?

Je n’ai de conseil plus précieux à donner que celui-ci : que chacun d’entre nous retourne à sa nature première ; qu’il revienne à son état de pureté et d’innocence originelles, non polluées par les circonlocutions de la logique et les distorsions de la raison.

Que chacun, dans la solitude, interroge son cœur ! Et son cœur lui montrera le chemin de la vérité.

Dieu a déposé en notre cœur une boussole infaillible : notre nature originelle et la connaissance spontanée.

Cette nature n’est sujette à aucune altération ou déformation, car elle le pivot et le cœur de l’existence. C’est sur elle que repose le tout de la connaissance et de la science.

« Accomplis les obligations de la religion en vrai croyant

et respectant la nature que Dieu a donnée aux hommes en les créant.

Il n’y a aucun changement dans la création de Dieu. » (Coran : 30, 30)

Dieu a voulu que cette nature tende vers Lui continuellement et soit attirée par Lui, comme l’aiguille de la boussole pointant vers le nord.

Que chacun de nous soit comme le lui dicte sa nature, sans plus !

Et sa nature lui indiquera le Vrai.

Sa nature originelle le conduira vers Dieu. Tout simplement…

Sois ce que tu es !

Et tu te guideras toi-même vers le Droit Sentier.





Par Marc Chartier
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Jeudi 5 octobre 2006

Pourquoi la souffrance ?

La question de la rétribution a toujours suscité une objection de la part des intellectuels. Comment Dieu, affirment-ils, peut-Il nous éprouver par la souffrance alors qu’Il est Amour ? En fait, ils oublient qu’un père, avec toute l’affection qu’il porte à son fils, peut quand même le punir en le privant d’argent de poche, en le châtiant corporellement ou en usant à son égard de la manière forte. Le souci qu’il a de son éducation croît à la mesure de l’amour qu’il lui porte. S’il s’en désintéressait, on blâmerait son amour paternel et l’on dirait : voici un père négligent qui ne prend pas suffisamment soin de ses enfants !

Et qu’en est-il de Dieu, lui, l’Éducateur suprême ?

En réalité, « Dieu est Amour » est une expression trompeuse. Nombreux sont ceux qui la comprennent mal ou qui lui donnent une portée absolue. Ils s’imaginent que Dieu est Amour, absolument parlant. Or c’est une erreur.

Dieu aime-t-Il l’injustice par exemple ?

Impossible !

Il n’est pas possible que Dieu aime l’injustice ou ceux qui la commettent et qu’à ses yeux, l’oppresseur soit l’égal de l’opprimé. Une telle représentation de la Puissance divine est un non-sens.

Dieu ne peut qu’être éminemment supérieur à tous les oppresseurs. Il est le Tout-Puissant face aux puissants de ce monde. Il est le Dieu Très-Haut et Fort dont la Gloire confond les orgueilleux et rabaisse les prétentieux. Il est le Juste Juge assignant à chaque être humain sa place et son rang.

Suivant les lois précises que nous observons dans notre monde terrestre ou dans l’espace, nous attribuons à Dieu la qualité de Justice et notre déduction n’a rien que de très logique.

Toutes ces évidences sont pour nous des preuves tangibles que Dieu est Juste, qu’Il organise et dirige le monde avec Sagesse.

C’est à ceux qui nient l’ordre et la justice, et non à ceux qui y croient, de fournir des preuves.

Quant à ceux qui nient catégoriquement l’épreuve de la souffrance et refusent d’admettre que l’homme soit dominé par une force et des lois qui le dépassent, nous les invitons à regarder ce qui se passe ici-bas, dans leur monde terrestre, sans même qu’il soit besoin de supposer l’existence d’un Au-delà.

Il n’est personne qui ne sache d’expérience ce qu’est un mal de dents qui vous transperce le cerveau, comme une scie vous fendrait la tête.

Les coliques néphrétiques, les névralgies, les arthralgies, la tuberculose osseuse, ce sont là d’autres enfers endurés par ceux qui en ont été victimes.

Une visite au pavillon des grands brûlés à l’hôpital Qasr al-Aynî du Caire convaincrait quiconque de la grande différence existant entre un homme brûlé et défiguré qui hurle de douleur, prisonnier de ses bandages, et celui qui sirote un thé sur les bords du Nil, prenant du bon temps en compagnie d’une belle qui lui fait les yeux doux.

La souffrance est une réalité tangible.

L’homme est dominé par une force qui le dépasse. Il n’a aucun moyen de la capter.

Que le croyant appelle cette force "Dieu", ou que l’athée la dénomme "Nature", "lois naturelles" ou "loi suprême", cela revient au même. Simple question de mots ! Mais nous sommes contraints d’admettre qu’une force domine l’être humain et le cours des événements. D’admettre que cette force châtie, et parfois violemment.

