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Du doute à la foi

Jeudi 5 octobre 4 05 /10 /Oct 10:57
J'ai traduit de l'arabe cet ouvrage ( Min al-Shakk ilâ-l-imân ) de Moustafa Mahmoud dans les années 70, alors que je me trouvais au Caire. L'occasion m'était donc offerte de rencontrer très souvent l'auteur.
Cette traduction française de l'ouvrage a fait l'objet alors d'une première édition ( Dar al-Shorouk - Beyrouth) qui comportait malheureusement quelques "coquilles" qu'il m'a été impossible de rectifier.
A mon insu, une nouvelle édition a vu le jour (éditions Assalam, Paris, 2003). Elle reprenait souvent les mêmes erreurs et parfois en introduisait d'autres.
C'est pour apporter tous les rectificatifs nécessaires, et par respect en premier lieu de l'auteur, que je publie ici la seule traduction fiable.
Saint-Leu-la-Forêt, le 13 septembre 2006

Marc Chartier
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Jeudi 5 octobre 4 05 /10 /Oct 10:56

Moustafa MAHMOUD








DU DOUTE

À LA FOI





traduit de l’arabe

par Marc CHARTIER







Nouvelle édition revue et corrigée

Par Marc Chartier - Publié dans : Du doute à la foi
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Jeudi 5 octobre 4 05 /10 /Oct 10:55

L’itinéraire spirituel d’un musulman contemporain


Tel le pèlerin de la vérité qui, au terme de multiples tâtonnements, est finalement parvenu au havre de paix auquel il aspirait de tout son être, Moustafa Mahmoud feuillette ici, sous nos yeux, le livre de son passé. Page après page, chapitre après chapitre, nous apparaissent moments de doute et espaces de lumière, écueils et points de repère. Peu à peu, sous la lumière crue de la certitude enfin perçue, les embûches du chemin prennent tout leur relief, là même où les pas du chercheur s’étaient auparavant fourvoyés.

Tel l’aveugle qui recouvre la vue, l’auteur du présent ouvrage ne peut s’empêcher de témoigner. Comment se taire en effet quand on a connu l’amertume du doute et des ténèbres et que l’on sait à quel prix il en coûte de trouver l’issue ?

C’est précisément le caractère biographique de ces pages qui, à notre avis, les exempte d’un ton pédant ou doctrinal qui aurait pu rendre pénible leur lecture. Leur style même n’a rien de recherché. Les phrases se succèdent, entrecoupées de nombreux silences, parfois inachevées, ne servant que de support à une méditation qui se poursuit. Constamment, nous y sentons un auteur qui réagit avec toutes les fibres de sa personne et qui n’a de cesse de partager son expérience, son inlassable quête de la vérité.

La réalité spirituelle de l’homme, empreinte de la marque divine, est le message premier et fondamental adressé par le Créateur à l’espèce humaine. Tous les autres messages en sont de simples rappels. D’où cette affirmation on ne peut plus explicite : « L’homme doté d’une saine raison n’a pas besoin de lire le Livre saint pour découvrir qu’il a un esprit, qu’une vie l’attend après la mort et qu’il y aura une reddition des comptes. Car la nature innée et saine éclaire, pour celui qui la possède, le chemin vers la vérité. »

C’est pourquoi les moments de silence, d’introspection et de recueillement prennent chez Moustafa Mahmoud une telle importance. Il ira même jusqu’à affirmer : « L’homme naît seul et meurt seul ; il parvient seul au vrai. »

« Nature innée » : cette expression (il s’agit en fait d’un seul terme – fitra – dans le Coran) est fréquente sous la plume de l’auteur. Elle signifie la nature telle que Dieu l’a créée, non altérée et ne connaissant pas le mal. Tel qu’issu de la création divine, l’homme est comme greffé naturellement sur le bien et le vrai ; il est apte à une « spontanéité de connaissance », échappant à l’illusion et à l’erreur, à condition que son intelligence ne soit pas souillée par les circonlocutions de la logique et les distorsions de la raison, mais qu’elle fasse place à la "clair-voyance" (al-basîra, que nous traduisons avec emploi du tiret pour souligner le sens étymologique cher à l’auteur).

La démarche de Moustafa Mahmoud est à la fois celle d’un scientifique (qui relativise la portée philosophique de la science) et d’un mystique (qui ne se veut tributaire d’aucune "école"). Sans doute serait-il plus exact de parler ici d’un humanisme éclairé, dont la portée universaliste n’échappera pas au lecteur.


Marc CHARTIER

Par Marc Chartier - Publié dans : Du doute à la foi
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Jeudi 5 octobre 4 05 /10 /Oct 10:54

Dieu

Il y a longtemps de cela. Je ne me souviens plus quand exactement… Je devais avoir treize ou quatorze ans, peut-être moins, avec l’apparition des premiers symptômes de l’adolescence, lorsque je commençai à questionner :

  • Vous affirmez que Dieu a créé le monde parce que toute créature nécessite un Créateur ; tout objet fabriqué, un artisan ; toute existence une cause. Nous avons cru et fait confiance. Mais dites-moi donc ! Qui a créé Dieu ? Ou bien est-Il la cause de sa propre existence ? Mais si Dieu existe par Lui-même, s’il est vrai que les choses se sont passées telles que vous les décrivez, pourquoi ne serait-il pas vrai également que le monde est apparu spontanément ? Pas besoin de Créateur alors, et c’en est fini du dilemme !