Certaines personnes à l’âme sensible déplorent que Dieu soit représenté comme un Tout-Puissant qui châtie. À ces personnes-là, nous nous devons de rappeler ce que faisaient les Califes turcs lorsqu’ils condamnaient leurs ennemis au supplice du pilori. Le bourreau chargé de l’exécution du jugement mettait la victime sur le ventre ; puis il lui plantait une lance à pointe de fer dans le bas-ventre. Lentement, par à-coups, il lui transperçait le corps de part en part, jusqu’à faire ressortir la lance par le cou. La victime devait rester en vie le plus longtemps possible pour ressentir tout son compte de souffrances.

Plus atroce encore était le supplice enduré par les prisonniers dont on crevait les yeux avec des fers chauffés au rouge.

Faut-il alors que Dieu offre le thé aux coupables de telles cruautés pour leur prouver qu’Il est Amour ?

Puisqu’il n’y a pas d’autre moyen de leur faire comprendre qu’il y a un Dieu Juste, l’enfer qu’ils méritent est le sommet de l’Amour.

Pour ceux qui ont refusé de se laisser instruire par l’ensemble des Livres révélés et des Prophètes, pour ceux qui ont même accusé de mensonge les principes premiers et les vérités les plus élémentaires de la raison humaine, l’enfer est Miséricorde : il leur permet d’apprendre et de comprendre ce qu’il ont refusé d’admettre ici-bas.

Est-il juste qu’Hitler, au cours d’une guerre mondiale, tue vingt millions d’êtres humains, massacrant les prisonniers des camps de concentration, les condamnant par milliers à la chambre à gaz et au four crématoire, pour finalement se suicider, la défaite survenue, afin de ne pas avoir à affronter les conséquences de ses crimes ?

Que le monde ne soit qu’un tas d’absurdités, et alors seule l’absurdité pourrait sauver ce criminel de sa faute !

Mais rien autour de nous, dans ce monde de précision et de beauté, n’est indice d’absurdité. Tout, des plus grandes étoiles aux plus minuscules atomes, parle d’ordre, de précision, d’exactitude.

Dieu ne peut être réellement Amour, Il ne peut être Juste que si un tel criminel connaît les profondeurs de l’abîme où l’ont plongé ses actes.

L’homme sensé, à l’esprit sagace et méditatif, n’a point besoin de philosopher pour percevoir la réalité du châtiment. Il la perçoit en lui-même, à l’intérieur de sa conscience. Ou bien dans le regard des malfaiteurs et des criminels. Ou encore dans les larmes des opprimés et les souffrances de ceux que l’on outrage, dans l’humiliation des prisonniers et l’arrogance des vainqueurs, dans le râle des mourants…

Lorsque le remords le saisit, le criminel perçoit l’existence du châtiment et du jugement. Le remords est la voix de la nature au moment de la faute. Il est une amorce de la comparution finale au Dernier Jour, un échantillon du Jugement Dernier.

Le remords est un signal d’alarme qui clignote dans l’âme, rappelant que les actes seront pesés selon le critère du bien et du mal. Ceux qui font le bien sont sur le Droit Chemin et leur cœur est en paix. Ceux qui commettent le mal croupissent dans le gouffre du remords, le cœur endolori.

Les épreuves endurées ici-bas sont toujours une sorte de leçon, soit pour les individus, soit pour les nations… Ce fut le cas lors de la défaite du Sinaï en 1967, au même titre que l’échec pour l’étudiant, ou que les souffrances de la maladie et les ennuis de santé pour qui vit dans la prodigalité, l’opulence et le plaisir.

L’âme se purifie au creuset de la souffrance.

Nous ne connaissons aucun Prophète, réformateur, artiste ou génie qui n’ait goûté l’amertume de la souffrance dans la maladie, la pauvreté ou la persécution.

Vue sous cet angle, la souffrance est Amour. Elle est la dette à payer pour parvenir à un degré supérieur.

Si parfois la sagesse sous-jacente à la souffrance nous échappe, c’est parce que nous ne savons pas tout. Notre connaissance est limitée et nous ne possédons pas le fin mot de l’histoire. Nous devons nous contenter de l’étape qui a pour nom le monde d’ici-bas. Quant à ce qui précède et ce qui suit cette parenthèse, c’est pour nous un mystère qui demeure voilé. Il nous faut donc nous en tenir à un silence respectueux, nous abstenant de porter tout jugement.

Quelle forme prendra le châtiment lors du Jugement Dernier ? Impossible de le savoir précisément, car l’Au-delà n’est pour nous que mystère. Les affirmations des Livres saints sur ce sujet s’en tiennent sans doute à des symboles, par mode d’allusion. Au jeune garçon qui nous demande ce qu’est le plaisir sexuel, nous répondons : c’est quelque chose qui ressemble au sucre ou au miel. Nous ne trouvons rien d’autre qui réponde à son expérience. Pour lui, le plaisir sexuel est un mystère : on ne peut lui décrire qu’avec les mots qu’il comprend, car il s’agit d’une expérience qu’il n’a jamais faite.

Il en va de même pour le paradis et l’enfer : nous n’en avons aucune expérience. C’est un mystère qu’on ne peut décrire avec nos mots d’ici-bas. On ne peut en parler qu’en termes approximatifs : le feu, par exemple, ou les jardins aux fleuves irriguant une végétation luxuriante. Mais qu’en sera-t-il exactement ? Cela dépasse de loin toutes nos descriptions approximatives de ce qui reste invisible et inimaginable pour l’être humain.

On peut affirmer, sans crainte d’erreur, que l’enfer est la demeure inférieure, avec son lot de tourments sensibles et spirituels, et que le paradis est la demeure supérieure, avec ce qu’il réserve de bonheur sensible et spirituel.

Pour les mystiques, l’enfer est la demeure de l’éloignement et de la séparation de Dieu, alors que le paradis est celle de la proximité de Dieu, source d’une indicible félicité.

« Qui aura été aveugle en ce monde,

le sera dans l’Autre,

voué à des ténèbres plus profondes. »

L’aveuglement est ici l’absence de "clair-voyance".

La distance séparant l’enfer du paradis ressemble donc davantage à la différence entre un aveugle et un voyant, entre celui qui marche sur le Droit Chemin et celui qui emprunte le sentier de l’erreur. Dans l’Au-delà, la différence sera extrême :

« Considère comment Nous avons préféré

certains d’entre eux aux autres.

Il y aura des degrés élevés dans la Vie future

et une supériorité encore plus grande. » (Coran : 17, 21)

Qui héritera de la demeure inférieure connaîtra l’état de celui qui est consumé par le feu, ou pire encore !

Telle est la loi de la préséance qui régit l’existence, de l’ici-bas à l’Au-delà, du monde terrestre au monde céleste, du monde visible au monde invisible.

À chacun son degré, son rang et la place qu’il mérite. Il n’est pas deux êtres qui soient égaux.

On ne peut passer d’un rang à l’autre que moyennant la somme correspondante d’efforts, de travail, d’expériences et d’épreuves subies. Qui aura occupé le dernier rang ici-bas, par suite d’un manque total de "clair-voyance", sera encore relégué au dernier rang dans l’Au-delà.

En ce sens, le châtiment est justice.

Et de même la récompense.

Les deux sont la conséquence d’une impérieuse nécessité.

Que l’acier soit le métal le plus résistant et qu’il serve à la fabrication des moteurs…

Que le caoutchouc soit élastique et qu’il serve à fabriquer des pneus…

Que la paille soit flexible et qu’elle serve à la fabrication des balais…

Que le bon coton serve à fabriquer des coussins, et le mauvais à nettoyer les éviers…

Ce sont là des évidences inscrites dans la nature et affirmées par la saine logique, sans nul besoin d’avoir recours à des essais philosophiques ou à un agencement de causes et de circonstances.

C’est pourquoi les affirmations contenues dans les religions sont conformes à la saine nature. Elles ne sont sujettes ni à controverse ni à démenti, car elles expriment des vérités absolues acceptées par la droite raison et non viciées par les circonlocutions de la philosophie ou de la dialectique…. la raison qui, ayant sauvegardé sa virginité et sa pureté, est exempte de toute trace d’obstination ou de vanité.

Les mystiques affirment ainsi que l’existence de Dieu n’a pas à être prouvée. Dieu est la Preuve Suprême où tous les êtres trouvent leur justification.

Il est l’Immuable par qui nous connaissons les êtres changeants.

Il est l’Essence en laquelle nous connaissons la variété des phénomènes.

Il est la Preuve par laquelle nous saisissons la sagesse du monde éphémère.

La raison qui exige une preuve de l’existence de Dieu a perdu toute capacité de discernement.

C’est la lumière qui nous révèle les choses visibles, non le contraire. Si nous n’admettons pas cette évidence, nous ressemblons à celui qui, marchant à la lumière du jour, en arriverait à demander : « Démontrez-moi qu’il fait jour ! Fournissez-moi des preuves ! »

Une fois disparues l’intégrité de la nature et la pureté du cœur, place à la controverse, aux ratiocinations de la philosophie et aux théologies ! Mais il a tout perdu celui qui en arrive à ce point. Il tourne en rond, indéfiniment, sans jamais parvenir au but.