À ces mots, les visages blêmissaient autour de moi ; les langues se déliaient, déversant sur moi leur flot d’injures, accompagné de quelques bonnes paires de gifles. Les cœurs pieux imploraient sur moi le pardon divin et le Droit Chemin. Les bien-pensants me fuyaient et les révoltés m’entouraient. Nous nous lancions dans une discussion interminable qui ne cessait que pour repartir à nouveau, indéfiniment.

La vérité première m’échappait alors, masquée par le débat. La fierté que j’éprouvais devant les premiers éveils de ma raison, mon émerveillement devant toute parole dite avec talent, l’argumentation où j’étais sans pareil, voilà ce qui me stimulait et m’encourageait. Voilà ce par quoi j’étais guidé, et non point la recherche et la découverte de la vérité.

Accaparé par le culte de moi-même, je refusais d’honorer Dieu. J’étais ébloui par la lumière qui commençait à briller en ma pensée avec l’éveil de ma conscience au sortir du berceau de l’enfance.

Tel était mon état d’âme par-delà la joute oratoire qui se répétait chaque jour.

Les fondements de la logique m’échappaient eux aussi, alors même que je parlais de logique. Je ne me rendais pas compte que je me contredisais moi-même. J’admettais en effet l’existence du Créateur, avant de demander : « Mais qui a créé le Créateur ? » J’en faisais une créature alors que je l’appelais Créateur. C’était l’exemple même du sophisme.

Affirmer une Cause Première de l’être implique que cette Cause soit un Être nécessaire en lui-même, qui ne dépende ni n’ait besoin d’aucune autre cause pour exister. Affirmer qu’une cause a besoin d’une autre cause, c’est n’en faire qu’un maillon dans l’enchaînement causal, non pas une Cause Première.

Telles sont les données philosophiques du problème qui amenèrent Aristote à affirmer l’existence d’une Cause Première, du Premier Moteur de l’être.

Mais ces données n’étaient pas claires dans mon esprit à l’époque.

Je ne savais pas encore qui était Aristote, ni quels étaient les fondements de la logique et de la dialectique.

J’ai dû, trente années durant, me plonger dans les livres. J’ai eu besoin de milliers de nuits de solitude, de méditation, de dialogue avec moi-même. J’ai eu besoin de revenir et revenir sans cesse sur mes réflexions, puis de retourner ma pensée sous tous ses aspects pour parcourir le chemin épineux qui m’a conduit de mes ouvrages Dieu et l’Homme, L’Énigme de la Vie et L’Énigme de la Mort jusqu’à ces mots que j’écris aujourd’hui sur le sentier de la certitude.

Cela, certes, n’a pas été facile. Mais je n’ai pas voulu de solution de facilité.

Si j’avais écouté la voix de la nature et laissé la spontanéité me conduire, je me serais épargné la peine du débat, et la nature m’aurait conduit vers Dieu. Mais je suis venu en un temps où tout est devenu complexe et où la voix de la nature s’est atténuée jusqu’à devenir un simple murmure ; un temps où la voix de la raison s’est élevée au point de devenir obstination, illusion et confiance absolue en elle-même. La raison, certes, est excusable de ses excès, car elle se voit au sommet d’une gigantesque pyramide de performances. Elle constate que c’est elle qui a apporté à la civilisation l’industrie, l’électricité, les fusées, les avions et les sous-marins ; elle qui a exploré terres, mers et profondeurs marines, au point de s’imaginer être toute-puissante et explorer tous les champs du savoir. Elle s’est érigée en juge de ce qu’elle savait et de ce qu’elle ne savait pas.

 

Tout jeune encore, je me réfugiai dans la bibliothèque de Tantâ pour y lire Shiblî Shumayyîl et Salâma Moussâ. J’y fis aussi la connaissance de Freud et de Darwin.

Puis je me passionnai de chimie, de sciences naturelles et de biologie. J’avais dans ma chambre un petit laboratoire où je préparais du gaz carbonique et de l’anhydride sulfureux ; je tuais des criquets avec du chlore et disséquais des grenouilles.

Le slogan qui s’était emparé du monde était : la science, la science, la science ! Rien que la science !

Le positivisme était la voie à suivre.

Fi des mystères ! Cessons de brûler l’encens et de débiter nos fables ! Qui nous donnera des chars et des avions en échange de nos religions et de nos cultes ? Les nouvelles scientifiques qui nous parvenaient d’Occident nous éblouissaient et miroitaient à nos yeux. Nous empruntions tout à l’Occident : livres, remèdes, vêtements, tissus, locomotives, automobiles… Même les boîtes de conserves, les crayons, les épingles et les aiguilles ! Même les programmes d’enseignement et les schèmes de composition littéraire pour la nouvelle, le théâtre et le roman ! Même le papier journal !