Certains se révoltent contre les malheurs de ce monde. Aigris et exaspérés, ils maudissent la vie comme étant insupportable : « C’en est assez ! On ne m’a pas demandé mon avis pour me mettre au monde ! J’ai été créé malgré moi, et maintenant, je suis inexorablement condamné à souffrir, victime d’une cruelle injustice… »

Dans leur révolté exacerbée, ces personnes font penser à l’acteur de théâtre qui, dans le rôle qu’il interprète, doit être roué de coups, chaque jour, sous les yeux des spectateurs. Si cet acteur perdait la mémoire et ne voyait plus, dans le déroulement de sa vie, que cette parenthèse du rôle qu’il tient chaque jour sur la scène, il se révolterait, refusant de se soumettre au châtiment. Il se dirait : « On ne m’a pas demandé mon avis ! On m’a créé malgré moi. Je suis impitoyablement condamné à la souffrance. On m’a contraint à subir ce mépris, au vu et su de tout le monde, sans motif raisonnable ni possibilité de choix au point de départ. »

Ledit acteur en viendrait alors à oublier l’accord préalable comportant l’offre d’emploi de la part du metteur en scène, son acceptation d’acteur, la signature du contrat et l’engagement à respecter ce contrat. L’accord a été conclu librement avant la représentation. L’acteur a accepté son rôle de plein gré. Il se peut que ce rôle lui ait plu et qu’il l’ait même recherché.

Mais voilà ! Il a complètement oublié le laps de temps précédant l’apparition sur scène. La vie, avec son lot de soucis et de souffrances, est devenue pour lui un point d’interrogation, une déconcertante énigme.

Tel est le sort de l’homme pour qui la vie est restreinte à l’existence du corps dans sa durée terrestre. Il se croit condamné à périr et à retourner en poussière. Pour lui, il n’est pas d’autre sort que l’existence tridimensionnelle sur la scène de la misérable vie d’ici-bas.

Cet homme a oublié qu’il fut esprit lors de sa préexistence céleste et qu’il est venu en ce monde, lié par un contrat auquel il avait auparavant donné son consentement. Il a oublié le contrat et le pacte passés entre lui et son Créateur, le grand metteur en scène du drame de l’existence terrestre. Il a oublié qu’au terme de ce drame, il y aura la résurrection et le Jugement Dernier, de même qu’une pièce de théâtre doit affronter les avis de la critique. Ou bien cette pièce trouve l’audience du public, ou bien elle est un fiasco. Ou bien elle retient l’attention, ou bien elle passe inaperçue.

Voilà où mènent l’oubli et l’inadvertance.

Tout s’arrêtant pour lui au monde d’ici-bas, le regard étroit et borné égare la pensée et explique que l’on soit désemparé face à l’épreuve, au mal, à la souffrance.

De là vient la dénomination du Coran comme un Rappel, une remise en mémoire, pour que les hommes doués d’intelligence se souviennent.

Le Prophète est celui qui énonce ce Rappel :

« Fais entendre le Rappel !

Tu n’es que celui qui fait entendre le Rappel et tu n’es pas chargé de les surveiller. »

(Coran : 88, 21-22)

La vie terrestre n’est pas toute l’histoire. Elle n’est qu’un chapitre du roman. Le récit commence avant la naissance et aura une suite après la mort.

Dans les pages de ce roman pris globalement, la souffrance prend son sens.

Les souffrances terrestres deviennent un signe de la Miséricorde par laquelle Dieu nous avertit de la torpeur qui nous menace. Par elles, Il tente de nous tirer de notre sommeil pour nous tenir éveillés et attentifs. Elles nous rappellent constamment que la vie d’ici-bas n’est pas ni ne peut être un paradis, mais une simple étape. Ne miser que sur cette vie terrestre comme telle, c’est s’enfermer dans une inconscience fatale.

La punition est apparemment un châtiment ; elle est en réalité une preuve de Miséricorde divine.

Le châtiment dans l’Au-delà réside dans la prise de conscience subite de la Vérité et de la Justice absolues auxquelles n’échappe aucun atome de bien ou de mal. Il consiste dans la certitude de l’existence d’un Ordre divin conformément auquel le Créateur a façonné toute chose.

« Vénère ton Seigneur

jusqu’à ce que te parvienne la certitude ! » (Coran : 15, 99)

Cette « certitude » vient avec la mort et ce qui suit la mort.

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Par Marc Chartier
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Jeudi 5 octobre 2006

La Justice éternelle

Observez le chat lorsqu’il saute à la dérobée sur la table de ses maîtres pour y chaparder une tranche de poisson…

Observez-le ! Notez son regard à l’instant du larcin ! Jamais vous n’oublierez le sentiment de culpabilité qu’il trahit.

Avec sa seule intelligence animale, le chat ressent de façon obscure qu’il est fautif. Donnez-lui une tape pour le punir, il prendra un air dépité, la tête basse, comme s’il percevait vaguement qu’il n’avait reçu que ce qu’il méritait.

Ce pressentiment est inné, inhérent à la nature que la créature hérite de son Créateur. Tel est le sens moral premier dont nous trouvons trace jusque chez l’animal.

Le chien qui a fait ses besoins se met à flairer ce qu’il vient de faire et à gratter la terre par-dessus pour le cacher aux regards. Sa réaction instinctive prouve une perception de ce qui est honteux et un empressement à le dissimuler.

Un tel comportement est inné, non acquis par l’apprentissage. Tous les chiens l’adoptent dès leur naissance.

Il en est de même de la colère du chameau qui a été longtemps délaissé par son maître et qui est à bout de patience. Ou encore de l’orgueil du lion qui ne condescend pas à attaquer sa proie en traître, par l’arrière. C’est toujours par devant qu’il fond sur elle, de face. Il ne la tuera que pour se nourrir et ne cherchera à se nourrir, donc à tuer, que lorsqu’il est affamé.

Toutes ces mœurs sont viscérales, inscrites dans la nature même des animaux.

Fidélité du couple chez les pigeons…

Attachement au groupe chez les animaux se déplaçant en troupeaux…

Ces premières bases de la conscience morale, les animaux les portent dans le sang. Elles sont inhérentes à leur constitution naturelle et non le fruit de quelque apprentissage.

Nous-mêmes, avant d’agir, nous hésitons par suite d’un sentiment inné de notre responsabilité. Une fois l’action en cours, nous éprouvons l’obligation qui nous harcèle de poursuivre le bien. Finalement, lorsque nous avons commis une faute, le remords nous accable.

Ces sentiments innés, que partagent aussi bien l’intellectuel que le primitif ou l’enfant, sont la marque d’une intuition qu’a tout homme de l’existence d’une loi, d’un ordre, d’un jugement final, d’une justice qui est à la fois une obligation et un droit. Dès notre naissance, nous portons en nous cette intuition. Elle nous vient de notre nature même, du Créateur qui nous a façonnés.

Considérons maintenant le monde de la matière, de l’infiniment petit (l’atome) à l’infiniment grand (les galaxies). Nous constatons que tout s’y déroule conformément à des lois, avec ordre et précision.

Dans la sphère du noyau atomique, l’électron ne saute d’une orbite à l’autre qu’en émettant ou recevant une quantité d’énergie équivalente à la valeur de son déplacement, tel le passager ne pouvant voyager en train que s’il paie le montant de son billet.

La naissance et la mort des étoiles ont leurs lois et leurs causes.

Le mouvement des planètes est établi en fonction des lois de la gravitation universelle.

La transformation de la matière en énergie et l’irradiation solaire suivent certaines constantes précises.

La lumière se déplace à une vitesse donnée.

Chaque onde a une longueur, une amplitude et une vitesse déterminées.

Chaque métal produit un spectre et a des lignes d’absorption distinctives observables au spectroscope.

Sous l’effet de la chaleur et du froid, les métaux se dilatent et se contractent selon une certaine mesure. Chacun a une masse, une densité, un poids atomique, un poids moléculaire, des constantes et des propriétés caractéristiques.

Einstein a établi qu’il existe une relation entre la masse d’un corps et sa vitesse, entre le temps et le mouvement suivi à l’intérieur d’un ensemble en mouvement, entre le temps et l’espace.

La répartition des corps en solides, liquides et gaz tient à la vitesse de déplacement de leurs molécules. Sous l’effet de la chaleur, cette vitesse s’accélère : les solides fondent et se liquéfient ; les liquides s’évaporent et se transforment en gaz.

L’électricité est engendrée suivant certaines lois. Le courant électrique se propage, agit et influe différemment selon la tension et la puissance.

Chaque étoile obéit aux lois de la gravitation en fonction de son volume et de sa masse.

Les secousses telluriques, enfin, qui ressemblent à un chaos, suivent une progression bien précise, respectant un tracé qu’il est possible de relever et d’identifier sur toute la surface du globe terrestre.

L’univers en son entier représente donc un ensemble de lois précises, évidentes et infaillibles.