Nous modelions nos rêves et nos idéaux sur les héros et génies de l’Occident : Pasteur, Marconi, Röntgen, Edison, Napoléon, Abraham Lincoln, Christophe Colomb et Magellan.

L’Occident représentait le progrès.

Et l’Orient arabe, le sous-développement, l’anémie, la torpeur et l’humiliation sous la botte du colonialisme.

Il était donc naturel pour nous de nous représenter l’Occident comme la lumière et la vérité, le chemin vers la puissance et le salut.

Je suis entré en faculté de médecine pour y recevoir un enseignement dispensé en anglais. J’ai étudié l’anatomie dans des manuels en anglais. Avec mes professeurs à l’hôpital, je parlais anglais, non pas parce que l’Angleterre occupait le Canal de Suez, mais pour une autre raison logique et normale, à savoir que la médecine moderne était une science purement occidentale. Ce que les Arabes avaient découvert en ce domaine au temps d’Avicenne ne représentait que de simples rudiments qui n’étaient plus adaptés aux besoins du siècle.

Les savants occidentaux prirent le relais là où s’étaient arrêtés Avicenne et les chercheurs arabes. Puis ils empruntèrent la voie tracée, avec des moyens plus développés, des laboratoires, des centres de recherche, à grand renfort de subventions destinées à cette recherche. Ils devancèrent alors leurs prédécesseurs arabes, perses ou autres et bâtirent l’imposant édifice de la médecine moderne, de la physiologie, de l’anatomie et de la pathologie. Ce sont eux qui se mirent à faire autorité et ce, à juste titre.

Avec ce que m’enseignèrent les livres de médecine, j’appris aussi la vision scientifique des choses : point de jugement valable qui ne soit basé sur l’observation du réel et le témoignage des sens.

La science part du sensible, du visible, du tangible. Elle recueille des observations et en déduit des lois.

Ce qui ne tombe pas sous les sens est considéré, au regard de la science, comme non-existant.

Aucune mention du mystère !

C’est avec cette tournure d’esprit scientifique et purement matérialiste que je commençai mon cheminement dans l’univers de la croyance. Malgré mes assises matérialistes et un point de départ dans le sensible qui refuse tout mystère, je ne pus nier ou éliminer la Toute-Puissance divine.

La science m’offrait de l’univers une image extrêmement exacte et précise : en toute chose, de la moindre feuille d’arbre à l’aile du papillon et au grain de sable, il n’y a qu’équilibre, ordre et beauté.

L’univers en son entier est construit selon une harmonie et des lois précises.

Tout se meut en respectant un plan, de l’infiniment petit à l’infiniment grand, du système solaire à la galaxie fabuleuse qui comprend un milliard de soleils, ou même à l’immensité céleste qui, selon les dires des astronomes, englobe plus d’un milliard de galaxies.

Cette existence infinie, du plus infime électron au plus grand corps céleste, je la voyais davantage comme une symphonie mélodieuse exécutée avec précision et mesure en chacun de ses mouvements, comme le corps entier qu’anime l’esprit.

Parvenu à ce point, je me représentai Dieu comme l’Énergie cachée au sein de l’univers, animant êtres et vivants, terres et cieux, avec ordre et beauté. Il était le Mouvement que la science avait découvert dans l’atome, le protoplasme et les astres. Il était l’Énergie créatrice cachée au cœur de toute chose ou bien, selon l’expression de Thomas d’Aquin, l’Acte Pur qui a évolué dans le microbe jusqu’à ce qu’apparût l’homme. Son évolution était constante et se poursuivrait, indéfiniment.

Pour moi, l’être était illimité et infini. Il ne pouvait en effet être limité que par le néant. Or, le néant étant du non-être, il était logique et incontournable que l’être fût sans limites et sans fin.

Il était faux en outre de se demander qui a créé l’univers. Une telle question impliquait que l’univers n’existait pas au commencement et qu’ensuite, il fut. Mais comment le néant pouvait-il "être" ?

Le néant étant du non-être dans le temps et l’espace, un pur lapsus, il était absurde d’affirmer qu’il fût.

Ainsi, je fis de l’être un événement au passé éternel, éternellement durable… un événement épars à travers le temps, sans limites et sans fin.

Par voie de conséquence, Dieu était le Tout dont nous étions les manifestations. Il était l’Être, et le néant avant Lui était du non-être. Il était l’être matériel étendu aux dimensions de l’éternité, sans commencement ni fin.

De cette façon, je m’élaborai une théorie qui se satisfaisait de ce qui existait et qui voyait en Dieu l’Être suprême, sans nécessité aucune de mystère ni de mystérieux, sans nul besoin d’avoir recours à l’invisible.

Je tombai par là dans les pièges de la théorie indienne de l’unicité de l’être, de la philosophie spinoziste et de l’idée bergsonienne d’Énergie vitale cachée, autant de philosophies qui partent du concret, des cinq sens, et ne font nulle place au mystère.

La théorie indienne de l’unicité de l’être va plus loin encore, car elle abolit tout dualisme entre créé et Créateur, toutes les créatures étant en effet, selon elle, des manifestations du Créateur.

On trouve dans le livre des Upanishad une antique prière hindoue qui expose cette conception en des vers d’une délicate poésie. Le dieu Brahma, qui réside au cœur du monde, s’exprime en un murmure :

  • Si le meurtrier pense que c’est lui qui tue,

          Si celui qui est tué pense qu’il est la victime,

          Tous les deux ne savent pas mes manières cachées.

          Car je suis le cœur de la victime,

          Et l’arme de l’assassin,

          Et l’aile de celui qui vole.

          Je suis, pour qui doute de mon existence,

          Toute chose, le doute même.

          Je suis l’Un.

          Je suis toutes choses.

C’est un dieu qui ressemble à la blanche lumière. Elle est une, simple. Et pourtant, elle recèle en elle toutes les couleurs du spectre.

J’ai vécu des années, pris dans cette brume indienne et cette marijuana mystique. J’ai pratiqué le yoga, me référant à ses sources et me mettant à l’école de maîtres indiens. Puis j’ai fait mienne pendant longtemps la théorie de la métempsycose. Certains de mes romans, comme L’Araignée et La Sortie du Tombeau, en sont le reflet.

Et pourtant, je commençai à ressentir un certain malaise et de l’insatisfaction.

Je reconnaissais en mon for intérieur que cette idée que j’avais de Dieu était très confuse.

Une fois encore, il revint à la science d’être mon guide, mon sauveur, mon conseiller.

L’attention que je portais à la science et à la vie que je découvrais sous le microscope m’apprit autre chose.

La théorie indienne de l’unicité de l’être était, certes, une belle façon de s’exprimer, poétique et mystique, mais elle n’était pas vraie. La vérité péremptoire qu’affirmait la science est qu’il y a une unité de matière première, sans plus, une unité dans le tissu cellulaire, dans les principes premiers et les lois, une unité de matériau à partir duquel tout est construit. Toute vie, en effet, qu’il s’agisse des plantes, de l’animal ou de l’être humain, émane des différentes combinaisons du carbone avec l’hydrogène et l’oxygène. C’est pourquoi tout être vivant est réduit à l’état de charbon lorsqu’il est consumé par le feu. De quelque espèce qu’elle soit, la vie résulte d’une cellule unique et de ses multiplications.

Nous apprenons en outre par l’astronomie, la chimie et les sciences nucléaires que le carbone et l’ensemble des éléments proviennent de la cuisson d’un élément unique au creux de gigantesques fourneaux stellaires, à savoir l’hydrogène.

L’hydrogène s’y transforme en hélium, carbone, silicium, cobalt, nickel, fer… et ainsi de suite jusqu’au bout de la liste des éléments, et cela par scission et nouvelle synthèse, à des degrés extrêmes de chaleur et de pression.

Toutes les catégories d’êtres sont ainsi ramenées à une matière brute unique, à un même fil de soie dont l’univers est tissé selon des détails, dessins et modèles différents.

La différence entre espèces, entre une créature et une autre, est une différence de rapports qualitatifs et quantitatifs. C’est une question d’équation et de numéro de fabrication. Mais le matériau est identique.

D’où le secret du sentiment de relation, de proximité, d’affinité et de lien du sang entre l’homme et l’animal, entre le fauve et son dompteur, entre le nez qui hume et la fleur odoriférante, entre l’œil et le spectacle d’un beau coucher de soleil.

Tel est le secret de l’harmonie.

Tous les êtres sont membres d’une même famille et proviennent d’un père commun.

Mais cela ne nous permet absolument pas de conclure que Dieu "est" l’être créé. C’est toute la confusion qu’ont commise les mystiques.

Il en serait de même d’un critique d’art au goût très raffiné qui, visitant une exposition de peinture, remarquerait une unité entre tous les tableaux : même matière, même mariage des couleurs, voire même style. La conclusion va de soi, elle est évidente : notre critique va penser que tous les tableaux sont du même auteur, Picasso par exemple, Chagall ou Modigliani…

L’unité reliant tous les êtres signifie qu’ils ont un Créateur unique. Mais elle ne signifie en rien qu’ils soient eux-mêmes le Créateur.

Le critique n’affirmera jamais que les tableaux "sont" l’artiste peintre.

La théorie indienne de l’unicité de l’être est une escapade mystique, une affabulation. C’est une simplification purement subjective qui n’est pas corroborée par la science ni ne satisfait la raison.

Le regard scientifique et réfléchi porté sur les phénomènes de la création et les êtres créés affirme qu’il y a une unité entre eux, sans plus. Une unité de style, de lois et de matériaux, preuve manifeste que leur Créateur est unique et sans associé, qu’Il n’a pas permis d’autre style que le sien.

Il nous dit que ce Créateur est une Intelligence totale et universelle qui inspire ses créatures, les guide tout au long de leur évolution et les arme de moyens pour vivre. C’est Lui qui crée des ailes aux graines des arbres désertiques pour qu’elles puissent franchir les étendues arides en quête d’eau et de conditions de germination favorables.

C’est lui qui munit l’œuf de la femelle du moustique de deux pochettes d’air pour lui permettre de flotter à la surface de l’eau au moment de la ponte, sans être englouti par les flots.