D’aucuns pourront protester : « Oui ! Mais que penses-tu de ce monde qui est le nôtre ? De ce monde de fraudes, de tricheries, de guerres, d’injustices, d’anarchie ? De ce monde d’iniquité où les hommes s’entretuent, poussés par la haine ? »

Je leur répondrai : c’est autre chose ! Car ce qui se passe chez nous, dans notre monde des humains, est dû au fait que Dieu nous a confié la terre en nous y établissant seigneurs et en nous pourvoyant de liberté. Il nous a fait l’offre du dépôt, et nous avons accepté.

Le don qui nous est fait de la liberté signifie que nous pouvons nous tromper ou être dans le vrai.

Ce que nous constatons autour de nous, dans notre misérable monde humain, est la conséquence d’une liberté mal utilisée.

Le chaos est notre œuvre à nous. Il est le fruit de notre liberté.

Mais le monde comme tel est un chef-d’œuvre de précision et d’ordre, un ordre auquel Dieu pourrait, s’Il le voulait, nous contraindre, tout comme Il y a soumis montagnes, mers, étoiles et espace. Mais Dieu a écarté de nous cette possibilité, pour accomplir toute justice, pour que chacun de nous puisse agir librement, comme il l’entend et selon ce que lui dicte sa conscience.

Telle est la justice voulue par Dieu pour que, dans l’Au-delà, chacun de nous hérite de la place et du rang qui lui échoient. La vérité apparaîtra alors et chacun recevra ce qui lui revient.

La vie ne connaît pas d’interruption.

Celle que nous vivons ici-bas n’est pas toute la vie, mais une période transitoire, faite d’iniquités et de désordres. Elle a pourtant sa sagesse et sa raison d’être. En toute justice, elle est un examen de passage donnant accès à la vie éternelle.

Notre vie terrestre est une parenthèse sise entre un avant et un après. Elle n’est pas toute la vérité ni ne donne le fin mot de l’histoire. Elle représente seulement un petit chapitre d’un roman qui est loin d’être achevé.

Écoutant la voix de sa nature, l’être humain, à commencer par le primitif, a perçu la réalité de l’Au-delà.

Les Prophètes l’ont affirmée, après information reçue du Mystère.

La raison, elle aussi, l’atteste. Nous y avons fait allusion plus haut : la science perçoit que l’homme est corps et esprit.

L’homme est conscient de la réalité de son esprit, grâce à l’intuition profonde et durable qu’il a d’une présence à lui-même, malgré l’avalanche des mutations temporelles environnantes. Par là, il est informé de l’être intérieur qu’il possède, un être insensible aux changements, qui transcende le temps, le néant, la mort.

Certains philosophes faisant autorité dans le monde de la pensée, comme Emmanuel Kant, Bergson ou Kierkegaard, ont affirmé la réalité de l’esprit et de l’Au-delà.

La République de Platon contient un chapitre merveilleux sur l’immortalité de l’âme.

Cette vérité s’est donc imposée aux intelligences, des plus éclairées aux plus humbles, telle une évidence première qu’il est difficile de nier.

Mais la preuve la plus convaincante de la vie dans l’Au-delà réside, selon moi, dans le sentiment profond, inscrit en notre être même, de l’existence d’un ordre, d’une loi et d’une justice indéfectibles.

Cette justice, nous l’exigeons de nous-mêmes et d’autrui, de façon innée et instinctive.

Nous brûlons de la voir se réaliser.

Nous luttons pour en établir les fondements.

Nous mourons sur le chemin qui y mène.

Mais, finalement, jamais nous ne la réalisons.

Nous en concluons avec certitude qu’elle se manifestera plus tard, de quelque façon, car il s’agit d’une vérité absolue qui n’a cessé de s’imposer à notre esprit et à notre conscience.

Que nous ne la voyions pas se réaliser ici-bas, c’est la preuve que notre vue est limitée et que notre pauvre monde terrestre n’est pas le tout de la vérité.

Sinon, pourquoi nous révolterions-nous devant les injustices ? Pourquoi exigerions-nous constamment des autres qu’ils soient justes ? Pourquoi une telle aspiration ? Pourquoi nous enflammer de colère contre quelque chose qui n’existerait pas ?

Pour reprendre l’affirmation du penseur indien Wahîd al-Dîn Khân, si la soif d’eau prouve l’existence de l’eau, la soif de justice doit, elle, prouver l’existence de la justice. Si la justice n’est pas de ce monde, c’est la preuve de l’existence de l’Au-delà, demeure de la justice véritable.

Ce que notre pauvre nature nous fait saisir intuitivement est une preuve péremptoire que la justice existe réellement. Peut-être ne la voyons-nous pas aujourd’hui, mais demain, nous la verrons. Émanant du fond de notre être, cette certitude est fondée puisqu’elle nous est dictée par une intuition enracinée dans notre nature, faisant partie de l’ordre naturel indéfectible. Elle est l’une des nombreuses lois qui régissent l’existence.