Il est impossible que le moustique fasse appel à une quelconque connaissance du principe d’Archimède ! Il y a donc une intervention de l’Intelligence totale, universelle et créatrice. C’est elle qui fournit à toute créature ses moyens de survie. Cette Intelligence est celle d’un Créateur qui transcende ses créatures. Il sait ce qu’elles ignorent ; Il peut ce dont elles sont incapables ; Il voit ce qui est caché à leur regard.

Il est unique, Un, Tout-Puissant, Savant, Omniscient, Sagace. Il entend et voit tout… Transcendant, Il reçoit des attributs sans être circonscrit par aucun d’eux.


Un lien permanent relie le Créateur à ses créatures, car Il leur est plus proche encore que le sang circulant dans leurs veines.

Il est le Maître qui a inventé la symphonie grandiose de l’univers.

Il est la Justice qui préside aux lois de l’univers et qui instaure celui-ci selon un ordre précis et infaillible.

Voilà ce que la science m’appris : une perception vraie de Dieu.

Quant à affirmer l’éternité de l’être par le fait que le néant soit du non-être et que l’être existe, il n’y a là qu’une argutie purement verbale.

Le néant, en vérité, n’est pas du non-être.

Le simple fait de se représenter et de penser le néant nie qu’il soit du non-être.

Le néant est tout au plus une négation de ce que nous savons, mais il n’est pas une négation absolue qui équivaudrait à faire table rase. La notion de néant absolu est une simple hypothèse, tout comme le zéro mathématique. On ne peut impunément confondre hypothèse et réalité et appliquer à la réalité une pure conjecture qui nous amènerait, par une sorte d’aberration, à qualifier le néant de non-être et à voir en ce mot une question existentielle à partir de laquelle nous élaborerions nos jugements sur la réalité. C’est là une contradiction évidente et un sophisme.

Il en est de même si nous affirmons que l’être "existe". La confusion est la même, car l’être est une abstraction et "exister" se dit d’une réalité sensible.

Les mots "néant" et "être" sont des notions abstraites comme le zéro et l’infini. On ne peut les confondre avec la réalité tangible et visible ou l’univers qui s’offre concrètement aux sens.

L’univers n’est donc pas éternel. Il a été créé. Il a eu un commencement. Une autre preuve nous est fournie par la science, par ce que nous savons sous le nom de "deuxième loi de thermodynamique".

Cette loi affirme que la chaleur se propage du chaud vers le froid, de la chaleur la plus élevée vers la plus basse, jusqu’à égalité de température et arrêt du transfert de chaleur.

Si l’univers était éternel, s’il n’avait pas connu de début, l’échange de chaleur se serait arrêté irrémédiablement, de toute éternité. Toute forme de vie aurait été impossible. Les étoiles se seraient refroidies et auraient atteint la température de la glace, au milieu d’une totale désolation. Toute chose aurait vu sa fin.

Cette loi prouve donc que l’univers a eu un commencement.

Dans la mutation mineure que nous voyons à l’œuvre dans la mort des civilisations, des individus, des étoiles, des animaux et des plantes, ainsi que dans la finitude des instants, des périodes et des époques, il y a un autre indice de la grande mutation vers laquelle s’achemine inéluctablement l’univers.

La science, dans ce qu’elle a de vrai, n’a jamais contredit la religion. Bien au contraire ! Elle y réfère et en confirme les affirmations.

Pour moitié seulement, la science met la raison dans l’incertitude et le doute, spécialement si cette raison est infatuée d’elle-même en se fiant à son rationalisme, si le combat est à mener à une époque où elle s’imagine être tout, si l’homme baigne dans un progrès matériel criard où domine le vacarme des avions, des vaisseaux spatiaux et des satellites artificiels qui clament à tout instant :

  • Je suis la matière !

  • Je suis toute chose !

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Par Marc Chartier - Publié dans : Du doute à la foi
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Jeudi 5 octobre 4 05 /10 /Oct 10:53
Le corps



Nous provenons tous d’une souche commune, d’une même matière première.

Et pourtant, chacun d’entre nous a son individualité propre.

La différence entre créatures ne tient pas uniquement au nombre d’atomes. Il est une différence plus grande encore, plus complexe aussi, dans les relations entre ces atomes et dans la modalité du lien qui les unit.

Nous savons aujourd’hui, par l’agencement des gènes dans la cellule initiale, que l’équation chimique de tous les embryons humains est établie à partir de vingt configurations de protides ADN et ARN, de la même manière que tous les livres et écrits sont composés des lettres de l’alphabet. Chaque livre a son esprit, sa personnalité et sa spécificité propres, comme s’il s’agissait d’une création unique en son genre. Et pourtant, tous les livres sont bien composés des mêmes lettres.

Cette singularité atteint un degré tel que chaque être humain a des empreintes digitales particulières. Impossible d’en trouver qui soient identiques, y compris entre jumeaux, parmi les millions et milliards d’individus qui ont vu le jour des origines du monde à aujourd’hui.