On pourra derechef protester : « Oublions donc un instant le monde des humains ! Pourquoi Dieu a-t-Il fait du porc, du chien et de l’insecte des animaux aussi vils ? En quoi sont-ils coupables ? Où est, en tout cela, la Justice divine ? S’il est vrai que Dieu ressuscitera tout être doué d’esprit, pourquoi ne ressuscitera-t-il pas le singe, le chien et le porc ? »

La question est, certes, pertinente. Elle relève néanmoins d’un esprit qui, ne connaissant d’un procès que la moitié des pièces, voire qu’une seule ligne du dossier d’enquête, s’empresserait d’en arriver au verdict et à ses attendus.

En réalité, tout animal a une âme.

Et pour toute âme, Dieu a choisi le moule matériel approprié.

Le porc a été créé porc… parce qu’il est porc. Tout simplement !

Pour l’âme du porc, Dieu a choisi le moule matériel correspondant dans lequel il l’a déposée. Nous ignorons tout de cette âme. Pourquoi et comment le porc naît-il ainsi ? Là non plus, nous n’en savons rien.

Qu’y a-t-il avant la naissance ?

Qu’y a-t-il après la mort ?

Un voile nous en sépare.

À l’instar du Coran, les mystiques affirment qu’avant la naissance, nous étions dans un monde (ils l’appellent "monde de la préexistence spirituelle") et qu’après la mort, nous serons dans un autre monde. Dans ce monde sans mort, la vie sera éternelle, nous faisant monter indéfiniment, dans un continuel dépassement et une perpétuelle ascension, vers Dieu.

La raison affirme la continuité entre ces deux mondes.

La justice est une vérité éternelle que Dieu a gravée dans notre nature, au plus intime de l’être humain ou même animal. J’y ai fait allusion plus haut.

Vérité absolue, cette justice nous révélera que l’enveloppe de matière dans laquelle vivent tous les animaux leur est dûment appropriée. Nous sommes certains de cette vérité, bien que ne sachant rien de précis sur les spécificités de la vie animale. Le porc a été créé tel par Dieu parce qu’à l’âme spécifique du porc, il fallait un revêtement matériel adéquat.

Quant à la résurrection des animaux, le Coran l’affirme : « Il n’y a pas de bêtes sur la terre, il n’y a pas d’oiseaux volant de leurs ailes qui ne forment, comme vous, des communautés. Nous n’avons rien négligé dans le Livre. Ils seront ensuite rassemblés vers leur Seigneur. » (Coran : 6, 38)

Le Coran nous révèle que ces communautés d’âmes seront rassemblées comme nous le serons nous-mêmes. Mais qu’adviendra-t-il d’elles par la suite ? Où seront-elles ? Quel sera leur sort ? C’est un mystère qui nous demeure voilé et devant lequel la curiosité reste sur sa faim.

Ce serait viser l’impossible que de tendre à acquérir cette connaissance, avec le regard limité qu’est le nôtre.

Si par contre nous reconnaissons, par notre perception intérieure et le fruit de nos méditations, que la justice est éternelle et immanente, car déposée par Dieu dans la nature des êtres, alors nous saurons beaucoup. Cela nous suffit même.

Dans le premier chapitre du présent ouvrage, nous avons affirmé de Dieu qu’Il était une Intelligence totale et universelle, un Dieu Tout-Puissant, Créateur, Source d’inspiration et Providence pour ses créatures. Nous comprenons à présent comment Il a doté ces créatures d’une nature qui les oriente vers le Droit Chemin, par un effet de sa Providence et de sa Justice. Pour les guider, Il leur a envoyé sa Lumière par l’entremise des Prophètes et des Livres sacrés. Sinon, comment pourrait-Il être le Seigneur qui veille sur ses créatures et pourvoit à leurs besoins ?

La véracité des Livres révélés est ici évidente : en matière de Science, de connaissance du Mystère, de Sagesse, de Loi et de Vérité, ils nous gratifient de ce que l’homme ne peut acquérir par lui-même, au prix de ses efforts personnels.

Dieu est le Créateur juste qui inspire à ses créatures le chemin à suivre. Telle est la quintessence de toutes les religions, un principe premier auquel la raison parvient sans effort, puisqu’il est le fruit d’une connaissance innée.

Il faut être expert en subterfuges pour prétendre le contraire. Il faut être extrêmement ingénieux, subtil et obstiné. Il faut faire appel à de vaines querelles qui, en fin de compte, sont vouées à l’échec parce qu’elles sont dénuées de tout fondement et qu’elles suivent la voie de l’orgueil et de l’opiniâtreté, faisant fi d’une analyse objective et impartiale et fermées aux appels de la droite nature.