Nous savons en outre que chaque corps a un nombre chimique qui lui est propre, de telle sorte qu’il semble difficile, voire impossible, d’opérer sur un corps une greffe à partir d’un autre corps. Le rejet du greffon ne tarde pas à se produire, comme s’il s’agissait d’un microbe, d’un corps étranger ou d’un parasite.

D’où la difficulté majeure des opérations de greffe et de transplantation d’organes.

La durée de vie maxima d’un cœur transplanté a été [dans les années 80] de vingt mois. Et encore, grâce à l’administration continuelle d’injections et de cachets anesthésiques pour empêcher le corps de rejeter l’organe étranger.

Nous en concluons que l’individualité est une réalité primordiale attestée par la science. Je n’y prêtai pas attention au début de mon parcours intellectuel. Pour moi, la réalité fondamentale et durable était la société et non la personne ; l’homme, et non tel homme ; la vie, et non les vivants ; l’existence, et non les êtres ; le tout, et non les individus.

Je subissais là l’influence de la théorie indienne de l’unicité de l’être selon laquelle l’être est Dieu, le Subsistant face à tous les êtres qui sont, eux, maya, c’est-à-dire rêve éphémère. Tout individu chemine ainsi vers son anéantissement ne débouchant sur aucune résurrection. Je croyais que la survie de l’individu était à la mesure des conseils, de l’éducation, du savoir et des connaissances qu’il léguait à ses enfants.

Quant à lui-même, il finissait irrémédiablement en poussière.

Notre lot d’éternité consistait dans la quote-part que nous ajoutions au Grand Tout.

Mais notre personne et notre individualité n’avaient d’autre issue que le néant.

Et qu’est-ce que la personnalité ?

Au début, je n’y voyais qu’un ensemble de réactions à des situations momentanées, au gré des circonstances. Une fois ces dernières disparues avec le temps, il ne restait plus rien de ladite personnalité. Elle disparaissait en se désintégrant par suite de la destruction des fibres du cerveau.

Le système nerveux étant usé et la mort ayant fait son œuvre, le Moi qui leur est rattaché devait lui aussi s’évanouir.

Je croyais que la personnalité n’était autre que l’émergence de qualités déterminées sous l’influx d’expériences vitales ou de réflexes nerveux, certaines étant héritées sous forme d’instincts, d’autres acquises par voie d’expériences concrètes enregistrées par le cerveau et imprimées dans la mémoire. Lorsque le cerveau avait cessé de fonctionner et que les cellules de la mémoire s’étaient décomposées, il n’y avait plus lieu de supposer une survie spirituelle à cet agencement purement matériel.

Cette compréhension matérialiste et superficielle fut ma première représentation de l’homme. Je pensais aussi que la personnalité n’était pas une, mais plutôt un flot ininterrompu de personnalités. Ma personnalité à l’âge de dix ans était différente de celle de mes vingt ou trente ans. Je pensais qu’à chaque instant, quelque chose s’ajoutait à mon âme et quelque chose s’en retranchait. Alors ? De ces différentes âmes, laquelle devait ressusciter ? Laquelle serait jugée ?

Quant aux personnes frappées de dédoublement de la personnalité, qui des deux connaîtrait l’Autre Monde : le Dr Jekyll… ou Mr Hyde ?

À force de jouer sur les mots, j’en vins à oublier une vérité première élémentaire : quand on réédite un livre, on ne réimprime pas uniquement une page ou un chapitre ; c’est le livre en son entier, avec tous ses composants, qui est réédité.

Ainsi en est-il de l’esprit. Il ressuscite comme un tout, tel une pousse jaillissant des profondeurs cachées de la terre, chargée de toutes ses promesses de branches, de feuilles et de fruits.

Mais la vision matérialiste, qui est portée à l’analyse et à la dissection, avait continuellement le dessus, au détriment d’une vision globale de la réalité.

J’imaginais pouvoir comprendre l’esprit en disséquant le corps, vu qu’il n’y avait pas de différence entre les deux. Point de différence non plus entre la raison et le cerveau. La personnalité, selon moi, était faite de réactions et d’un ensemble d’actes réflexes. Le sentiment était, en fin de compte, un appétit corporel.

Prenons maintenant le temps de nous demander s’il est vrai que l’âme se définit uniquement par les instincts charnels, notamment sexuels. N’est-elle qu’un magma de perceptions par lesquelles le corps connaîtrait ce dont il a besoin ?

Le prétendre reviendrait à s’exposer à une explication matérialiste intenable, car telle n’est pas la réalité de l’âme et de l’homme. Je renvoie ici aux pages de mes livres sur l’énigme de la mort et l’énigme de la vie où j’ai développé en détail ce sujet.

L’homme sacrifie sa bouchée de pain, sa demeure et son confort à des buts et des idéaux on ne peut plus abstraits comme la justice, la vérité, le bien, la liberté… Où sont ici les appétits charnels et sexuels ? Et le soldat qui se sacrifie en plein combat pour un lendemain qui n’est pas encore venu, où trouve-t-il sa place dans une vision matérialiste ? C’est une preuve manifeste que l’âme et le Moi sont des réalités bien supérieures au corps, et non un complexe de besoins physiques qui se reflèteraient en un miroir intérieur.

Cette étonnante volonté qui dompte et sacrifie le corps est, de par sa nature, une réalité supérieure. Elle commande au corps et le contrôle. Elle n’en est pas un appendice.

Si me m’identifie à mon corps, comment m’est-il alors possible de le dominer et le soumettre ?

Si je m’identifie à la faim que je ressens, comment puis-je la dompter ?

Le simple contrôle intérieur exercé sur l’ensemble des membres du corps et sur chacun des instincts prouve à l’évidence l’existence de la réalité supérieure et transcendante dont se compose le Moi humain.

Par l’âme, je commande au corps.

Par la raison, je commande à l’âme.

Par la "clair-voyance", je pose des limites à la raison.

Cette hiérarchie est une preuve flagrante de l’existence de l’esprit comme réalité supérieure au corps. Il le gouverne et n’en est pas une excroissance qui disparaîtrait avec la mort du corps.

Quiconque prétend que l’homme est un ensemble de fonctions physiologiques se doit de nous expliquer où va cet homme au moment du sommeil. Nous constatons alors que toutes les fonctions physiologiques demeurent en activité. Les réflexes et réactions de l’organisme continuent de fonctionner normalement. Le cœur bat, la respiration est régulière, les glandes sécrètent, les intestins se recroquevillent, les organes génitaux sont en état d’excitation et le bras se contracte à la piqûre de l’épingle. Et pourtant, nous sommes en présence d’un homme endormi qui ressemble davantage à un arbre, sans plus, et qui est doté d’une vie élémentaire ne différant pas de celle des insectes. Qu’est-il donc advenu de l’homme ?

Le réveil qui suit le sommeil, image en réduction de la résurrection après la mort, nous révèle à nouveau cet élément transcendant qui habite le corps endormi. Tout à coup, sans les préambules d’un Hitler ou d’un Néron, voici le gisant, tel un taureau paisible, qui s’éveille pour tuer, piller, détruire, exterminer. La différence, certes, est impressionnante et trop grande pour être expliquée par un changement physiologique quasi instantané.

Les matérialistes soutiennent que l’âme est une réalité objective, et donc qu’elle est matérielle.

Nous demandons, quant à nous, comment l’âme peut-elle bien être un objet. Et un objet par rapport à qui ?

Par rapport aux autres ? Et comment ? Les autres ne la voient pas. Ils ne savent pas qu’elle existe, sinon par déduction à partir des manifestations du comportement extérieur. La plupart de ces manifestations sont d’ailleurs trompeuses, car chacun de nous joue un personnage devant autrui et pour lui-même. Il est rare que notre comportement extérieur traduise ce que nous sommes en vérité.

L’âme serait-elle alors un objet pour celui qui la possède ?

En fait, nous avons tous fait l’expérience que l’âme, une fois prise comme objet, se momifie et se transforme en cadavre sous le scalpel de l’analyse. Elle se cache et nous ne pouvons pas la capter. On ne peut la mettre sous un microscope, comme une feuille d’arbre, car son essence est au premier degré de la subjectivité. Elle est en réalité le revers de l’image : elle est sujet par rapport au corps-objet. Les deux pôles – sujet et objet – sont les deux faces de la réalité. Si nous connaissons la matière comme tout ce qui est objectif, il nous faut reconnaître qu’il y a, dans l’existence, autre chose que la matière, à savoir l’autre face de la réalité : le Moi sujet.

L’acte de connaissance nous prouve de façon certaine qu’il se compose toujours de deux éléments : l’objet connu et l’âme connaissante, extérieure à l’objet connu.

Nous ne pourrions connaître le cours du temps s’il n’y avait en nous une partie connaissante qui s’arrête à un seuil séparé et extérieur au flux temporel continu.

Si notre faculté de connaissance suivait à tout instant les aiguilles des secondes, nous ne pourrions jamais percevoir celles-ci. Notre perception passerait comme passent les secondes, à notre insu.

La loi est connue : le mouvement ne peut être observé que de l’extérieur.

Tu ne peux percevoir le mouvement si tu es embarqué toi-même dans sa sphère. Pour ce faire, tu as besoin de t’arrêter à un seuil extérieur, comme point d’observation. Lorsque tu te trouves dans l’ascenseur en marche, il est un moment où tu ne sais si l’ascenseur est arrêté ou s’il est en mouvement, car tu ne fais qu’un avec lui dans son mouvement. Pour le savoir, il te faut regarder, par la porte de l’ascenseur, le palier qui reste immobile à l’extérieur.

De même, tu ne pourrais observer le soleil si tu te trouvais à sa surface, mais tu le pourrais à partir de la lune ou de la terre, tout comme tu ne peux observer la terre alors que tu y habites, mais cela te serait possible à partir de la lune.

Il en est toujours ainsi : on ne peut saisir une situation que si, de l’extérieur, on l’examine comme un objet.

Puisque tu perçois le cours du temps, il faut donc que ton Moi percepteur soit en dehors du temps. Conclusion stupéfiante s’il en est ! Elle nous prouve l’existence de l’esprit, du Moi connaissant, comme une réalité non tributaire du temps : il est en dehors du temps, il le transcende.