C’est ici qu’aboutit le long périple de ma réflexion qui m’a conduit de ce que j’écrivais dans Dieu et l’Homme à l’aumône qu’humblement j’ai demandée aux enseignements du Coran, de la Thora et de l’Évangile.

À mon sens, il n’a rien de religieux celui qui, par fanatisme et parti pris, considère "son" Prophète comme le seul et unique prophète. Se représenter Dieu ainsi, c’est faire montre d’un esprit mesquin et rétrograde. C’est réduire Dieu à un shaykh de tribu, au nom d’un chauvinisme qui n’a rien à voir avec la piété.

La seule représentation vraie de Dieu est de Le considérer comme le Dieu universellement généreux, mandant ses Prophètes à tous les êtres humains.

  • « Il n’existe pas de communauté où ne soit passé un Avertisseur. » (Coran : 35, 24)

  • « Oui, Nous avons envoyé un Prophète à chaque communauté. » (ibid. : 16, 36)

  • « Ton Seigneur n’a détruit aucune cité avant d’avoir envoyé un Prophète à la Mère des cités. »ibid. : 28, 59) (

  • « Nous avons donné l’inspiration aux Prophètes dont Nous t’avons déjà raconté l’histoire et à ceux dont Nous ne t’avons pas raconté l’histoire. » (ibid. : 4, 164)

Nous concluons de ce dernier verset que Bouddha, par exemple, a pu être un prophète en son temps même s’il n’en est fait aucune mention dans le Coran.

De même pour Akhenaton, compte tenu du fait que ses enseignements ont pu être falsifiés.

Dieu veut par là éveiller en nous une foi ouverte à tous les Messages, à tous les Prophètes, à tous les Livres révélés, sans parti pris ni partialité aucune.

C’est pourquoi Il nous impose l’Islam, car c’est l’unique religion à reconnaître la totalité des Envoyés, des Prophètes et des Livres révélés. Seul l’Islam parachève la Sagesse et la Loi des Messages antérieurs en les reliant à leur source et leur origine : le Dieu Unique et Miséricordieux qui a inspiré et mandaté tous les Guides de l’humanité, depuis Adam jusqu’à Muhammad, Sceau des Prophètes.

Gandhi est l’exemple le plus parlant de cette conscience religieuse ouverte. Hindou, il n’en utilisait pas moins, dans sa prière, certains passages du Coran, de la Thora et de l’Évangile, ainsi que les enseignements de Bouddha. Avec humilité et amour, il exprimait ainsi sa foi en tous les Prophètes et tous les Livres inspirés par l’Unique Créateur.

Ce faisant, Gandhi a mis en pratique ce qu’il affirmait. Toute sa vie, il l’a consacrée à la cause de l’amour et de la paix.

Nonobstant les divergences de formulation entre les différentes religions, "la" religion est une du point de vue de la foi, car Unique est le Seigneur.

Les croyants de toutes les religions appartiennent en fait à une même religion, car l’homme religieux n’accapare pas, pour lui seul ou pour un groupe déterminé, le Dieu Créateur et la Droite Guidance.

Dieu est la Lumière des cieux et de la terre. Il prend soin de tous ceux qui Le cherchent. Il est le Dieu Bon et Miséricordieux, source de la Droite Guidance et de la Révélation pour tous les temps et toutes les époques. C’est ce qu’Il a décrété dans sa Justice éternelle. C’est la seule idée de Dieu qui soit digne de Lui. Sans cette foi ouverte, l’homme religieux n’en est plus un.

Quant aux religions se scindant en diverses sectes qui se pourfendent mutuellement au nom de leur foi, elles brandissent l’étendard de la religion de façon mensongère. Elles se réclament en fait de la race, de la nationalité ou de leur appartenance à un groupe, comme le faisaient avant l’Islam les tribus médinoises des Aws ou des Khazraj, ou encore les héros des épopées du poète Antara Ibn Shaddâd. Leur lutte, censée défendre la cause de Dieu, n’a en fait d’autre motivation que d’orgueilleuses prétentions où périssent ensemble vainqueur et vaincu. C’est la plus grande offense faite à Dieu, car chacun délaisse le culte qui Lui est dû pour se prosterner devant sa propre statue, devant l’image qu’il se fait de lui-même.

Le vrai culte commence par la connaissance de Dieu et de sa suprématie.

La connaissance de Dieu commence par celle de l’âme et de son humble condition.

Telle est la Voie à suivre, le Droit Chemin, la Voie ascendante des pèlerins de la Vérité.

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Par Marc Chartier
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