Nous voici donc devant un être humain dont une partie est immergée dans le temps : elle passe comme le temps ; avec lui, elle croît, vieillit et tombe en décrépitude (c’est le corps). L’autre partie est en dehors du temps : du seuil d’où elle l’observe, impassible, elle le perçoit sans être emportée par lui. Pour elle, point de croissance ni de vieillesse ; point de décrépitude ni d’anéantissement. Le jour où le corps retournera en poussière, elle demeurera telle qu’elle est, vivant de sa vie propre, intemporelle. À cette partie, nous ne trouvons d’autre nom que celui que lui ont donné les religions : l’esprit.

Chacun d’entre nous peut sentir en lui cette existence spirituelle qui diffère, dans sa spécificité, de l’existence extérieure, trépidante et mouvante, qui est emportée par le flot des mutations environnantes.

Chacun de nous peut sentir en lui un état de présence, de durée, de pleine évidence… un état où il a conscience de lui-même, de manière permanente et globale, où il se sent différent de l’être matériel pris dans le changement, l’instabilité et l’agitation du temps extérieur.

Cet état que nous percevons aux moments de lucidité intérieure et que j’ai nommé état de "présence", c’est la clé qui nous conduit à notre existence spirituelle et qui met à notre portée cette énigme ayant pour nom : l’esprit, l’absolu, l’abstrait.

Lorsque nous discernons la beauté, la vérité et la justice et que nous les distinguons de la laideur, de l’erreur et de l’oppression, nous nous servons à chaque fois d’un critère d’appréciation extrinsèque. Nous évaluons à partir du même seuil, celui de l’esprit. Car l’existence spirituelle se manifeste aussi en nous par la conscience, le sens du beau et ce sentiment caché qui discerne le vrai du faux. Elle gît encore dans la liberté intérieure, car l’esprit est la zone secrète où la conscience opère ses libres choix et met en œuvre son discernement.

Tant que nous sommes en vie, nous ne prenons pas la mort en considération. Notre comportement quotidien n’en tient pas compte, car elle est pour nous une absurdité. Ce faisant, nous pensons et agissons avec ce Moi profond qu’est l’esprit et qui, de par sa nature, ne connaît pas la mort.

Vue sous l’angle de l’esprit qui vit en dehors des limites temporelles, la mort n’est rien de plus qu’un changement de vêtement, un simple changement de lieu.

Mais la mort comme réduction au néant, l’esprit ne la connaît pas, car il est toujours et à jamais dans un état de présence et d’évidence… dans un éternel présent.

L’esprit est la présence perpétuelle qui n’a jamais cessé ni ne cessera jamais. Par la mort, il ne fera que se dépouiller de son habit corporel terrestre pour revêtir, après un progressif et continuel dépouillement, les divers vêtements célestes – nous empruntons l’expression aux mystiques – correspondant aux différents degrés de la pénible ascension vers le Créateur. Tout esprit gravit ces degrés à la mesure de sa pureté, de sa limpidité et de son habilité à s’élever, alors que les esprits pesants sombrent vers des ténèbres sans fond pour y passer l’éternité à tenter de s’en libérer.

Mais laissons les mystiques à leurs visions afin de ne pas nous égarer avec eux dans le labyrinthe de leur présomption. Mon but, à travers cette étude, n’est pas de franchir l’obstacle de la mort pour connaître l’au-delà de la mort. Une telle ambition est hors de notre portée. Ce serait viser l’impossible.

Il me suffit d’inviter le lecteur à s’arrêter un instant pour prendre son âme comme objet de sa méditation. Il découvrira alors son Moi profond, ce Moi qui commande, ordonne et transcende le corps terrestre… ce Moi que j’ai appelé "esprit" et dont j’ai tenté de démontrer l’existence par la plus éloquente des preuves : le sentiment de présence que chacun d’entre nous découvre en son for intérieur.

Cette présence permanente qui ne saurait disparaître et sur laquelle ne soufflent pas les vents du changement est comme un œil sans cesse vigilant au fond de nous-mêmes.

Cet éveil intérieur…

Cette lumière invisible en nos âmes, grâce à laquelle nous discernons le chemin de la vérité et distinguons la laideur de la beauté, le bien du mal…

Ce seuil à partir duquel nous observons le déroulement du temps et en percevons le cours, à partir duquel nous voyons le cours des choses et leur mouvement…

Ce point à l’intérieur du cercle…

Ce centre autour duquel gravitent nos événements temporels en ce bas monde, tandis qu’il demeure, lui, immobile et impérissable…

C’est l’esprit, notre réalité absolue qui reste, malgré tout, une énigme.

L’esprit est-il éternel ? Ou bien vit-il dans un temps différent, évalué d’une autre façon… un temps où les jours seraient de mille ans ?

Quelle est la relation entre l’esprit et le corps ?

Entre la raison et le cerveau ?

Entre la mémoire et le souvenir des connaissances acquises ?

C’est un autre sujet qui requiert une longue explication.

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Par Marc Chartier - Publié dans : Du doute à la foi
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